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Violences du 17 octobre : “On n’attendra personne pour continuer”… Comment des internautes se sont organisés en marge des cortèges

Après les violences en marge des manifestations du 17 octobre et avant les rassemblements du 24, des méthodes d’organisation singulières émergent sur les réseaux sociaux. En ligne, des groupes de personnes ne se revendiquant pas toujours des mêmes mouvements politiques préparent des actions, parfois violentes, dans les rues. Une conception horizontale de la lutte qui fait de chaque individu le personnage principal de son militantisme.

Après les violences en marge des manifestations du 17 octobre et avant les rassemblements du 24, des méthodes d’organisation singulières émergent sur les réseaux sociaux. En ligne, des groupes de personnes ne se revendiquant pas toujours des mêmes mouvements politiques préparent des actions, parfois violentes, dans les rues. Une conception horizontale de la lutte qui fait de chaque individu le personnage principal de son militantisme.

Ce week-end, Internet nous a une nouvelle fois donné une belle description de ce à quoi ressemble une fourmilière. Des milliers d’individus, dispersés de part et d’autre sur le Web, s’échangeant des informations en temps réel sur la mobilisation en cours. Loin des syndicats, des associations, des partis… Des internautes qui, une fois dans la vraie vie, ont agi en marge des cortèges.

“Soyons fluides comme l’eau.” De nombreux internautes ont organisé leur mobilisation du 17 octobre en ligne et sans étiquette. Seule leur colère a parlé. Bénéficiant du très relatif anonymat offert par les réseaux sociaux, ils ont préparé une journée de manifestations, parfois violentes. Il ne s’agissait pas de marcher et chanter derrière une banderole, comme c’est très majoritairement le cas des manifestations. Il s’agissait de mener de petites actions, éparses, rapides, discrètes… “Ne restons pas statiques trop longtemps, écrivait samedi un internaute sur Telegram. Courons le moins possible dans les grands groupes. Dispersons-nous si besoin.”

Sur Telegram notamment, les groupes se préparent et se partagent des informations en direct.
Sur Telegram notamment, les groupes se préparent et se partagent des informations en direct. DR.

Les réseaux sociaux ont pour eux de protéger leurs utilisateurs, masqués derrière des pseudos. Il est ensuite facile de tisser des liens, nous explique la sociologue Valentyna Dymytrova, experte en stratégie de la communication : “Vous pouvez identifier des personnes qui pensent et veulent agir comme vous et que vous ne connaissez pas. On peut trouver très vite des collaborateurs, des coéquipiers ou des complices. La spécificité des réseaux socionumériques, c’est la capacité de retrouver des gens qui pensent comme moi, qui partagent les mêmes sentiments.” Une fois le groupe formé, il suffit de fixer un lieu, une heure, et le tour est joué. C’est aussi simple que ça.

Des groupes ultra-réactifs

Il est à peine 8 h samedi quand un groupe Telegram toulousain se revendiquant de “l’auto-organisation” rouvre la conversation : “Tiens, tiens, qui revoilà pour le 17 ?” A 8 h 50, l’administrateur partage des numéros d’avocats “à vous faire passer en cas de garde à vue”. À 9 h 07, il fait un premier compte rendu d’action sur le rond-point de Sesquières : “Deux camions des flics y sont rapidement venus, action abandonnée. Beaucoup de réactions positives chez les automobilistes. D’autres flics sont arrivés en renfort. Dès que la route s’est bloquée, ça a commencé à gazer et à charger les gens.” À 9 h 20, “déjà une dizaine de camions de CRS boulevard Lazare Carnot.” 9 h 29 : “Une trentaine de personnes aux arènes.”

Sur Facebook, on a vu des comptes de "gilets jaunes" se réactiver pour la première fois en trois ans. Sur Instagram, c’était des jeunes, des associations.

Et à 9 h 36, 9 h 38, 9 h 44, 9 h 54, 9 h 58, 10 h 04… Vous l’aurez compris, le mouvement “hors cortège officiel” était assidûment suivi par les personnes qui se cachent derrière ce groupe. Quiconque voulait exprimer sa colère sans cortège à Toulouse le 17 octobre n’avait qu’à suivre cette conversation en temps réel pour éviter d’être vu et arrêté. À 17 h, “ça part en sauvage, besoin de monde encore”.

