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WEALTHCOME lève 15 millions d’euros pour défier Harvest et accélérer auprès des grands comptes

Après avoir équipé environ 800 structures et plus de 6 000 professionnels, Wealthcome boucle une série B de 15 millions d’euros menée par Breega, avec la participation de BlackFin Capital Partners. De

Après avoir équipé environ 800 structures et plus de 6 000 professionnels, Wealthcome boucle une série B de 15 millions d’euros menée par Breega, avec la participation de BlackFin Capital Partners. Deux ans après son recentrage sur les professionnels de la gestion de patrimoine, l’éditeur français veut désormais accélérer auprès des banques, assureurs, mutuelles et grands réseaux. Derrière le développement de Binom, son environnement d’intelligence artificielle, se joue une bataille plus structurante : celle du logiciel qui concentrera les données patrimoniales et organisera une part croissante du travail quotidien du conseiller, avec en ligne de mire l’acteur majeur du marché, Harvest.

Une série B pour changer de catégorie de clients

Lorsque Wealthcome avait levé 7 millions d’euros auprès de BlackFin Capital Partners en mars 2025, l’entreprise comptait un peu plus de 300 structures clientes, 2 500 professionnels utilisateurs et plus de 20 milliards d’euros d’actifs agrégés. Dix-huit mois plus tard, elle revendique environ 800 structures équipées et plus de 6 000 utilisateurs. La nouvelle opération de 15 millions d’euros doit lui permettre de franchir une autre étape : ne plus seulement progresser auprès des cabinets de gestion de patrimoine, mais devenir une solution susceptible d’être déployée à l’échelle de banques, d’assureurs, de mutuelles ou de grands réseaux.

La série B est menée par Breega, avec la participation de BlackFin Capital Partners, déjà présent au capital. Wealthcome compte aujourd’hui autour de 65 collaborateurs et prévoit de poursuivre ses recrutements pour accompagner cette montée en puissance. Le financement doit parallèlement soutenir le développement produit et l’intégration progressive de l’intelligence artificielle dans WealthPro, sa plateforme destinée aux professionnels du patrimoine. Le passage aux grands comptes élève cependant le niveau d’exigence : l’interopérabilité avec les systèmes existants, la migration des données, la gestion des droits, la sécurité, l’auditabilité ou encore la capacité à déployer le produit auprès de centaines d’utilisateurs deviennent aussi importantes que l’ergonomie qui a permis de séduire les premiers cabinets.

Cette transition constitue le véritable test de cette série B, Wealthcome a démontré qu’un nouvel entrant pouvait trouver sa place auprès des CGP face aux solutions historiques ; il lui faut désormais démontrer que cette traction peut être convertie en contrats institutionnels sans transformer chaque déploiement en projet spécifique lourd et coûteux.

« La Série A de 2025 a marqué un véritable tournant pour Wealthcome. Elle nous a permis de consolider notre implantation sur le marché, en structurant l’entreprise autour de profils de très haut niveau à chaque fonction clé, de la direction au Produit, en passant par la Tech et l’expérience client. C’est cette équipe, et la montée en
puissance collective de Wealthcome, qui nous permettent aujourd’hui de changer d’échelle et d’aller chercher les plus grands comptes du secteur comme les assureurs, mutualistes ou encore les banques. L’entrée de Breega à notre capital vient conforter cette ambition», nous indique Cyprien Delmeule, CEO et fondateur de Wealthcome.

La donnée patrimoniale devient le véritable actif du logiciel

Fondée en 2022, Wealthcome s’est progressivement recentrée sur les professionnels et a développé autour de WealthPro un environnement qui rassemble les informations du client, son patrimoine géré et non géré, ses documents, ses données réglementaires et différentes fonctions nécessaires au suivi de la relation. L’agrégation automatique s’appuie notamment sur Powens, tandis que la plateforme propose également reporting, documents réglementaires et gestion des informations patrimoniales.

Cette centralisation prend une nouvelle valeur avec l’intelligence artificielle. Une base patrimoniale structurée ne sert plus uniquement à restituer une photographie du client, mais devient le contexte à partir duquel des modèles peuvent extraire des informations, détecter des incohérences, préparer un rendez-vous ou alimenter des processus métier. La question n’est donc plus simplement de savoir quel éditeur propose le CRM le plus agréable à utiliser, mais lequel parvient à devenir la version de référence du dossier client.

