Vérification des faits : La Maison-Blanche sur le Canada
La Maison-Blanche a publié mardi une déclaration énumérant des « faits » (nouvelle fenêtre) sur la relation commerciale jugée « abusive » entre le Canada et les États-Unis au cours des dernières décennies. Nos ...
La Maison-Blanche a publié mardi une déclaration énumérant des « faits » (nouvelle fenêtre) sur la relation commerciale jugée « abusive » entre le Canada et les États-Unis au cours des dernières décennies. Nos collègues de CBC News ont soumis les allégations de la Maison-Blanche à une analyse de ces faits.
La guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis s'est envenimée la semaine dernière lorsque le premier ministre Mark Carney a retiré le pays des négociations et qu'il a annoncé l'imposition de contre-tarifs sur une vaste gamme de produits américains, accusant les États-Unis d'en demander trop et de ne pas offrir assez.
Selon l'analyse de CBC News, si certaines des affirmations de la Maison-Blanche sont vraies, d'autres, cependant, sont contestables et s'apparentent davantage aux opinions du président Donald Trump.
Sommes-nous seuls avec la Chine dans la riposte contre-tarifaire?
Le premier argument avancé par la Maison-Blanche voulant que seuls le Canada et la Chine ont opté pour des représailles plutôt que des négociations avec les États-Unis n'est pas faux.
Même si le Canada a négocié pendant des semaines avec les Américains, cette déclaration semble vraie. Plusieurs partenaires économiques ont menacé les États-Unis de lever des contre-tarifs, mais aucun n'est passé à l'acte pour le moment, sauf la Chine et le Canada.
Le Mexique, notamment, négocie en ce moment pour réduire des tarifs douaniers similaires à ceux imposés au Canada. Mexico n'a cependant pas brandi la menace de mesures de représailles spécifiques.
Le Brésil a menacé d'agir en réponse aux tarifs douaniers américains, mais n'a pas bougé. Seuls l'Union européenne et le Royaume-Uni ont envisagé l'option contre-tarifaire après le fameux Jour de la Libération en 2025, mais ils se sont aussi ravisés.

Le président américain Donald Trump exhibant une liste de pays touchés par les tarifs réciproques, le 2 avril 2025, qu'il surnomme « Jour de la Libération ».
Photo : Reuters / Carlos Barria
Le Canada impose des tarifs douaniers aux véhicules importés des États-Unis
Une déclaration de Washignton veut que le Canada impose des taxes discriminatoires de 25 % sur les importations de véhicules américains. Des taxes qui ne seraient pas imposées par Ottawa aux voitures d'autres pays, selon l'administration Trump.
C'est vrai. Mais il faut savoir que la raison d'être de ces droits de douane imposés par le Canada le 9 avril 2025 était une réponse à des droits similaires imposés par Washington quelques jours auparavant sur les voitures et les pièces en provenance du Canada.
Qui plus est, ces droits de douane imposés par le Canada ne s'appliquent qu'aux véhicules américains ne répondant pas aux critères de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) et qui sont importés au Canada. C'est, au fond, l'équivalent de ce que les États-Unis font avec les véhicules canadiens.
Les négociations qui ont échoué vendredi portaient, en partie, sur l'élimination ou la réduction de ce tarif douanier.
Le Canada a banni la majorité de l'alcool américain de ses tablettes
C'est l'une des mesures de représailles canadiennes qui ont fait le plus jaser aux États-Unis en 2025.
La Maison-Blanche déclare : Le Canada a interdit le vin, la bière et les spiritueux américains dans presque toutes ses provinces et ses territoires, alors que d’autres pays n’ont pas été soumis à de telles restrictions. Par conséquent, les exportations d’alcool des États-Unis vers le Canada ont chuté de 81 % en une seule année.
Il est vrai que toutes les provinces, à l'exception de la Saskatchewan, l'Alberta et l'Île-du-Prince-Édouard, ont pris cette décision. Les premiers ministres provinciaux ont déclaré dans les derniers jours qu'ils seraient prêts à lever cet embargo si les tarifs douaniers de l'administration Trump étaient considérablement diminués ou levés.
Mais depuis l'échec des négociations, l'alcool américain ne risque pas de revenir de sitôt sur nos tablettes.
Au cours des derniers mois, des politiciens californiens ont plaidé au Canada que cet embargo interdiction faisait mal aux vignobles de leur État.
Au Kentucky, le gouverneur Andy Beshear a même reconnu la semaine dernière que l'industrie du bourbon est en difficulté, puisque le Canada est son partenaire commercial numéro un.

