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Wells, Hitchcock, Preminger, Aldrich : au Festival de Deauville, Catherine Deneuve partage avec le public sa passion pour le cinéma américain en quatre films remarquables

L'actrice française a donné samedi une leçon de cinéma et confié quelques souvenirs de ses rencontres avec les plus grands réalisateurs américains. ...

L'actrice française a donné samedi une leçon de cinéma et confié quelques souvenirs de ses rencontres avec les plus grands réalisateurs américains.

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 13/09/2026 13:34

Temps de lecture : 6min

Catherine Deneuve lors de la Carte Blanche "Mon cinéma américain", au festival de Deauville, le 12 septembre 2026. (LAURENCE HOUOT / FRANCEINFO CULTURE)
Catherine Deneuve lors de la Carte Blanche "Mon cinéma américain", au festival de Deauville, le 12 septembre 2026. (LAURENCE HOUOT / FRANCEINFO CULTURE)

Catherine Deneuve, haut noir et jupe fleurie, est accueillie par une belle ovation du public, qu'elle reçoit avec le sourire. En s'asseyant, elle suggère au caméraman de "monter cette caméra" postée devant elle. On ne se refait pas.

Après le passage de Faye Dunaway et de Susan Sarandon, deux icônes du cinéma américain, le Festival de Deauville accueillait, samedi après-midi 12 septembre, au musée des Franciscaines cette figure du cinéma français, invitée à partager dans une carte blanche animée par Loïc Prigent sa passion pour le cinéma, et plus particulièrement du cinéma américain. Catherine Deneuve a choisi quatre films, réalisés par quatre grands réalisateurs, qu'elle a commentés pour le public après la projection d'un extrait de chacun d'entre eux.

"D'abord, tient-elle à dire, j'ai choisi des films pour les metteurs en scène, et le scénario, parce que pour moi c'est ce qui compte le plus". Elle ajoute avoir puisé dans les filmographies des réalisateurs qu'elle admire en essayant de ne "pas choisir les films les plus connus".

"La Splendeur des Amberson" d'Orson Wells : "C'est un metteur en scène que j'admire énormément"

Ce film d'Orson Wells, sorti en 1942, raconte l'histoire d'un fils possessif et tyrannique qui s'oppose à l'union de sa mère, veuve, avec Eugène, son amour de jeunesse. "Pour moi c'est un film splendide", déclare Catherine Deneuve. Après la diffusion de l'extrait, elle commente : "Vous avez vu la manière dont les personnages se croisent, et ces profils dans les ombres… La mise en scène est incroyable, et la manière dont les choses évoluent dans le film entre ce fils possessif et sa mère... Le scénario est implacable ! C'est un très grand film, tiré d'un très grand livre" s'enthousiasme la comédienne.

"C'est un metteur en scène que j'admire beaucoup", et qu'elle a eu la chance de rencontrer. "C'était à Londres, dans son appartement " se souvient-elle. "C'était un matin, très tôt, et quand je suis arrivée, il était en train de manger un poulet, un poulet entier au petit déjeuner !", confie-t-elle. "J'étais jeune et on avait cette image d'un homme très grand, très impressionnant, mais là, le poulet entier le matin au petit-déjeuner quand même. Cela dit, il était charmant !" conclut la comédienne en riant.

"Pas de printemps pour Marnie" d'Alfred Hitchcock : "J'aurais aimé jouer dans ce film !"

Ce 49e long-métrage d'Alfred Hitchcock sorti en 1964 raconte l'histoire d'une femme qui sous une fausse identité vole ses patrons. Son nouvel employeur la démasque. Amoureux de Marnie, il lui demande de l'épouser en échange de son silence. "Dans cette première scène du film, il y a tous ces plans de détails sur ses mains - elle a d'ailleurs de très belles mains - qui rangent, trient, changent les cartes, les papiers d'identité, et puis cette scène où elle rince ses cheveux pour devenir blonde… C'est très beau. Tous ces détails nous font tout de suite comprendre que ce personnage est intrigant, limite fréquentable même… " commente Catherine Deneuve. "Tous ces détails… Alfred Hitchcock était un grand maniaque", ajoute-t-elle. "Toute l'histoire c'est d'essayer de remonter jusqu'à l'enfance de Marnie pour comprendre ses névroses", souligne Catherine Deneuve. "J'aurais vraiment aimé jouer ce film ! Il y a beaucoup de films que j'adore, mais pas beaucoup dans lesquels j'aurais aimé jouer. Mais celui-là, j'aurais adoré le faire", confie Catherine Deneuve.

