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Voici Cactile, la start-up albigeoise qui transforme les clôtures de jardin en réservoirs anti-inondation

Les sécheresses et inondations s'intensifient en France. La start-up Cactile propose sa réponse, avec une clôture stockante capable de recueillir l'eau de pluie pour irriguer les massifs et jardins, tout en soulageant les réseaux.

Les sécheresses et inondations s'intensifient en France. La start-up Cactile propose sa réponse, avec une clôture stockante capable de recueillir l'eau de pluie pour irriguer les massifs et jardins, tout en soulageant les réseaux.

Jean-Baptiste Landes, fondateur de Cactile, sur le stand de la start-up à VivaTech 2026. © Alexandre Boero / Clubic

Jean-Baptiste Landes, fondateur de Cactile, sur le stand de la start-up à VivaTech 2026. © Alexandre Boero / Clubic

À Albi, une petite entreprise, baptisée Cactile, a eu une idée assez ingénieuse : et si nos clôtures, des éléments qu'on ne remarque même plus avec le temps, servaient à stocker l'eau de pluie ? Parce que nos villes encaissent de plus en plus mal les caprices du ciel, la start-up du Tarn a mis au point une clôture stockante capable de recueillir l'eau de pluie depuis les toitures, et de la redistribuer à l'aide d'un simple robinet pour l'arrosage, avec un minimum de technologie. Nous avons rencontré à Paris son président et fondateur, Jean-Baptiste Landes.

Le mécanisme sur lequel Cactile fonde sa raison d'être serait presque ironique. Oui, plus une ville s'étend, moins elle sait absorber la pluie qui lui tombe dessus. Dans les pays développés, jusqu'à 80 % de la population vit aujourd'hui en zone urbaine, sur des sols bétonnés qui empêchent l'eau de s'infiltrer naturellement dans le sol, comme elle le ferait sur un terrain resté à l'état naturel. Un phénomène amplifié par le changement climatique : chaque pluie forte ruisselle et inonde au lieu de recharger les nappes phréatiques, qui s'assèchent ensuite un peu plus à chaque épisode de sécheresse. Cactile, une société à mission fondée en 2021 et invitée par l'INPI cette année à VivaTech, veut casser cette mécanique.

« Les bâtiments dans les villes sont aujourd'hui les principaux ennemis de l'eau », résume sans détour Jean-Baptiste Landes, le fondateur de la société. Ils imperméabilisent les sols et empêchent l'infiltration, tout en étant, paradoxalement, le premier poste de consommation d'eau potable. Un double problème que l'entreprise tarnaise a décidé d'attaquer de front, avec le soutien de partenaires comme Bpifrance, l'agence régionale AD'OCC et l'école IMT Mines Albi-Carmaux.

D'où le nom Cactile, d'ailleurs, contraction de cactus et de tile, tuile en anglais. Le cactus, cette plante increvable qui a mis 40 millions d'années à développer ses propres fonctions de collecte et de stockage d'eau pour survivre au désert, sert de modèle biologique. L'ambition, selon Jean-Baptiste Landes, est de « leur permettre de stocker un maximum d'eau de pluie quand il pleut et ensuite de pouvoir la réutiliser à un rythme plus acceptable par la nature ». Une philosophie que le dirigeant est même allé défendre sur la scène du TEDxCannes, et qui irrigue, sans mauvais jeu de mots, tous les produits de la marque.

La clôture qui boit la pluie sans se prendre pour de la haute technologie

Le produit phare de Cactile, déjà commercialisé, est une clôture, un objet assez banal. Un équipement tellement courant qu'on ne le remarque même plus, avec environ 20 000 kilomètres installés chaque année en France, dont 2 000 kilomètres rien que pour les maisons et immeubles d'habitation. Cactile a eu l'idée de s'en servir comme d'une éponge géante : à l'intérieur des poteaux et panneaux se cachent des réservoirs capables de stocker entre 40 et 80 litres d'eau par mètre linéaire selon le modèle choisi, soit, pour une clôture de 10 mètres, jusqu'à 800 litres de pluie récupérés sans effort.

Concrètement, la clôture fonctionne comme un immense bidon caché à la vue de tous. L'eau qui tombe sur le toit du bâtiment auquel elle est rattachée est captée par les gouttières habituelles, puis redirigée vers la clôture au lieu de filer dans les égouts. Elle patiente ensuite dans des réservoirs discrets, logés entre les poteaux. Et il n'y a pas de capteur ni de pompe sophistiquée pour faire ce travail. « Tout est low-tech », nous dit Jean-Baptiste Landes, qui tient à rappeler qu'aucune prouesse électronique ne se cache dans la structure elle-même. Résultat, selon lui : « ça devient un outil de gestion de l'eau de pluie », qu'il suffit ensuite de libérer d'un tour de robinet pour arroser massifs et jardins.

Pour ce qui est de l'esthétique, Cactile n'a pas sacrifié le style au profit de la fonction. On a un grillage soudé avec brise-vue, panneaux bois, mix bois-métal ou acier corten, qui ne nécessite aucune peinture et prend une patine rouillée du plus bel effet avec le temps. Question gabarit, le modèle le plus capacitif affiche environ 20 centimètres d'épaisseur, « l'épaisseur d'un parpaing », précise le fondateur, contre 13 centimètres pour la version la plus fine, avec en prime une vraie qualité d'isolation phonique, jusqu'à 50% de bruit en moins de l'autre côté. Niveau solidité, pas d'inquiétude non plus malgré le poids de l'eau stockée : « on peut même, avec la clôture pleine, monter debout sur celle-ci, ça tient sans problème », nous assure Jean-Baptiste.

