“USS Donald Trump”: le nom d’un héros noir de l’US Navy rayé d’un porte-avions au profit de celui du président?
Plusieurs sources ont confié à CNN que le projet de nommer le prochain porte-avions de la classe Ford, dont la construction doit commencer cette année, en l’honneur de Doris Miller n’était plus à l’ordre du jour. Le débat interne serait vif, et le nom du vétéran afro-américain décoré après Pearl Harbor pourrait être remplacé par celui de Donald Trump. Une première, pour un président en exercice.
Plusieurs sources ont confié à CNN que le projet de nommer le prochain porte-avions de la classe Ford, dont la construction doit commencer cette année, en l’honneur de Doris Miller n’était plus à l’ordre du jour. Le débat interne serait vif, et le nom du vétéran afro-américain décoré après Pearl Harbor pourrait être remplacé par celui de Donald Trump. Une première, pour un président en exercice.
Matthias Bertrand
Source: CNN
21 août 2026, 13:13
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Donald Trump s’est découvert l’année dernière une passion pour les grands navires de guerre. En octobre dernier, il avait proclamé en grandes pompes son amour des cuirassés, ces navires emblématiques de la première moitié du siècle dernier, et avait annoncé le lancement d’une future “classe Trump” de 15 grands navires bardés d’acier.
Une première, pour un président en exercice
Un grand plan de réarmement naval dont le coût a été estimé début août à 275 milliards de dollars, selon le Bureau du budget du Congrès (CBO), ce qui en ferait la classe navale américaine la plus chère jamais construite, si jamais elle voit le jour. Mais plutôt qu’une classe à son nom, l’US Navy envisagerait plutôt de satisfaire les ambitions du président en baptisant un nouveau porte-avions en son honneur, selon CNN.
La marine américaine planche sur une nouvelle série de porte-avions à propulsion nucléaire, la classe Ford, dont le premier-né, l’USS Gerald R. Ford, a été lancé en 2013. Le quatrième de ces navires devait être baptisé USS Doris Miller, en référence à un cuistot de l’US Navy considéré comme un héros pour avoir aidé à l’évacuation de plusieurs matelots et officiers durant l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. Il a ensuite manié une mitrailleuse antiaérienne et tiré sur les assaillants jusqu’à épuisement des munitions depuis le pont de l’USS West Virginia, alors que le navire, sévèrement touché, était en train d’être évacué.
Miller est le premier Afro-Américain à avoir reçu la Navy Cross, la deuxième plus haute distinction de l’US Navy après la médaille d’honneur. Porté disparu après le torpillage du porte-avions d’escorte USS Liscome Bay en 1943, il a également reçu à titre posthume la Purple Heart, l’American Defense Service Medal, l’Asiatic-Pacific Campaign Medal et la World War II Victory Medal. Nommer un nouveau navire en l’honneur de ce marin couvert de médailles et mort au combat semblait donc aller de soi en 2019, sous le premier mandat de Trump. Mais trois sources bien informées ont confirmé à CNN que ce n’était plus à l’ordre du jour.
De Doris Miller à Enola Gay
Deux sources ont par ailleurs confirmé l’existence de discussions internes concernant un changement de nom en l’honneur de Donald Trump. Selon l’un des interlocuteurs de CNN, l’US Navy envisage de renommer un autre navire de guerre en l’honneur de Doris Miller et de recommander sa candidature à la médaille d’honneur, la plus haute distinction militaire. L’autorisation finale de cette décoration revient au Congrès et à l’approbation de Trump, rappelle CNN. Les descendants du matelot ont répondu ne pas être au courant de ces différentes procédures.
Ce serait la première fois qu’un navire de guerre serait baptisé du nom d’un président en exercice. Mais au-delà de l’honneur fait à Trump, celui refusé à Doris Miller pose question, dans un contexte de véritable purge de l’armée et des institutions fédérales. Depuis le retour au pouvoir des républicains, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, veut extirper de l’armée américaine tout ce qu’il considère comme “woke”.
Cela équivaut, pour Hegseth, à mettre fin à tous les programmes DEI, pour “diversity, equity and inclusion”, mais aussi à purger les bases de données du Pentagone, jusqu’à réécrire l’histoire militaire. L’année dernière, plus de 100.000 documents ont disparu des sites web et des archives en ligne du Département américain de la Défense. Toutes les mentions d’événements commémoratifs liés aux militaires afro-américains ou hispaniques, ainsi qu’aux femmes, avaient été supprimées. De même, les mentions de l’Enola Gay, le premier bombardier atomique de l’histoire, qui a largué la bombe sur Hiroshima, ont été supprimées à cause du mot “gay”, soudainement banni.
Un nom avant la quille
Difficile de ne pas tracer un parallèle entre cette lame de fond et le débat sur le nom du quatrième porte-avions de la classe Ford. Les démarches visant à renommer l’USS Doris Miller seraient en cours depuis le début de l’année, selon les sources de CNN. Le secrétaire par intérim à la Marine, Hung Cao, et son cabinet étudient également la possibilité de mettre à jour les directives officielles sur la dénomination des navires et de préciser quelles personnalités peuvent leur donner leur nom, notamment les présidents, ont indiqué deux de ces sources. La Navy a par ailleurs cessé de l’appeler USS Doris Miller en interne et ne le désigne plus que par son numéro de coque CVN-81, selon une source.
Ce débat devra en tout cas bientôt arriver à son terme, faute de temps, car la cérémonie de pose de la quille, qui marque le début de la construction du navire, est prévue pour la fin de l’année. Le lancement du porte-avions, initialement espéré pour 2029, a été reporté à 2034.