L’administrateur du groupe a envoyé sept à dix messages par heure, tout au long de la journée, signalant les types de forces de l’ordre présentes, les points de contrôle, les zones de nasses, les barrages filtrants, les stations fermées, les drones, les endroits où des street médics étaient nécessaires, les CRS dès qu’ils baissaient leurs masques, les sommations, les charges, le gaz… Des informations corrélées avec celles, partagées en direct, par nos confrères de La Dépêche sur le terrain. Les administrateurs n’avaient guère à rougir face au travail des renseignements intérieurs. Les petites fourmis du groupe Telegram essaimaient de part et d’autre de la Ville Rose, récoltant de précieuses informations et les diffusant avec une rapidité déconcertante.

Pas de leader, pas de règles

L’immédiateté a permis à cette auto-organisation d’être hypermobile sur le terrain. Les forces de l’ordre avaient leurs talkies, les groupuscules, Telegram. Le cabinet Agoratlas a analysé l’organisation de la mobilisation en ligne, et constaté, presque en direct, une convergence des luttes : “Sur Facebook, on a vu des comptes de "gilets jaunes" se réactiver pour la première fois en trois ans. Sur Instagram, c’était des jeunes, des associations. Sur Twitter, c’était la guerre entre partis politiques. Il y a eu une synergie entre tous les réseaux avec des populations qui n’ont rien à voir entre elles, qui se sont réunies pour ce jour-là.”

Surtout, ont constaté les experts du cabinet : “Il n’y a pas eu un leader qui arrive à unir les boomers et les "gilets jaunes", avec les lycéens ou autre… Personne n’a pu les unir. Pas mal de gens ont essayé de s’approprier le mouvement, mais au final ils représentaient assez peu de choses.”

Il y a eu une forme de découverte de la violence émanant des forces de l’ordre, parce que beaucoup étaient des néomanifestants. Et ça a amené, entre guillemets, une forme de radicalisation, de volonté de combattre… De frapper plus fort.

Le sociologue montpelliérain Victor Planche insiste sur la pluralité des revendications, que les réseaux sociaux parviennent parfaitement à matérialiser. En ligne, on multiplie les posts, les groupes, les canaux… Toutes les voix sont audibles. “Il n’y a pas de leader”, confirme Victor Planche. Lui a commencé à s’intéresser à l’influence des réseaux sociaux sur les mouvements sociaux au début des "gilets jaunes". Et cette horizontalité, le sociologue l’observait déjà : “C’était un mouvement qui était vraiment allergique aux chefs. Les chefs étaient constamment remis en cause parce que tout le monde devait avoir droit de proposer des actions à faire.”

Difficile à canalyser

“Ce sont des mouvements de rupture avec le système politique et même aussi avec le système économique. Ils ont des revendications très plurielles qui viennent avec une forme de ras-le-bol et qui s’agrègent, unis par cette forme de désaccord avec le système incarné par le gouvernement”, analyse le chercheur. Pour le sociologue montpelliérain, la violence et le désordre de ces manifestations sauvages ne sont pas nés en ligne, mais bien sur le terrain. Les ingrédients étaient là, certes, mais la recette est apparue sur le tard samedi.

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Victor Planche remarque également que les manifestations du 17 octobre, du fait de la diversité des profils qu’elles recelaient, n’étaient pas suffisamment préparées pour éviter le désordre : “Dans le cadre des organisations syndicales, c’est souvent maîtrisé par un service d’ordre. Là, en l’occurrence, il n’y avait pas de système interne visant à limiter la violence. Il y a eu une forme de découverte de la violence émanant des forces de l’ordre, parce que beaucoup étaient des néomanifestants. Et ça a amené, entre guillemets, une forme de radicalisation, de volonté de combattre… De frapper plus fort.”

En attendant, sur le canal Telegram toulousain, le samedi 24 se prépare avec un mot d’ordre : “Le 17 octobre ça a pété partout, on n’attendra personne pour continuer.”