Dans la compliance, la qualité et la fraîcheur des données sont déjà devenues aussi stratégiques que les outils qui les exploitent. Dans le CRM, la même évolution est à l’œuvre : les plateformes autrefois centrées sur le suivi commercial deviennent progressivement des infrastructures de données, d’automatisation et d’intelligence artificielle. Pour Wealthcome, c’est probablement là que se trouve le véritable enjeu défendable à long terme, car si les modèles d’IA peuvent être accessibles à tous les éditeurs, leur valeur dépend de la qualité, de la profondeur et du contexte des données auxquelles ils ont accès.

Binom automatise d’abord la préparation du conseil

C’est sur cette base que Wealthcome développe son environnement d’intelligence artificielle baptisée Binom, intégré à WealthPro. Les premières fonctionnalités disponibles restent volontairement proches des opérations quotidiennes du conseiller. La retranscription permet d’enregistrer ou d’importer un rendez-vous, d’en produire un compte rendu et d’extraire les informations nécessaires au KYC. Le professionnel passe ensuite en revue les données détectées, peut les modifier ou les refuser, puis choisit celles qui seront intégrées dans le dossier du client.

Le second cas d’usage concerne les documents. Binom peut aujourd’hui analyser notamment une pièce d’identité, un avis d’imposition ou un justificatif de domicile, structurer les informations utiles, les comparer à celles déjà présentes dans WealthPro et proposer leur intégration dans le KYC. Chaque champ doit être vérifié avant validation et le système fournit un indice de confiance. Wealthcome commence donc moins par automatiser le conseil patrimonial lui-même que par réduire le travail nécessaire à sa préparation.

Ce choix peut apparaître moins spectaculaire qu’un agent proposant seul une allocation ou une stratégie fiscale, mais il répond à des tâches dont le retour sur investissement est plus facile à mesurer. Ressaisie documentaire, préparation d’un entretien, mise à jour du KYC ou rapprochement entre plusieurs sources d’information mobilisent du temps sans constituer directement la valeur ajoutée du conseiller. C’est précisément l’approche recommandée dans les premiers déploiements de l’IA financière : partir de quelques cas d’usage ciblés dont l’impact peut être mesuré avant d’étendre l’automatisation à des processus plus complexes.

Après le back-office, l’enjeu est d’augmenter la capacité du conseiller

La deuxième étape est potentiellement plus structurante, dès lors que WealthPro rassemble suffisamment d’informations sur le patrimoine, la situation fiscale, les documents, les objectifs et l’historique d’une relation, le logiciel peut progressivement passer d’un rôle de stockage à un rôle de priorisation. Au lieu d’attendre que le conseiller recherche lui-même quels clients nécessitent son attention, la plateforme peut faire remonter des situations à traiter ou des dossiers qui méritent une nouvelle prise de contact.

L’IA change alors de fonction économique, et ne sert plus uniquement à économiser quelques minutes sur la saisie d’un document, mais peut contribuer à augmenter le nombre de relations qu’un professionnel est en mesure de suivre.

Une nouvelle génération d’acteurs travaille déjà cette équation, au Royaume-Uni, Saturn a levé 13 millions d’euros pour automatiser une partie des opérations des conseillers financiers, avec une logique consistant à réduire le coût administratif et réglementaire du conseil. Sur le marché des particuliers, Finary a de son côté levé 25 millions d’euros pour accélérer sur l’IA appliquée à la gestion de patrimoine. Les modèles diffèrent, mais la tendance est claire, la gestion patrimoniale devient un terrain d’application de l’IA parce qu’elle combine une forte densité de données, de nombreux processus manuels et une relation dans laquelle l’humain reste difficilement substituable.

Un marché consolidé autour d’Harvest, mais loin de se limiter à un duel

Cette ambition se déploie toutefois dans un marché français déjà fortement équipé. Harvest en constitue le pôle le plus important, avec une suite construite au fil de plusieurs décennies et de différentes acquisitions. Le groupe rassemble notamment des solutions de CRM, d’ingénierie patrimoniale, de relation client et d’analyse financière, et a renforcé sa position à travers des opérations comme l’acquisition de Manymore ou l’intégration de Quantalys. À l’échelle de son périmètre européen, Harvest affiche aujourd’hui plus de 4 600 clients, environ 600 collaborateurs et un chiffre d’affaires proche de 120 millions d’euros.

