Une sanction au-delà de l’expulsion
À Bastogne, à Daverdisse, à Hotton, à Houffalize, les bourgmestres ont tranché sans hésiter: renvoi immédiat pour les camps de jeunesse ayant enfreint l'arrêté du gouverneur du Luxembourg, Olivier Schmitz. En cause: des feux allumés sciemment ou des feux d'artifice tirés en dépit de l'interdiction.
En Luxembourg, tous les feux sont en effet interdits en forêt et dans les zones à risque, avec quelques exceptions encadrées pour la cuisson. Les activités pyrotechniques et le brûlage de déchets sont également proscrits, afin de limiter le risque d'incendies. Les bourgmestres ont assumé leurs responsabilités en protégeant les personnes et les biens. À Houffalize, les camps concernés avaient de toute façon prévu de repartir le lendemain, après leur feu de clôture. La réponse de la bourgmestre de Houffalize Josette Deville n'en est pas moins cinglante et inédite: elle entend dresser "une liste noire" des mouvements qui ont enfreint le règlement en matière de lutte contre les incendies. Ceux-ci ne pourront plus séjourner sur le territoire communal dans les années à venir. Une première, qui prolonge la sanction au-delà de l'expulsion immédiate.
Les autres Communes ne s'aligneront pas sur cette mesure radicale, préférant un dialogue. Les responsables des camps doivent intégrer que la protection de l'intérêt général prime sur une tradition. Les animateurs responsables des camps n'ont pas que des jeux à organiser, ils transmettent des valeurs éducatives. Comment demander à des adolescents de respecter les restrictions d'eau ou les consignes si les animateurs les transgressent eux-mêmes ?
Pour autant, des dizaines de milliers de jeunes vivent des camps exemplaires chaque été. Signe de l'exaspération d'un bourgmestre, cette liste d'exclusion pose tout de même question. Peut-on tenir une unité entière responsable de l'attitude fautive de quelques dirigeants ? La génération suivante doit-elle souffrir d'une erreur de prédécesseurs ? L'expérience montre que les décisions prises sous le coup de l'émotion sont rarement les plus équilibrées. Sans compter l'impact économique. Pour les propriétaires de terrains, les camps représentent un revenu complémentaire et pour les commerces, une clientèle de l'été.
Une sanction ne devrait-elle pas laisser une possibilité de regagner la confiance ?
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