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Wall Street : l’emploi calme les craintes sur les taux

La Bourse américaine tente de se redresser ce mercredi, malgré les inquiétudes persistantes autour du dossier iranien et les tensions qui continuent de peser sur le marché obligataire. Les indices ont trouvé un...

La Bourse américaine tente de se redresser ce mercredi, malgré les inquiétudes persistantes autour du dossier iranien et les tensions qui continuent de peser sur le marché obligataire. Les indices ont trouvé un peu de soutien après la publication de chiffres de l’emploi sans éclat, qui ont réduit les anticipations de nouvelles hausses de taux.

Le Dow Jones progresse de 0,83% à 53.206 points, tandis que le S&P 500 gagne 0,57% à 7.675 points. Le Nasdaq avance plus modestement, de 0,36% à 26.192 points. Sur le marché de la dette, le rendement du 'T-Bond' américain à 10 ans reste proche de 4,8%. Celui du '30 ans' atteint 5,27%, à son plus haut niveau depuis 19 ans.

Ces niveaux de rendement particulièrement élevés poussent les investisseurs à revoir leurs arbitrages, au détriment de plusieurs secteurs qui avaient fortement progressé ces derniers mois. Les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle sont notamment concernés, les investisseurs institutionnels réduisant leur exposition aux valeurs technologiques.

La Fed maintient la pression

Les marchés avaient déjà été refroidis à la fin de la semaine dernière par les déclarations de Kevin Warsh, nouveau patron de la Fed, lors du sommet de Jackson Hole. Le successeur de Jerome Powell a adopté un ton ferme, rappelant que la stabilité des prix devait rester la priorité de la banque centrale.

Warsh a reconnu une amélioration des données sur l'inflation durant l'été, tout en estimant que les tendances sous-jacentes n'avaient pas véritablement changé. La Fed devra être convaincue que l'inflation se rapproche bien de son objectif de 2%. Dans le cas contraire, "il nous reste du travail à faire", a déclaré le patron de la Fed.

Il a également réaffirmé que la cible d'inflation PCE de 2% était "ferme et immuable". Dans le même temps, l'économie américaine continue de montrer une certaine résistance : la consommation des ménages reste dynamique, le marché du travail demeure stable et l'investissement des entreprises progresse rapidement. Warsh a par ailleurs estimé qu'il était difficile de considérer les conditions financières comme restrictives.

Le message envoyé par la Fed laisse donc ouverte la possibilité de nouvelles hausses de taux si l'inflation ne ralentit pas suffisamment. Pour l'instant, l'inflation ne montre pas de ralentissement significatif.

Les marchés continuent ainsi de tabler sur une ou deux hausses d'un quart de point d'ici la fin de l'année. La probabilité d'un relèvement de 25 points de base dès septembre avait fortement progressé après les propos de Warsh, avant de refluer vers 64% ce mercredi à la suite des mauvais chiffres de l'emploi privé.

L'emploi privé ralentit nettement

Les créations de postes dans le secteur privé américain ont atteint seulement 38.000 en août 2026, selon le rapport ADP publié ce mercredi. Le consensus FactSet tablait sur 46.500 créations, après 46.000 postes en juillet en données révisées.

Il s'agit du plus faible rythme de créations d'emplois depuis janvier. Les secteurs de la production, des services professionnels et de l'information ont supprimé des postes. À l'inverse, l'éducation et la santé, la construction ainsi que les loisirs et l'hôtellerie ont enregistré des embauches solides.

"La rémunération est un bon indicateur de la volatilité actuelle du marché de l'emploi. Pour comprendre les tendances en matière d'embauche, il est essentiel d'analyser en profondeur les secteurs où la croissance salariale s'accélère, ceux où elle ralentit et les profils des travailleurs concernés. La croissance salariale, autrefois prévisible, est désormais bouleversée par la complexité des évolutions démographiques, l'inflation persistante et l'impact de l'IA sur l'emploi", a ajouté Nela Richardson, cheffe économiste d'ADP.

Dans le détail, les petites entreprises de 1 à 19 personnes ont créé 20.000 postes en août. Les entreprises de 500 personnes et plus ont généré 34.000 emplois, tandis que celles de 20 à 49 personnes ont détruit 17.000 postes.

Les commandes industrielles américaines de juillet 2026 ont, elles, progressé de 0,9% sur un mois, contre +0,7% attendu par le consensus FactSet et -0,2% pour la lecture révisée du mois précédent.

Le Livre Beige économique de la Fed est encore attendu ce soir à 20 heures.

Demain, les investisseurs suivront la balance du commerce international des biens et services de juillet, la dernière étude Challenger sur les annonces de licenciements, les inscriptions hebdomadaires au chômage, les chiffres révisés de la productivité non agricole du deuxième trimestre, l'indice PMI composite final d'août et l'ISM des services du même mois. Le gouverneur de la Fed Christopher Waller prendra également la parole.