Le marché ne se résume pourtant pas à Harvest, Wizio constitue notamment une alternative indépendante installée depuis plus de vingt ans sur les métiers des CGP, CIF et courtiers. L’éditeur revendique plus de 800 indépendants et 400 cabinets utilisateurs, dont des réseaux nationaux et des structures dépassant 200 collaborateurs. Sa plateforme couvre elle aussi le CRM patrimonial, la conformité et différents processus métier, tout en intégrant désormais l’intelligence artificielle.

Autour de ces plateformes généralistes interviennent également des acteurs davantage spécialisés dans la donnée financière, l’allocation, l’agrégation, la conformité ou la distribution de produits. Ils ne constituent pas tous des concurrents directs de Wealthcome, mais les frontières entre ces catégories deviennent progressivement moins étanches. Un CRM peut intégrer davantage de données patrimoniales, un agrégateur remonter vers la connaissance client et une couche d’IA commencer par automatiser la conformité avant de s’étendre à la préparation du conseil ou au développement commercial.

L’intelligence artificielle pourrait ainsi rouvrir un marché que la consolidation avait progressivement stabilisé, elle offre aux nouveaux entrants la possibilité de repenser des workflows construits autour d’architectures plus anciennes, mais elle donne également aux acteurs historiques les moyens de moderniser leur propre offre.

Harvest reste le verrou principal

Pour Wealthcome, Harvest demeure néanmoins le benchmark le plus difficile à contourner. Le groupe dispose d’une profondeur fonctionnelle, d’une connaissance métier et surtout d’une base installée qui créent des coûts de changement importants. Remplacer un logiciel central ne saurait consister à simplement convaincre l’utilisateur qu’une nouvelle interface est meilleure, il faut migrer l’historique, les processus, les modèles de documents, les connexions et parfois des années d’habitudes organisationnelles.

La finance a déjà connu cette évolution. Après une première vague dans laquelle les nouveaux entrants se différenciaient principalement par l’expérience utilisateur, la bataille des banques numériques s’est progressivement déplacée vers la maîtrise du core banking et de l’infrastructure sous-jacente. Une dynamique comparable peut s’installer dans la gestion de patrimoine : après l’interface, la valeur se déplace vers le contrôle de la donnée, des règles métier et des workflows.

Les grands comptes vont tester la robustesse du modèle

Cette question devient plus sensible encore avec l’arrivée annoncée sur les banques, assureurs et mutuelles. Ces organisations n’achètent pas un logiciel métier comme un cabinet indépendant. Elles doivent le connecter à des systèmes existants, imposer leurs règles de sécurité et de gouvernance des données, gérer plusieurs niveaux d’accès et garantir la traçabilité des traitements. Les cycles de vente s’allongent et la part des services nécessaires au déploiement peut augmenter fortement.

L’évolution rejoint un mouvement plus large de l’intelligence artificielle dans les secteurs réglementés. Les premiers usages se sont développés dans les interfaces, la génération de contenus ou l’assistance aux collaborateurs ; l’étape suivante consiste à intervenir dans des chaînes opérationnelles associant plusieurs systèmes, règles métier et validations humaines. La finance et l’assurance deviennent ainsi des terrains privilégiés pour des agents capables d’opérer à l’intérieur d’infrastructures existantes plutôt que de chercher à les remplacer brutalement.

La croissance externe ouvre un second scénario

Avec cette nouvelle levée, Wealthcome dispose également de moyens supplémentaires pour envisager des acquisitions. Des éditeurs positionnés sur des métiers voisins de la gestion de patrimoine, notamment le courtage ou certaines professions juridiques, peuvent constituer des cibles potentielles. Aucune opération n’est annoncée à ce stade, mais l’hypothèse marque une évolution : l’entreprise ne pense plus nécessairement sa croissance uniquement à travers le développement organique de WealthPro.

Une première logique consisterait à acquérir des briques fonctionnelles permettant de compléter la couverture du conseiller patrimonial. Une seconde serait plus structurante : utiliser les mêmes infrastructures de données, de conformité et d’intelligence artificielle pour adresser plusieurs professions réglementées partageant des problématiques proches de connaissance client, de documents et de workflows. Wealthcome évoluerait alors progressivement d’un éditeur spécialisé vers un groupe de logiciels métiers.

Cette trajectoire comporte toutefois son propre risque. Une partie de l’avantage revendiqué par les nouveaux éditeurs tient précisément à une architecture plus homogène et plus récente que celle des groupes constitués au fil des acquisitions. Multiplier les rachats peut accélérer l’accès à de nouvelles fonctionnalités et à de nouveaux clients, mais aussi recréer progressivement les problèmes d’intégration auxquels les nouveaux entrants prétendent apporter une réponse.

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