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Vidéo choc des policiers de Carcassonne : agents suspendus ou pas, chasse aux sorcières, nouvelle enquête du parquet… Le point sur l’affaire

Une semaine après les révélations des vidéos racistes de policiers municipaux de Carcassonne par Midi Libre, des agents ont été sanctionnés alors que plusieurs enquêtes restent ouvertes.

Une semaine après les révélations des vidéos racistes de policiers municipaux de Carcassonne par Midi Libre, des agents ont été sanctionnés alors que plusieurs enquêtes restent ouvertes.

La publication par Midi Libre, le 8 septembre, de vidéos dans lesquelles des policiers municipaux de Carcassonne tiennent des propos racistes, complotistes, homophobes et misogynes a provoqué un tsunami au sein de la municipalité. Ces quatre agents municipaux étaient filmés par une caméra piéton, déclenchée par mégarde, lors d’une patrouille en novembre 2025. Le point une semaine après ces révélations, reprises par l’ensemble des médias nationaux.

1. Seuls deux policiers sur quatre ont été suspendus

Christophe Barthès, le nouveau maire RN de Carcassonne, l’a annoncé le 9 septembre, lors d’une conférence de presse organisée dans l’urgence : "Tous les protagonistes de cette affaire sont suspendus immédiatement et sanctionnés." Faux. Quatre policiers municipaux faisaient partie de la patrouille filmée, deux ont été suspendus, les deux autres continuent de travailler. La mairie, qui refuse de parler à Midi Libre, n’a pas pris de mesure conservatoire à leur encontre. "L’enquête n’a pas permis d’établir avec certitude l’identité des auteurs de chacun des propos enregistrés", s’était défendu l’élu.

Je n’ai donc suspendu que deux agréments, ceux des agents audibles sur la bande-son.

Le parquet de Carcassonne, qui a le pouvoir d’enlever l’agrément, ne l’a fait que pour deux des quatre agents et s’en explique : "Les suspensions doivent être motivées en droit et en fait ; d’autant plus lorsque l’on fait usage de la procédure de l’urgence. Je n’ai donc suspendu que deux agréments, ceux des agents audibles sur la bande-son, nous glisse la procureure Géraldine Labialle. L’inspection au plus long cours permettra de prendre d’autres décisions si nécessaire."

Clairement identifiable, César R., ancien militaire, brigadier-chef qui dirigeait la brigade lorsqu’il a oublié d’éteindre la caméra piéton dont il était équipé, et, qui selon nos constatations tenait 90 % des propos xénophobes, a été suspendu. Il a aussi été viré du Rassemblement national, le 9 septembre. Lui qui était adhérent et bénévole au service d’ordre du parti d’extrême droite, escortant notamment Jordan Bardella en région. Le second policier suspendu est celui à l’origine d’une blague raciste sur les migrants, citant "Kirikou" lorsqu’un automobiliste appelle la patrouille pour signaler qu’elle a percuté un animal.

2. Mais deux policiers sanctionnés en interne

La mairie de Carcassonne n’a, en revanche, pas traîné pour lancer la chasse aux sorcières. Selon nos informations, deux policiers municipaux ont ainsi été suspendus à titre conservatoire. Leur seul tort ? Avoir été au courant de l’existence des vidéos incriminées, en novembre 2025, avoir conservé la caméra piéton et avoir remonté les informations auprès de la hiérarchie. "Ce sont des lanceurs d’alerte et ils sont sanctionnés !", déplore un employé municipal. Les "punis" ont saisi des avocats dont l’un, contacté, n’a pas souhaité à ce stade faire de commentaire. Par ailleurs, un troisième agent est désormais en arrêt maladie après avoir été muté soudainement au poste le mettant en faction devant la municipalité…

3. Qui savait quoi ?

L’affaire a pris une tournure politique : la nouvelle mairie, en poste postérieurement à l’enregistrement des vidéos, rejette la faute sur l’ancienne qui explique avoir ouvert une enquête administrative début 2026. En fait, la direction générale des services a alerté la précédente équipe municipale de ces vidéos et de leur contenu, sans qu’aucune sanction ne soit prise. Il en est de même avec la nouvelle équipe de Christophe Barthès. Un courrier interne lui a signalé dès le mois d’avril la situation au sein de la police municipale liée à "l’affaire des caméras" et au cas problématique de César R.. Un député RN du département aurait lui aussi été prévenu précocement par les agents… "Tout le monde a été informé en temps et en heure, que ce soit l’ancienne municipalité ou l’actuelle", assure un témoin privilégié de l’affaire, de par son grade dans la collectivité.

4. Cinq enquêtes pour cette affaire

Cinq enquêtes concernent désormais cette affaire. Deux pénales. La première, la plus ancienne, a démarré quand César R., sachant que les vidéos circulaient en interne, a déposé plainte pour "atteinte à la vie privée" à la gendarmerie… Entraînant la saisie des enregistrements au poste, le 8 janvier 2026. Jusqu’à nos révélations, il ne s’était pas passé grand-chose mais depuis le 8 septembre, les auditions des différents protagonistes, employés municipaux, policiers ou non, ont repris sur un rythme soutenu. La défense de César R. pose la question du caractère privé des conversations pourtant tenues dans le cadre du travail. Par ailleurs, le parquet de Carcassonne a aussi accéléré en ouvrant, en préliminaire, "une enquête distincte pour diffamation", et là ce sont les propos racistes ou s’en prenant au Président de la République et Brigitte Macron, extraits des vidéos, qui sont visés. SOS Racisme a déposé plainte.

Une autre "brebis galeuse" au service de sécurité du RN d’Occitanie, condamné pour violences et détention d’armes

Le DSP (département protection sécurité) du Rassemblement national n’en est à une "brebis galeuse" près. Après César R., policier municipal de Carcassonne, principal mis en cause dans les vidéos racistes révélées par Midi Libre, un autre gros bras du DSP d’Occitanie a été épinglé, cette fois-ci par l’émission Quotidien de Yann Barthès. Tony C., 33 ans, ancien agent de sécurité du tribunal de Montauban et gendarme réserviste, ambulancier à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), il a lui aussi assuré la protection de Jordan Bardella le 7 février 2026 à Carcassonne, lors du lancement des élections municipales, mais aussi le 28 février à Perpignan.

Et pourtant, quelques mois plus tôt, il a été condamné à un an de prison avec sursis pour des violences intrafamiliales (sur ses trois beaux enfants âgés de 8 à 12 ans, filmés, humiliés, et leur mère) et détention d’armes (armes de poing, munitions, lunette de visé). Le RN a promis s’en être débarrassé en mai 2026, bien après les faits et alors qu’on le voit également derrière le maire RN de Moissac en mars.

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a de son côté demandé deux enquêtes, de l’inspection générale de l’administration pour la police municipale, mais aussi de l’inspection générale de la gendarmerie (IGN) pour comprendre pourquoi il ne s’est rien passé entre janvier et septembre. Enfin, seule l’enquête administrative diligentée par l’ancienne mairie a été rendue le 19 mai a révélé Christophe Barthès. Il assure qu’elle n’a pas permis de déterminer qui dit quoi sur les images.

Le conseiller d’opposition Alix Soler-Alcaraz (PS), a demandé une copie à la mairie, "sans réponse pour le moment" nous dit-il, défendant l’intégrité des municipaux qui n’y sont pour rien "et qui reçoivent des centaines d’appels insultants… Ils sont dépités."