Des bouteilles de bourbon dans un magasin d'alcool de Regina, en Saskatchewan, le 13 août 2026.
Photo : Radio-Canada / Germain Wilson
Est-ce que le Canada impose un tarif douanier de 300 % sur les produits laitiers américains?
Le Canada bloque l’accès aux produits laitiers américains avec des quotas tarifaires beaucoup plus restrictifs que ceux accordés à l’Europe, auxquels s’ajoutent des droits de douane de près de 300 % pour les dépassements de quotas – des taux si extrêmes qu’ils équivalent à une interdiction quasi totale et figurent parmi les droits de douane agricoles les plus élevés du monde développé, affirmait le communiqué de la Maison-Blanche.
Le Canada n'interdit pas les produits laitiers américains. Les règles sont complexes, mais tous les producteurs laitiers des États-Unis peuvent exporter chez nous sans frais de douane, jusqu'à une certaine limite au-delà de laquelle des tarifs pouvant atteindre 250 % peuvent leur être imposés. Or, les producteurs américains n'ont jamais même atteint cette limite.
Ce qui irrite particulièrement les États-Unis, c'est que ses détaillants n'ont pas le droit de vendre directement leur lait sur le marché canadien. Voilà pourquoi on ne voit jamais de lait américain dans nos épiceries ou nos dépanneurs.
En revanche, l'accord canadien avec l'Union européenne permet à quelques marques européennes de vendre leurs produits ici, surtout des fromages. Ce que les Américains trouvent injuste.
Il mérite d'être mentionné que les règles tarifaires sur les produits laitiers américains exportés au Canada ont été négociées et acceptées par Donald Trump lors de son premier mandat.
Le déficit commercial des États-Unis avec le Canada
Donald Trump accorde beaucoup d'attention au déficit commercial de son pays avec ses partenaires commerciaux.
Un déficit commercial est une situation dans laquelle un pays se trouve lorsque la valeur de ses importations dépasse celle de ses exportations.
La Maison-Blanche déclare à ce sujet : Le Canada a enregistré un déficit commercial annuel moyen persistant d'environ 50 milliards de dollars avec les États-Unis au cours de la dernière décennie, tout en refusant un accès réciproque.
Le chiffre global est exact – il s'élevait à 48,5 milliards de dollars en 2025, selon le représentant américain au Commerce –, mais comme les premiers ministres provinciaux et d'autres l'ont souligné à maintes reprises, cela s'explique uniquement par le fait que le Canada a exporté 3,9 millions de barils de pétrole par jour vers les États-Unis l'an dernier.
Les États situés près de la frontière canadienne ont besoin de ce pétrole, et il leur est vendu par le Canada à des prix inférieurs à ceux du marché, ce qui représente un avantage économique considérable pour les États-Unis.
Si on excluait le pétrole du calcul, les États-Unis auraient un excédent commercial avec le Canada. Autrement dit, hors énergie, ils exportent davantage de biens vers le Canada que le Canada n'en exporte vers les États-Unis.

L'industrie pétrolière de l'Alberta est cruciale pour les États américains frontaliers. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Certaines affirmations ne peuvent être vérifiées
Cette déclaration inclut plusieurs faits qui sont en vérité des opinions ou des affirmations contestables.
Par exemple :
Sans les États-Unis, le Canada ne pourrait pas survivre. Le Canada envoie environ les trois quarts de ses exportations aux États-Unis. Si les chiffres avancés sont véridiques, et même si aucun responsable canadien ne nie l'importance du marché américain, la survie du Canada sans les États-Unis est une situation hypothétique que personne n'envisage sérieusement.
Washington avance aussi : Les mauvaises politiques commerciales canadiennes forcent ses manufacturiers à déménager au sud de la frontière. Un récent sondage a découvert que 42 % des manufacturiers canadiens se sont déjà relocalisés ou planifient une relocalisation aux États-Unis.
Or, le sondage de KPMG avance que les entreprises se relocalisent ou planifient de le faire en raison de l'incertitude économique et des menaces tarifaires et commerciales, et non pas en raison des mauvaises politiques commerciales canadiennes.
La déclaration de la Maison-Blanche conclut en affirmant que les États-Unis disposent d'un net avantage du fait de la taille bien plus importante de leur économie. Bien que personne ne conteste cet avantage, le débat sur qui a le dessus dans cette guerre commerciale reste néanmoins ouvert.
Avec les informations de David Michael Lamb de CBC News
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