Un tournage sur lequel l'actrice Tippi Hedren, déjà à l'affiche des Oiseaux, dira pourtant plus tard qu'elle a souffert. "Je ne sais pas, elle est toujours de ce monde, vous pouvez l'appeler pour lui demander !", suggère Catherine Deneuve. "Mais oui, je crois qu'il était un peu possessif avec ses actrices" ajoute-t-elle plus sérieusement. "Ce sont des choses qui arrivent, par exemple je me souviens que Bjork a failli quitter le tournage de Dancer in the dark. Elle a quitté un jour le plateau et elle est partie se réfugier dans la forêt à côté, mais elle est revenue. Ce n'est pas toujours facile de quitter un projet si ça se passe mal avec le réalisateur. On a signé un contrat, on ne peut pas claquer la porte comme ça", déplore-t-elle. "J'ai rencontré Alfred Hitchcock à Paris. On a parlé d'un projet. Il m'avait envoyé un scénario, mais malheureusement ça n'a pas pu se faire, il est parti avant", regrette-t-elle.

"Bunny Lake a disparu" d'Otto Preminger : "Un grand talent"

Sorti en 1965, ce film du réalisateur américain d'origine autrichienne Otto Preminger raconte l'histoire d'une femme qui vient d'emménager à Londres avec sa fille Bunny. Quand le premier jour de classe, elle va la chercher à l'école, la fillette a disparu, et personne ne se souvient d'elle. "J'ai vu ce film il y a très longtemps sur les conseils d'André Téchiné", se souvient-elle.

"Remarquez comment dès le début du film, elle a cet air égaré. Son obstination de mère, la manière dont elle ne lâche rien, et le personnage du frère, vraiment étrange… Vraiment, la manière dont cette histoire étrange est filmée est très originale.", commente-t-elle. Otto Preminger est un autre metteur en scène que Catherine Deneuve admire. "Un grand talent", dit-elle. À la question de savoir si celui-là aussi elle l'a rencontré, elle répond, légèrement moqueuse : "Mon but n'est pas de rencontrer tous les metteurs en scène que j'admire, je vais voir leurs films !"

"Fureur Apache" de Robert Aldrich : "un film violent"

"C'est un western de Robert Aldrich, qui est sorti en 1972", commence Catherine Deneuve. Il raconte l'histoire d'Ulzana, chef d'une tribu apache qui sème la terreur chez les fermiers installés sur d'anciennes terres indiennes. Lancé à sa poursuite pour arrêter le carnage, un jeune lieutenant tente de comprendre ce qui motive la violence du chef indien. "C'est un western moderne, avec un rythme qui n'est pas de tout celui qu'on a l'habitude de voir dans les westerns classiques", explique Catherine Deneuve. "C'est un film violent, qui a beaucoup choqué à l'époque, parce qu'il montre la violence des Indiens". Quelques années après la sortie de ce western, Catherine Deneuve sera à l'affiche d'un des films de Robert Altman, La Cité des dangers, sorti en 1976. "Il m'avait envoyé le scénario dans une enveloppe en cuir, sur laquelle était gravé le titre du film, et mon nom. Comme si c'était déjà fait, comme si j'avais déjà accepté sa proposition. Je n'avais jamais vu ça mais j'ai interprété cela comme une forte envie de travailler avec moi !", se souvient la comédienne.

"C'est aussi la première fois que j'ai vu un metteur en scène filmer avec deux caméras côte à côte", poursuit-elle. "Il avait la réputation d'être très dur avec les femmes, mais tout s'est bien passé. Je n'ai pas eu à me plaindre" ajoute-t-elle. Quel était son rôle dans le film ? Elle tarde un peu à répondre et lâche, sourire en coin : "Je jouais le rôle d'une femme qui faisait beaucoup de rapports sexuels au téléphone".

A-t-elle été tentée de rester de l'autre côté de l'Atlantique à l'époque ? "Non, pas du tout. J'avais plutôt envie de rentrer retrouver mes enfants. L'absence pendant les tournages, pour les enfants c'était déjà long" note-t-elle. Est-ce qu'elle serait tentée par l'Amérique aujourd'hui ? "Aller travailler en Amérique aujourd'hui ?" interroge-t-elle, interloquée. "Ça ne me tente pas trop, non si vous voyez ce que je veux dire…", affirme-t-elle sans s'attarder, mais tout le monde a bien compris. "Mais bon, si je reçois un bon scénario, une bonne histoire, parce que c'est vraiment ça qui m'intéresse avant tout, plus même que le rôle qu'on me propose, alors pourquoi pas…" conclut-elle pour refermer cette séance qui donne envie de plonger et replonger dans le cinéma patrimonial américain.

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