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Vosges. Victor Grosjean, patron de Chez Narcisse au Val-d’Ajol : « Une identité bâtie autour du comptoir »

Comment définir le lieu Chez Narcisse ? Victor Grosjean, directeur de ...

Comment définir le lieu Chez Narcisse ?

Victor Grosjean, directeur de la salle Chez Narcisse : « Avant tout, un bistrot ! Un lieu de vie qui propose des concerts grâce à sa salle voisine, bien entendu. Mais l’identité de départ, oui, elle reste un bistrot. Le dénominateur commun de ces bientôt 135 ans d’existence , c’est le comptoir autour duquel s’est bâtie notre identité et notre histoire. L’endroit a géré des concerts, un cinéma, il y a même eu autrefois les pompes funèbres avec mon arrière-grand-père. Mais le liant, c’est le comptoir. »

Malgré sa localisation dans une vallée des Vosges à l’écart des grands axes, Narcisse traverse les époques. Pourquoi ?

« Bistrot, spectacles, activités sociales… Il existe de nombreuses passerelles entre chacune d’elles. Le public est large, varié. Tout est interdépendant. Mais surtout, on écoute les remarques des gens, les doléances. On échange, avec une grosse relation humaine. Ce comptoir, c’est un peu une part de patrimoine. Petit, j’y allais en rentrant de l’école. Je discutais avec les anciens qui buvaient leur apéro, pendant que ma mère tenait le comptoir. L’endroit a été bâti par notre famille, qui n’a jamais dérogé à ses valeurs de proximité. Ce qui nous différencie peut-être des Smac (salles de musiques actuelles) c’est qu’elles n’ont pas été pensées comme des lieux de vie. Nous, en cente trente cinq ans , l’établissement a dû fermer six mois, pas davantage… Depuis les années 80, on a sans doute organisé près de 2 000 concerts, sans tenir compte des bals dansants qu’organisait Narcisse. »

« Personne ne juge quand Hervé Vilard vient »

Vous contacte-t-on pour connaître la recette de cette longévité ?

« Oui, régulièrement. Dans le paysage du spectacle qui repose à 80 % sur des fonds publics, nous sommes un peu la caution indépendante et un modèle singulier avec 98 % de fonds propres. Nous ne sommes pas millionnaires loin de là, notre modèle peut être perçu comme ayant vingt ou trente ans de retard, j’entends. Mais notre force, c’est notre autonomie. »

Comment concilier vie de bistrot et vie culturelle ?

« Les gens ont besoin de rituels, d’endroits familiers où ils ont leurs repères. Il y a le combat de la défense de la culture dans la ruralité. On vit avec notre environnement, en entretenant notre réseau, avec des contacts, beaucoup de souplesse, d’adaptation aux agendas des artistes. Surtout ceux qui ont envie de venir : c’est capital. »

Passer de la chanson française au heavy metal : comment votre clientèle gère-t-elle ce grand écart ?

« Ce qui caractérise le public au Val d’Ajol, c’est qu’il est avant tout respectueux. On peut organiser du métal, du rock, du punk, personne ne jugera quand Hervé Vilard vient chanter chez nous. Le public respecte cette variété, et notre effort de programmation. »

« Manu Chao reste maître »

Financièrement, est-il toujours possible de rivaliser ?

« Parfois, on se heurte à des murs. Certains artistes, en off nous font part de leur désir de jouer chez nous. On ne jalouse personne, mais notre mode de fonctionnement indépendant nous contraint à la prudence avec nos finances. Certaines salles publiques peuvent, elles, davantage rebondir si elles font un flop. Les artistes ne gagnent plus autant qu’autrefois avec le streaming internet. Résultat, celui qui coûtait 3 000 € en 2019 réclame aujourd’hui 5 000 €. On est aussi passé parfois de 7 000 € à 13 000 €. Si des salles concurrentes ont des budgets largement supérieurs, on ne peut pas rivaliser sur ce point. Il faut miser sur autre chose. »

Après Trust, les Wampas, les Fatals picards et de nombreux groupes à forte renommée, Manu Chao revient chez Narcisse le 22 août. Comment faites-vous la différence ?

« C’est une synthèse de nombreux paramètres, avec un énorme travail de veille, de prospection et de débroussaillage pour flairer les opportunités . L’industrie du spectacle a beau être géante, c’est aussi un petit monde où fonctionne le bouche-à-oreille. Manu Chao, cela a pris vingt ans pour qu’on l’accueille une première fois. Sa venue a longtemps constitué un rêve ultime. Je me disais même qu’après sa venue, je pourrais partir en retraite. Mais non, Narcisse est toujours là et Manu revient nous voir ! Il reste maître de ce qu’il veut faire, et on l’apprécie aussi pour ça. »