Vosges. Dom et Vincent : les naufragés du Costa Rica ne se sont plus quittés
C’est, comme souvent, de façon assez humoristique que les souvenirs reviennent, même quand ils ont pris des allures de cauchemar. On est en 1996 et Vincent, Capes tout juste en poche, décide de se payer un voya...
C’est, comme souvent, de façon assez humoristique que les souvenirs reviennent, même quand ils ont pris des allures de cauchemar. On est en 1996 et Vincent, Capes tout juste en poche, décide de se payer un voyage avant sa première affectation. Il en parle dans ce bar que tous les jeunes Spinaliens de l’époque fréquentent : l’Horloge Jaune. « Et comme je parle espagnol, j’ai dit, je viens aussi ! » Dom a 28 ans, comme Vincent. Ils se sont déjà croisés dans ce café où l’on salue les amis des amis, mais parfois sans se connaître vraiment. Banco. Le voyage se fera à deux.
Cap sur le Costa Rica où à peine arrivé, le duo croise un couple d’Israéliens en balade autour du monde. « Ils ont un plan pour aller observer les dauphins et nous proposent de les accompagner. » Les deux Spinaliens larguent leurs bagages à l’accueil de l’hôtel sans en dire plus et embarquent. « J’ai vite compris que c’était du vent, cette sortie en mer », admet Vincent en feuilletant l’album photo du voyage. « Bizarrement, on n’était que quatre touristes dans un bateau de vingt places où les deux types avaient aussi embarqué une espèce de SDF qui était sur le quai. »
Cauchemar
Son pressentiment va se confirmer quand les prétendus marins cabotent plutôt que d’aller vers le large. « On lui dit que les dauphins, on ne les verra pas là, près des côtes… » Alors que le bateau finit par s’éloigner du rivage, les deux Vosgiens voient aussi que, dans le prolongement d’une antenne dressée, le câble flotte dans le vide. « Le type avait visiblement oublié de prendre une radio… »
Le cauchemar se confirme alors que les moteurs se mettent à toussoter : panne de carburant en pleine mer. « On n’avait rien dit à l’hôtel, mais on se dit que quelqu’un va finir par se rendre compte qu’on ne rentre pas… Notamment l’épouse du type qui conduit le bateau. Mais il nous répond que sa femme s’en fout, ils sont en instance de divorce », se rappelle Dom.
« C’est en partant en vacances avec quelqu’un qu’on apprend à le connaître ! »
La nuit tombe et les quatre touristes tentent d’alerter des navires au loin en faisant brûler des morceaux de gilets de sauvetage ! « Oui, vu qu’évidemment on n’avait pas de balises de détresse ! » C’est après une nuit et une partie de la journée du lendemain à bord, qu’un navire arrive vers eux : « Finalement, c’était l’épouse en question qui avait donné l’alerte, le bateau nous a cherchés pendant plusieurs heures », raconte Dom qui aime, aussi, à rappeler que « c’est en partant en vacances avec quelqu’un qu’on apprend à le connaître ! »
Au fil des heures, Vincent avait, lui, mis à profit ses connaissances de voile et de canoë pour sortir de l’impasse qui se dessinait : « On a fabriqué des rames avec ce qu’on trouvait à bord mais ça ne fonctionnait pas terrible. » Le lendemain matin, il tord et déploie la toiture du bateau pour en faire une espèce de voile avec, par chance, un vent qui semblait les pousser vers les côtes, quand le bateau de secours est arrivé.
Dom et Vincent se sont mariés quelques semaines après le retour et depuis 30 ans, racontent encore parfois leur histoire. Celle des naufragés du Costa Rica.