“Urgence humanitaire” à Ceuta après l’arrivée massive de migrants, l’armée envoyée en renfort
Plusieurs centaines de personnes sont entrées illégalement jeudi dans l'enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc, neuf ont trouvé la mort durant la traversée. Alors que le ministère de l'Intérieur a annoncé l'envoi de 60 soldats pour renforcer les forces de sécurité locales, des centaines de personnes étaient encore attendues à Fnideq, dans le nord du Maroc.
Le gouvernement espagnol va déployer des soldats pour garantir la sécurité dans l'enclave de Ceuta, sur la côte nord de l'Afrique. Après l'arrivée de centaines de migrants depuis le Maroc dont neuf ont trouvé la mort, le ministère de l'Intérieur a annoncé jeudi 30 juillet envoyer des renforts.
"Les forces armées renforceront la Garde civile [nom de la gendarmerie espagnole, NDLR] dans l'exercice de ses compétences et celles qui pourraient s'avérer nécessaires pour maintenir la sécurité dans la ville de Ceuta", a indiqué le ministère dans un communiqué.
À lire aussiCeuta, débordée par les traversées de la mer depuis le Maroc voisin
Des milliers de jeunes Marocains étaient rassemblés tard jeudi dans le centre de la ville de Fnideq, qui jouxte l'enclave espagnole de Ceuta. Ces jeunes ont afflué près de la route qui longe la plage et mène vers le passage frontalier. Les forces de l'ordre à l'entrée de cette route tentaient de les repousser lorsqu'ils se rapprochaient, a rapporté le correspondant de l'AFP.
Plus tôt dans la journée, des dizaines de personnes, la plupart très jeunes, sont arrivées, pour certaines à la nage, depuis le Maroc, selon des images filmées par une journaliste de l'AFP. Certains de ces migrants, des hommes et des adolescents dans leur écrasante majorité, sont entrés par un poste-frontière situé au sud de ce territoire de 18,5 km².
Il s'agit de l'arrivée de migrants la plus importante depuis 2021, quand plus de 10 000 personnes avaient traversé la frontière en deux jours pour atteindre Ceuta.
Côté marocain, un correspondant de l'AFP a vu des centaines de personnes, dont des mineurs, rassemblées en début d’après-midi jeudi à la frontière entre la ville marocaine de Fnideq et Ceuta, au nord du royaume. Elles ont afflué à la suite de rumeurs selon lesquelles la frontière ouvrirait à l'aube jeudi, d'après des témoignages recueillis sur place.
L'Italie veut suspendre l'Espagne de l'espace Schengen
La cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a dit vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen. "Nous sommes en train de réunir les instances compétentes et, à l'issue de ces réunions, nous sommes prêts à agir, y compris par des mesures exceptionnelles (...), comme la suspension de l'accord de Schengen avec l'Espagne", a écrit la Première ministre d'extrême droite en dénonçant les "images choquantes" de Ceuta. "L'Italie ne restera pas les bras croisés", a-t-elle affirmé.
Le vice-Premier ministre et chef de la diplomatie italienne Antonio Tajani s'était dit plus tôt "favorable à la fermeture de l'espace Schengen avec l'Espagne". "Les images qui arrivent de Ceuta démontrent comment le choix du gouvernement de Madrid de donner la citoyenneté espagnole, donc européenne, à plus de 500 000 immigrés irréguliers (...) encourage le trafic d'êtres humains", a jugé Antonio Tajani, membre du parti Forza Italia (droite conservatrice), allié à Giorgia Meloni.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Luis Albares, a dénoncé la "démagogie" de l'Italie. Le message d'Antonio Tajani "est inapproprié" de la part "d'un pays partenaire et ami dont nous attendons une solidarité européenne et non une démagogie partisane", a déclaré José Luis Albares sur le réseau social X, où il a ajouté qu'il convoquait "demain (vendredi) l'ambassadeur d'Italie" à Madrid.
Retour "dès que possible" au Maroc
Plus de 1 500 personnes sont arrivées "ces derniers jours", à un rythme de "200 personnes par jour" en moyenne, avait indiqué le président de la ville autonome de Ceuta, Juan Vivas, parlant d'urgence "absolue" dans des centres d'accueil "débordés et saturés".
"Ça me brise vraiment le cœur de voir tant de gens souffrir, et qui sait combien se sont réellement noyés en chemin", a déploré auprès de l'AFP un habitant de Ceuta qui vient en aide aux migrants et qui a souhaité rester anonyme.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a annoncé sur X que son gouvernement avait mobilisé "toutes les ressources nécessaires" pour "apporter une réponse immédiate à la situation à Ceuta".
Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé qu'il se rendrait à Ceuta vendredi "pour suivre l'évolution de la situation" et rencontrer les autorités locales, saluant aussi la "coopération exemplaire" avec le Maroc. Les deux pays mettront en œuvre "des mesures pour le transfert" vers le Maroc "dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta", a-t-il ajouté.
Mais l'opposition s'est emparée du sujet. Le patron du parti d'opposition de droite (Parti populaire), Alberto Núñez Feijóo, a ainsi dénoncé "une situation désespérée" et "une crise de sécurité nationale".
Ceuta ainsi que l'enclave espagnole de Melilla, à près de 400 kilomètres plus à l'est, constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne sur le continent africain.
Sahara occidental
Il n'a pas été possible d'obtenir de commentaire des autorités marocaines au sujet de ces événements.
En 2021, plus de 10 000 migrants avaient atteint Ceuta depuis le Maroc voisin en deux jours, à la faveur d'un relâchement des contrôles par Rabat, sur fond de crise entre les deux pays au sujet de l'accueil en Espagne pour y être soigné du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario.
À (re)lireSahara occidental : aux origines de la crise entre l’Espagne et le Maroc
Cette crise diplomatique a pris fin en 2022 après le revirement de Madrid sur le dossier sensible du Sahara occidental après des décennies de neutralité.
En 2022, l'Espagne avait apporté son soutien au plan marocain sur le Sahara occidental, territoire largement contrôlé par le Maroc que se disputent Rabat et les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l'Algérie, un soutien qui avait entraîné une brouille diplomatique entre Madrid et Alger.
Pedro Sánchez s'est rendu à Alger le 20 juillet, la première visite en quatre ans d'un chef du gouvernement espagnol, concrétisant ainsi un réchauffement des relations entre l'Espagne et l'Algérie après plusieurs années de tensions autour de cette question du Sahara occidental. Mais les relations entre Madrid et Rabat "n'ont pas été affectées" par cette visite, a assuré à l'AFP une source au ministère espagnol des Affaires étrangères.
AFP et Reuters