“Une telle taxe m’obligerait à partir immédiatement”: 20 ans après sa suppression, le projet de retour de l’impôt sur la fortune affole le fondateur de Spotify et les riches Suédois
En cas de victoire aux élections législatives ce dimanche, une partie de la coalition de centre-gauche suédoise milite pour le rétablissement d'un impôt sur les plus fortunés. Les premiers concernés se disent prêts à mettre les voiles face à cette mesure qu'ils jugent néfaste pour le pays devenu la...
"Une telle taxe m'obligerait à partir immédiatement": 20 ans après sa suppression, le projet de retour de l’impôt sur la fortune affole le fondateur de Spotify et les riches Suédois
Publié aujourd'hui à 07h59
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Le cofondateur du géant du streaming Spotify, Martin Lorentzon, dont la fortune est estimée à 11 milliards de dollars a confié qu'il quitterait "immédiatement" la Suède si "l'ISF" y était rétabli. - AFP
En cas de victoire aux élections législatives ce dimanche, une partie de la coalition de centre-gauche suédoise milite pour le rétablissement d'un impôt sur les plus fortunés. Les premiers concernés se disent prêts à mettre les voiles face à cette mesure qu'ils jugent néfaste pour le pays devenu la "Silicon Valley" de l'Europe.
Près de 20 ans après sa suppression, l'impôt sur la fortune va-t-il faire son retour en Suède? Alors que les élections législatives se déroulent ce dimanche dans le royaume scandinave, le parti de gauche et les Verts, membres d'une coalition de centre-gauche actuellement favorite dans les sondages, militent pour l'instauration d'une taxe sur les milliardaires.
Si les socio-démocrates qui mènent cette alliance face à la coalition gouvernementale de centre-droit s'y opposent à ce stade, l'inquiétude est vive parmi les grandes fortunes suédoises. Ces dernières semaines, plusieurs d'entre elles ont publiquement menacé de fuir le pays si elles étaient visées par un nouvel impôt. À commencer par le cofondateur du géant du streaming Spotify, Martin Lorentzon.
Interrogé par Bloomberg, le dirigeant dont la fortune est estimée à 11 milliards de dollars a confié qu'il quitterait "immédiatement" la Suède dans un tel scénario. "Je préférerais rester, mais une telle taxe m'obligerait à partir immédiatement", a-t-il dit.
"Nous ne sommes pas condamnés à partager le même gâteau indéfiniment"
Martin Lorentzon s'est même fendu d'une tribune dans le journal Expressen pour détailler les raisons de son opposition au retour d'un impôt sur les plus riches: "L'impôt sur la fortune repose sur l'idée que l'économie est un gâteau qui ne grossit ni ne se détériore jamais. Selon cette conception, tout succès se fait forcément au détriment d'autrui. Or, l'économie ne fonctionne pas ainsi, elle peut croître et se développer considérablement. (...) Nous ne sommes pas condamnés à partager le même gâteau indéfiniment", a-t-il écrit.
Le milliardaire se dit malgré tout "tout à fait disposé à payer des impôts", "nécessaires pour financer une société forte", et assure n'avoir "aucun problème avec l'impôt progressif".
"Il peut impliquer une taxation plus sévère de certains revenus du capital, des bénéfices des sociétés, de la taxe foncière ou des dividendes. Il peut également se traduire par des mesures nettement plus strictes contre la fraude fiscale. Mais certainement pas un impôt sur la fortune", affirme-t-il.
Ce type de taxe risque selon lui de faire fuir les entrepreneurs car "les personnes, les entreprises et les capitaux circulent". "On l'a constaté dans les années 70 et 80 avec le départ d'Ikea et de Tetra Pak, ainsi que de leurs fondateurs. On observe le même phénomène aujourd'hui en Norvège, suite au durcissement des taxes sur la sortie du territoire et sur la fortune", rappelle-t-il. Et de marteler que "leur départ n'est pas motivé par un rejet de l'État-providence ou par un refus de payer des impôts, mais par la volonté de poursuivre le développement de leurs entreprises sans être pénalisés par une fiscalité excessive".
Des arguments qui ne tiennent pas pour Ida Gabrielsson, porte-parole du parti de gauche. "Même en augmentant légèrement les impôts des plus riches, la Suède conservera des conditions très favorables", a-t-elle assuré.

Risque de "véritable exode"
Depuis la grave crise des années 1990, la Suède a mené plusieurs réformes visant notamment à baisser les impôts. Le royaume scandinave n'est plus aujourd'hui "que" le septième pays d'Europe le plus fiscalisé avec un taux de prélèvements obligatoires de 42,4% du PIB, ce qui a permis au pays de devenir plus attractif.
Mais pour Klas Tikkanen, cadre chez Nordic Capital, l'instauration d'un impôt sur les plus riches risquerait de réduire à néant les efforts du passé en conduisant à un "véritable exode" des grandes fortunes, prévient-il auprès de Bloomberg. C'est en tout cas ce qu'il observe en échangeant avec des membres de son réseau d'investissement et d'affaires qui envisageraient déjà un départ à l'étranger.
Avocat fiscaliste au sein du cabinet suédois Vinge, Mattias Schömer constate lui aussi que certains de ses clients entrepreneurs et investisseurs se préparent à mettre les voiles, y compris parfois en envisageant de déplacer à la fois leur résidence fiscale et le siège social de leur entreprise.
La Suède, premier pays d'Europe en nombre de licornes par habitant
Si le sujet est si brûlant, c'est notamment parce que la Suède qui est le pays comptant le plus de licornes (start-up valorisées à plus d'un milliard de dollars) par habitant en Europe est en quelque sorte devenue la "Silicon Valley" du continent ces dernières années. Dit autrement, "c'est l'économie suédoise" tout entière qui serait pénalisée par le retour de l'ISF et pas uniquement une poignée de milliardaires, affirme Klas Tikkanen. "Et une très grande partie de toutes ces futures licornes ne verront jamais le jour".
De fait, "on peut avoir de la richesse sur le papier, mais elle n'est pas forcément liquide. Ce genre de discours est donc destructeur lorsqu'il s'agit de bâtir ce type d'entreprises", abonde Robert Falck, fondateur du groupe de camions autonomes Einride, qui envisage lui aussi de quitter la Suède.
Un argument partagé par Martin Lorentzon: "Une grande fortune se résume rarement à un compte bancaire bien garni. Elle peut être constituée presque entièrement d'une participation dans une entreprise. Le marché peut valoriser ces actions à plusieurs milliards, même si leur propriétaire ne dispose pas de l'équivalent en liquidités", a-t-il indiqué. Dans ces conditions, les entrepreneurs, "au lieu de développer leurs entreprises", peuvent à terme être "contraints de vendre des parts de leur capital pour payer leurs impôts".
Le cofondateur de Spotify n'est pas non plus convaincu par le discours de la coalition de gauche qui dit vouloir utiliser les recettes de la taxe sur les milliardaires pour réduire les inégalités:
"L'inégalité est une mesure de la répartition des richesses, non une mesure de la prospérité. Un pays où chacun possède 100 couronnes est parfaitement égalitaire. Un pays où la personne la plus pauvre possède 10.000 couronnes et la plus riche 100 millions est infiniment plus inégalitaire". Et pourtant, "je sais dans quelle société je préférerais vivre", conclut-il.
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