Vendredi, l'attention se portera surtout sur le rapport gouvernemental américain concernant l'emploi en août. Le consensus FactSet anticipe 65.000 créations de postes, dont 53.000 dans le privé, ainsi qu'un taux de chômage de 4,2%.

Le pétrole reste sous surveillance

Les cours du brut soufflent légèrement après leur récente envolée, autour de 90 dollars pour le baril de WTI et de 95 dollars pour le Brent de la mer du Nord.

Washington et Téhéran ont repris leurs échanges de frappes pour la première fois depuis environ un mois. Le Commandement central américain (CENTCOM) a visé des lance-roquettes qui s'apprêtaient à déployer des mines dans le détroit d'Ormuz. En représailles, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a attaqué des bases aériennes américaines en Jordanie.

Trump avait promis avant-hier de frapper fort l'Iran après les tirs de missiles iraniens contre deux bases aériennes américaines en Jordanie.

Le moral des marchés reste donc affecté par cette seconde vague de frappes américaines contre des cibles liées au CGRI iranien dans le golfe Persique. L'Iran a riposté par des tirs de missiles contre des bases militaires américaines situées dans les pays voisins du Golfe, réduisant fortement le trafic commercial dans le détroit d'Ormuz.

Trump a également menacé de nouvelles frappes plus sévères, évoquant la possibilité de viser le terminal pétrolier iranien de l'île de Kharg en cas de nouvelles représailles de Téhéran.

"Je n'essaie pas de forcer l'Iran à s'asseoir à la table des négociations, contrairement à ce qu'a rapporté ABC Fake News. Je me fiche éperdument qu'ils signent un accord qui, à leurs yeux, ne vaut rien. Je préfère largement notre position actuelle : nous contrôlons presque totalement le détroit d'Ormuz et leur économie est en plein effondrement. Ils ne font que retarder l'inévitable. Quand le peuple iranien va-t-il se soulever et se battre ?", a aussi lancé Trump sur Truth Social.

Les valeurs

Dell Technologies (+4,4%) a créé la surprise mardi soir avec des résultats trimestriels largement supérieurs aux attentes. Le groupe américain, qui a bien négocié le virage de l'IA, a vu son chiffre d'affaires bondir de 57,8% au deuxième trimestre, à 46,97 milliards de dollars, contre 44,92 milliards de dollars attendus par le consensus LSEG. Le bénéfice ajusté par action ressort à 7,04 dollars, contre 4,92 dollars anticipés.

Les revenus de la division Infrastructures Solutions Group ont augmenté de 89%, à 31,78 milliards de dollars, dont 16,40 milliards de dollars provenant des serveurs IA. Les ventes annuelles de cette activité sont désormais attendues en forte hausse. La division PC et clients professionnels a également progressé, avec un chiffre d'affaires de 15,03 milliards de dollars, en hausse de 20%.

Dell vise désormais 49 milliards de dollars de chiffre d'affaires et un bénéfice ajusté par action de 6,50 dollars au troisième trimestre. Pour l'ensemble de l'exercice, les objectifs sont relevés à 192 milliards de dollars de revenus et 25,5 dollars de bénéfice ajusté par action, des niveaux supérieurs aux attentes du marché. Les précédentes prévisions étaient de 167 à 172 milliards de dollars de revenus et de 17,9 dollar de bénéfice ajusté par action.

Les ventes de serveurs IA sont désormais attendues à 74 milliards de dollars sur l'ensemble de l'exercice, contre 60 milliards de dollars annoncés en mai. Dell bénéficie d'un carnet de commandes solide, notamment grâce à un contrat de cinq ans de 9,7 milliards de dollars avec le Pentagone.

Palo Alto Networks (-7,3%), spécialiste de la cybersécurité, a annoncé un chiffre d'affaires en hausse de 34% sur un an au quatrième trimestre de son exercice décalé 2026, à 3,41 milliards de dollars, au-dessus des 3,35 milliards de dollars attendus par les analystes. Le bénéfice ajusté par action atteint 1,02 dollar, soit 4 cents de plus que prévu.

Les revenus annualisés récurrents de ses plateformes de nouvelle génération, qui constituent une référence importante dans ces résultats, ont bondi de 63% à 9,1 milliards de dollars. Le groupe estime qu'ils devraient plus que doubler d'ici 2030.

Palo Alto profite de l'essor technologique autour de l'intelligence artificielle, qui entraîne une hausse des besoins en cybersécurité et en protection des données. Le groupe a annoncé l'acquisition de Console, une plateforme native d'IA destinée à aider les organisations à utiliser des analyses et des actions fondées sur l'IA dans leurs opérations.

