thejournalofsierraleonestudies.com

VRAI OU FAUX. Guerre en Ukraine : la carte d’une attaque de drones russes contre la France depuis l’Algérie est-elle réelle ?

Une carte publiée le 19 septembre 2026 sur X montre les cibles potentielles qu'un drone russe Geran-5 réaction tiré d'Algérie pourrait viser en France. Cette carte a bien été postée par un organe d'influence lié à l'État russe, mais le scénario qu'elle décrit est imaginaire. Elle ne s'appuie sur aucune livraison de drones avérée par la Russie à l'Algérie. Décryptage d'une opération hybride : déstabilisation et promotion du matériel militaire russe. .

l'essentiel Une carte publiée le 19 septembre 2026 sur X montre les cibles potentielles qu'un drone russe Geran-5 réaction tiré d'Algérie pourrait viser en France. Cette carte a bien été postée par un organe d'influence lié à l'État russe, mais le scénario qu'elle décrit est imaginaire. Elle ne s'appuie sur aucune livraison de drones avérée par la Russie à l'Algérie. Décryptage d'une opération hybride : déstabilisation et promotion du matériel militaire russe.
.

Une carte circulant sur les réseaux sociaux présente un scénario de tir de drones russes à réaction, les Gueran-5, sur des cibles situées dans le sud de la France. Si elle émane bien d'un organe étroitement lié à l'Etat russe, elle ne constitue pas la preuve d'une réelle menace de voir des frappes russes s'abattrent sur le sol français.

À lire aussi : Guerre en Ukraine : comment les drones russes à réaction Geran-4 et Geran-5, capables d'atteindre 600 km/h, changent la donne pour les alliés de Kiev

Que montre cette carte ?

La carte trace un cercle de 1 000 kilomètres de rayon autour d'un point de lancement hypothétique situé dans le nord de l'Algérie, non loins de la ville de Skikda au bord de la mer Méditerranée. Le cercle s'étend sur un tiers du territoire français. À l'intérieur, une quinzaine de sites français désignés comme cibles potentielles : bases aériennes, centrales nucléaires, usines Airbus ou commandement de l'Espace à Toulouse, port de Marseille, raffineries, etc. Rybar y invite ses lecteurs à "imaginer" l'arrivée de drones Geran-5 réaction en Algérie.

À lire aussi : JO de Paris 2024 : IA, fake news, faux médias… Comment la Russie "sème la peur" et intensifie sa campagne de désinformation contre la France

"Une chaîne financée et contrôlée par le Kremlin"

La source, le canal Telegram "Rybar_Africa", est la branche africaine de Rybar, réseau d'influence fondé par Mikhail Zvinchuk, proche du pouvoir russe. Vera Grantseva, politologue spécialiste de la Russie, indique à La Dépêche qu'ils "ont un financement apparemment assez généreux de la part du gouvernement russe." L'entité est notamment financée via le géant étatique de l'armement Rostec.

Rybar a été plusieurs fois épinglé par la communauté internationale : d'abord en juin 2023 par l'Union européenne qui sanctionnait aussi Mikhail Zvinchuk, pour désinformation et propagande pro-russe. Puis en juillet 2026 par le Royaume-Uni, qui a pris des mesures à son encontre en tant que "société de médias financée par l'État russe", la tenant responsable de diffuser de fausses informations à propos de la guerre en Ukraine, entre autres.

À lire aussi : Pourquoi l'armée russe organise-t-elle des exercices militaires en Algérie ?

D'autre part, cette carte n'est pas la seule disponible sur leurs canaux de diffusion. Elles font toutes la promotion des possibilités qu'offriraient ces nouveaux drones russes sur d'autres contextes géopolitiques sous tension. On y retrouve par exemple la menace que l'Inde pourrait faire planer sur le Pakistan, ou celle de la Corée du Nord sur sa voisine du sud et le Japon.

Déstabiliser et vendre des drones

En fait, l'opération poursuit plusieurs objectifs : d'abord la déstabilisation par la diffusion de fausses informations, notamment dans le contexte diplomatique tendu entre Paris et Alger. Mais aussi la promotion du nouveau matériel militaire russe. "Il y a bien évidemment les objectifs politiques, mais aussi la vente de son équipement militaire", explique Vera Grantseva.

On pourrait résumer la diffusion de cette carte par une opération hybride, dans la guerre hybride russe : "C'est un grand classique de la Russie, elle le fait beaucoup depuis l'Union soviétique", précise Vera Grantseva.