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Une souris réussit à vivre dans les Andes à plus de 6700 mètres d’altitude

La souris à oreilles jaunes ressemble à un rongeur ordinaire et tient pourtant davantage du miracle de la Nature! Capable de vivre à plus de 6700 mètres d'altitude dans les Andes, ce petit mammifère bouleverse notre compréhension des limites physiologiques.

La souris à oreilles jaunes ressemble à un rongeur ordinaire et tient pourtant davantage du miracle de la Nature! Capable de vivre à plus de 6700 mètres d'altitude dans les Andes, ce petit mammifère bouleverse notre compréhension des limites physiologiques.

Six ans après sa surprenante découverte sur certains des plus hauts sommets au monde, là où les scientifiques pensaient jusqu'ici la vie impossible pour les vertébrés terrestres, une équipe de recherche internationale commence à lever le voile sur les secrets de cet animal hors normes.

Pas plus grande que la paume de la main, la Phyllotis xanthopygus détient "plusieurs records mondiaux", sourit Zachary Cheviron, chercheur en biologie à l'Université du Montana et coauteur d'une étude publiée cette semaine dans la revue Science.

D'abord ce rongeur, aussi appelé souris à oreilles jaunes, est "le mammifère vivant à la plus haute altitude du monde".

L'espèce vit même des centaines de mètres plus haut que le pika de l'Himalaya – un lointain cousin du lapin, qui détenait auparavant ce titre, ayant été vu à 6130 mètres durant une expédition à l'Everest en 1921 – , là où les alpinistes ne peuvent s'aventurer, difficilement, que pour peu de temps.

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A cette altitude, les scientifiques rappellent que pour nous, il est très difficile de maintenir une quelconque activité physique ou mentale. La concentration en oxygène n'atteint qu'environ 44% de celle du niveau de la mer et la température dépasse rarement le point de congélation, pouvant descendre jusqu'à -60°C.

De la côte à la haute montagne

Mais elle dispose aussi du plus grand éventail d'altitudes, explique Zachary Cheviron, l'espèce vivant aussi bien en haute montagne que sur les côtes chiliennes. Ce grand écart est permis par sa résilience phénoménale et unique à plusieurs égards, détaillent les scientifiques, qui voient dans ces découvertes de possibles enseignements pour la médecine humaine.

Ces souris constituent en effet un "bon modèle pour l'être humain", selon le chercheur. En effet, à l'instar de notre espèce qui a évolué localement pour s'adapter à la vie dans des déserts, tropiques ou encore à très haute altitude, les souris des plaines et des pics s'avèrent "génétiquement très proches", selon les résultats de leur étude.

>> Adaptation locale aux environnements de haute et de basse altitude : Des spécimens de souris à oreilles jaunes ont été prélevés sur un gradient altitudinal de plus de 6700 mètres, allant du niveau de la mer au sommet, sur le versant ouest des Andes centrales. [Science - S. Liphardt, J.F. Storz & al.]
Des spécimens de souris à oreilles jaunes ont été prélevés sur un gradient altitudinal de plus de 6700 mètres, allant du niveau de la mer au sommet, sur le versant ouest des Andes centrales. [Science - S. Liphardt, J.F. Storz & al.]

Celles vivant dans les hauteurs enneigées des Andes, là où l'oxygène manque cruellement et où les températures sont frigorifiques, ne disposent ainsi que d'une poignée de gènes différents, dont l'un déjà connu pour être associé à l'adaptation à l'hypoxie, soit le manque d'oxygène, chez des populations tibétaines.

Pour autant, leur corps réagit différemment. Selon des expériences menées dans une sorte de chambre froide, ces souris des montagnes "ont acquis des sortes de super-pouvoirs" pour notamment mieux maintenir leur chaleur corporelle, détaille Jay Storz, spécialiste en biologie évolutive à l'Université du Nebraska et autre contributeur.

Respiration plus rapide

Certaines souris andines à oreilles jaunes se sont adaptées à la vie en haute altitude, notamment en produisant davantage de chaleur corporelle que les souris vivant à des altitudes plus basses. [Universidade Federal do Rio Grande do Sul - Marcial Quiroga-Carmona]
Certaines souris andines à oreilles jaunes se sont adaptées à la vie en haute altitude, notamment en produisant davantage de chaleur corporelle que les souris vivant à des altitudes plus basses. [Universidade Federal do Rio Grande do Sul - Marcial Quiroga-Carmona]

Le rongeur ne semble par ailleurs pas produire davantage de globules rouges pour capter l'oxygène plus efficacement, comme c'est le cas chez d'autres mammifères.

Cette souris a évolué de manière à respirer plus rapidement grâce au rôle modifié d'une enzyme qui lui permet de contrer les effets délétères d'une respiration accélérée, selon les premières conclusions.

Si d'autres mécanismes doivent probablement intervenir, ces découvertes préliminaires pourraient déjà servir à la recherche médicale.

Plusieurs maladies humaines, notamment cardiaques, impliquent en effet "comme complication majeure une altération de l'apport en oxygène", rappelle Jay Storz [lire encadré].

Un gène qui détoxifie des substances vénéneuses

Mais au-delà de l'intérêt pour la santé humaine, l'étude de ce rongeur qui a "repoussé ce que l'on pensait être les limites de la vie mammalienne" nous en apprend plus sur la physionomie de l'extrême, relève le biologiste.

L'évolution trouve toujours des solutions pour permettre à la vie de se frayer un chemin

En plus de vivre en haute altitude, dans un désert de neige et de rocs, ces souris doivent se nourrir de plantes toxiques, ont découvert les scientifiques. Dans le génome des individus vivant à haute altitude a été identifié un gène capable de détoxifier certaines substances végétales vénéneuses. "Rien n'est facile pour ces souris", résume Jay Storz.

Pour ce passionné, ces rongeurs de l'extrême nous donnent ainsi "une nouvelle appréciation" de la façon dont "l'évolution trouve toujours des solutions pour permettre à la vie de se frayer un chemin".

sjaq et l'ats

Une souris qui pourrait aider les êtres humains

En comprenant comment ces souris font "face au faible taux d'oxygène disponible dans leur habitat naturel", les scientifiques pourraient donc ouvrir la voie à de nouvelles approches de "traitements pour une patientèle humaine souffrant pour des raisons différentes du même état physiologique", avance Jay Storz.

Et aussi contribuer à la recherche sur le cancer car les tumeurs peuvent constituer "également un environnement hypoxique" et que certains gènes identifiés chez le rongeur "participent au métabolisme des médicaments utilisés en chimiothérapie", abonde Zachary Cheviron.

>> Ecouter CQFD, Vivre en altitude serait meilleur pour la santé :

Vivre en altitude serait meilleur pour la santé

Vivre en altitude serait meilleur pour la santé / CQFD / 10 min. / le 4 mai 2026