La solution n'est pas magique pour autant et s'installe sous deux conditions. D'abord, un terrain plat est nécessaire, quitte à rattraper une pente avec un muret ou des poteaux adaptés, comme cela a été fait sur un chantier à Castres, que Jean-Baptiste a bien voulu nous montrer en photo. Ensuite, il faut disposer de descentes d'eaux pluviales accessibles à proximité, puisque ce n'est pas la clôture qui collecte l'eau elle-même, mais bien la toiture du bâtiment : la clôture, elle, ne fait que stocker et redistribuer.

Une box connectée qui anticipe la météo avant l'orage

La seule vraie touche de technologie, chez Cactile, c'est son boîtier électronique, encore en phase de test sur le terrain. Ce petit compteur connecté indique en temps réel la quantité d'eau stockée dans la clôture, et surtout, il se branche sur des services météo pour anticiper la pluie à venir. Son logiciel a été conçu avec une SCOP partenaire installée en Aveyron, une entreprise coopérative avec laquelle Cactile travaille régulièrement. À terme, l'objectif est de rendre ce boîtier totalement autonome en énergie, grâce à des capteurs connectés (IoT), pour se passer de toute prise électrique et simplifier son installation.

Dans le détail, la box fonctionne comme une alerte météo intégrée à la clôture. Si un gros orage est annoncé, elle vide par avance une partie des réservoirs, pour laisser un maximum de place libre au moment où la pluie tombe réellement, plutôt que de la laisser ruisseler directement dans les rues. « S'il y a un risque d'orage qui est annoncé sur la ville, on va effectivement vidanger préventivement la clôture », explique Jean-Baptiste Landes. Pour lui, ce geste individuel prend une vraie dimension collective : « la ressource en eau, c'est un bien commun, on a tous intérêt à la protéger ».

Mais alors, combien ça coûte ? Tous les chiffres ne peuvent pas être forcément communiqués, mais Cactile nous confirme que la clôture stockante d'entrée de gamme démarre à 170 euros hors taxes le mètre linéaire, soit à peu près le prix d'une clôture en bois classique que l'on installerait chez soi. Sauf qu'ici, contrairement à une clôture ordinaire qui ne sert qu'à délimiter un terrain, celle-ci se met immédiatement au travail. « Dès la première pluie, votre outil, votre clôture, est déjà rentable », résume le fondateur, en insistant sur la différence de fonction, plutôt que sur le prix. La box, elle, n'est pas encore commercialisée. Cactile préfère d'abord la roder sur ses chantiers en cours, pour s'assurer de sa fiabilité, avant de lui fixer un tarif.

Rafraîchir les villes et préparer l'après, un mètre de clôture à la fois

Pour l'instant, Cactile vend surtout ses clôtures à de grands acteurs du bâtiment, parmi lesquelles des collectivités, des entreprises et des bailleurs sociaux, plutôt qu'à des particuliers. Le data center d'IMS Networks à Castres, qui revendique une démarche écologique poussée, a installé deux clôtures de 22 mètres pour un total de 4 000 litres d'eau de pluie stockés, soit l'équivalent d'une vingtaine de baignoires pleines, utilisés pour arroser ses espaces verts. Les particuliers, nous le disions, ne sont pas encore ciblés en direct, mais un partenariat avec un grand distributeur français (dont nous tairons le nom pour ne pas nuire au secret des affaires) est en cours pour leur ouvrir l'accès à la gamme.

Au-delà du simple stockage, Jean-Baptiste Landes défend sa vision de la végétalisation urbaine, souvent mal comprise selon lui. Beaucoup de collectivités misent sur des espèces qui résistent bien à la sécheresse, en pensant limiter leur consommation d'eau. Mais c'est une fausse bonne idée, que le dirigeant explique. Un arbre ne rafraîchit l'air qu'en évaporant l'eau qu'il puise dans le sol, « une espèce qui n'a pas besoin d'eau ne va pas en restituer, donc elle ne va rien rafraîchir du tout ». Autrement dit, pour vraiment climatiser les villes, il faut au contraire arroser les arbres qu'on y plante, et donc trouver cette eau ailleurs que dans les réseaux d'eau potable.

« Les villes ont un enjeu vital, vraiment, de développer du stockage d'eau alternatif », c'est-à-dire des réserves qui ne puisent pas dans l'eau potable. C'est justement ce qui motive l'intérêt grandissant de Jean-Baptiste Landes pour les écoquartiers, ces nouveaux quartiers pensés pour être plus respectueux de l'environnement, où des promoteurs et bailleurs sociaux le sollicitent déjà. Car pour lui, l'écologie d'un bâtiment ne peut pas se limiter à la seule question énergétique, souvent mise en avant en premier. « Si on veut être vraiment vertueux, il faut agir sur les deux volets », insiste-t-il, en référence à la baisse conjointe de la consommation d'énergie et de celle de l'eau.

Reste maintenant à passer à la vitesse supérieure. Cactile élargit déjà sa gamme au-delà de la clôture, avec des façades et des toitures conçues sur le même principe de stockage, pendant que la box connectée poursuit ses tests avant une commercialisation à grande échelle. Voilà qui laisse penser que Cactile pourrait bien transformer à terme, mètre après mètre, la manière dont nos villes et nos jardins gèrent l'eau de pluie.