Pour son exercice 2027, le groupe vise entre 14,1 et 14,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires, après 11,5 milliards de dollars en 2026, soit une progression de 23 à 24%. Le bénéfice ajusté par action est attendu entre 4,16 et 4,19 dollars, légèrement au-dessus du consensus des analystes, tout comme la prévision de chiffre d'affaires.

GitLab (+13,2%) s'enflamme à Wall Street après la publication de ses résultats du deuxième trimestre fiscal 2027. Les revenus ont progressé de 21% pour atteindre 286 millions de dollars sur les trois mois clos fin juillet 2026, contre 236 millions un an plus tôt.

Le bénéfice ajusté par action ressort à 24 cents, inchangé sur un an, tandis que le résultat opérationnel ajusté progresse légèrement à 43 millions de dollars.

"Le deuxième trimestre a été exceptionnel, marqué par des réservations brutes record et une croissance du revenu annuel récurrent (ARR) net supérieure à 40% d'une année sur l'autre", a déclaré Bill Staples, DG de GitLab.

"À mesure que l'IA stimule la création de logiciels et intensifie les activités tout au long du cycle de vie du développement, la valeur du contexte, de la sécurité, de la gouvernance et du contrôle offerts par GitLab ne cesse de croître. Nous estimons que cela représente une opportunité majeure pour GitLab, alors que les humains et les agents collaborent de plus en plus pour développer des logiciels".

Brown-Forman (+3,6%), géant américain des boissons alcoolisées connu notamment pour Jack Daniel's, a enregistré une baisse de ses ventes trimestrielles, pénalisées par une demande plus faible pour la tequila et par la fin d'un accord dans le vin. Les bénéfices ont toutefois dépassé les attentes.

Le bénéfice par action a progressé de 6% à 38 cents, tandis que les revenus ont reculé de 1%, à 911 millions de dollars. Pour l'exercice 2027, le groupe prévoit des ventes organiques stables et une baisse de 3 à 5% du bénéfice opérationnel organique.

Uber (+0,8%) a annoncé son intention de supprimer 3.300 postes dans le monde, soit environ 10% de ses effectifs, sans préciser le calendrier. Le groupe souhaite notamment supprimer plusieurs niveaux hiérarchiques.

Le DG Dara Khosrowshahi explique cette décision par la volonté de réduire la complexité de l'organisation, qui aurait ralenti la prise de décision en interne. Uber vise notamment une réduction de 20% du nombre d'employés situés à au moins sept niveaux hiérarchiques sous le DG.

L'entreprise comptait près de 34.000 salariés dans le monde à la fin de l'année dernière. Les analystes surveillent étroitement le groupe alors que des interrogations émergent sur la pérennité de son modèle, notamment face à la concurrence de sociétés de conduite autonome comme Waymo, filiale de Google, susceptible de menacer sa position dominante sur le marché nord-américain.

Chevron (+0,4%) profite de l'évolution rapide de la situation au Venezuela. Comme l'avait indiqué la presse américaine la semaine dernière, le groupe a signé ce mercredi à Caracas un nouveau contrat de 7 milliards de dollars destiné à doubler à terme sa production de brut dans le pays.

La production doit atteindre environ 600.000 barils par jour dans les cinq prochaines années, contre 270.000 barils par jour en moyenne en juillet. Présente au Venezuela depuis 1923, Chevron travaillera avec la société nationale vénézuélienne PDVSA.

Nvidia (+3%) mène des négociations avancées en vue du rachat de la startup d'intelligence artificielle Hugging Face. L'opération pourrait atteindre environ 14 milliards de dollars, selon des personnes proches du dossier citées par Bloomberg.

Une transaction valorisant Hugging Face à 12,9 milliards de dollars pourrait être conclue dès cette semaine, selon l'une de ces sources, qui a requis l'anonymat. L'opération pourrait également prévoir un volet de fidélisation de 1 milliard de dollars pour les employés de Hugging Face.

Aucun accord définitif n'a toutefois été conclu à ce stade, précise Bloomberg. Le calendrier et les modalités de l'opération restent donc susceptibles d'évoluer. Ce rachat constituerait, selon l'agence, la plus importante initiative de Jensen Huang pour accélérer l'adoption de l'IA et élargir la clientèle de Nvidia.

L'opération permettrait à Nvidia de prendre le contrôle de l'une des principales plateformes sur lesquelles les développeurs présentent et partagent des modèles d'IA. Jensen Huang souhaite favoriser les modèles dits 'open source' afin d'éviter qu'une poignée de grandes entreprises ne finisse par dominer le secteur de l'IA.

Nvidia fait déjà partie des investisseurs de Hugging Face, aux côtés notamment de Google, Alphabet, Amazon, Intel et Salesforce.