Une présidentielle en été permettrait-elle d’aborder correctement les enjeux climatiques ?
Politique 12/07/2026 07:05 Actualisé le 12/07/2026 07:27 Si le climat est au centre des discussions pendant les canicules, il disparaît dès que le thermomètre baisse. ARTUR WIDA...
Politique 12/07/2026 07:05 Actualisé le 12/07/2026 07:27
Si le climat est au centre des discussions pendant les canicules, il disparaît dès que le thermomètre baisse.

ARTUR WIDAK / NurPhoto via AFP
Une présidentielle en été permettrait-elle enfin d’aborder correctement les enjeux climatiques ? (Photo d’illustration, prise à Saint-Vaast-sur-Seulles lors des législatives 2024)
EN BREF
• Les vagues de chaleur relancent à chaque fois les discussions sur le climat, mais l’intérêt diminue avec la baisse des températures.
• Organiser une élection présidentielle en été pourrait mobiliser les électeurs sur le climat.
• Mais cela soulève des questions sur la participation au scrutin et l’efficacité des mesures proposées.
L’IA au HuffPost.
Le climat, on en parle que lorsqu’on suffoque. En mai et en juin, les deux vagues caniculaires qui ont traversé l’Hexagone ont imposé le réchauffement climatique à l’agenda politique. Au grand désespoir des spécialistes du sujet, une grande partie des échanges a tourné autour la climatisation, une solution de court terme plébiscitée par l’extrême droite. Les températures baissant, le thème s’est ensuite fait plus rare dans les discussions. Avant de ressurgir en même temps que le thermomètre remonte.
Sur le plan médiatique, « on voit bien que l’attention portée au climat dépend beaucoup des moments pendant lesquels les impacts du changement climatique se manifestent le plus », souligne François Gemenne, spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations, interrogé par nos soins. Le constat est partagé par Théodore Tallent, enseignant en sciences politiques spécialisé sur le climat. Dans une interview accordée à Libération fin juin, il glisse une idée : « mettre la présidentielle en juin » pour « obliger les candidats, en période de fortes températures, à se positionner sur un agenda écologique qui répondrait avec sérieux à la crise climatique. »
Boutade ou véritable proposition ? À ce jour, l’idée n’a guère rencontré d’écho au sein des représentants politiques ni même dans la population. Si les vagues de chaleur relancent systématiquement les débats sur l’adaptation climatique, l’environnement est loin d’être la première préoccupation des Français en vue de 2027. La thématique occupe la 12e place de l’enquête électorale d’Ipsos BVA-CESI pour Le Monde et la Fondation Jean Jaurès réalisée en avril - avant les premières vagues de chaleur - et seulement 39 % des sondés en font un enjeu « déterminant » de leur vote.
Une présidentielle en été, c’est possible mais...
En serait-il autrement si au moment de se rendre aux urnes, les électeurs avaient pour seule préoccupation de survivre face à la chaleur ? Sur le papier, aucun texte n’empêche la tenue d’une présidentielle en été. Les dates du scrutin sont décidées par le gouvernement, suivant les règles de la Constitution. Cette dernière n’impose pas une date précise mais stipule que le vote doit se tenir entre « vingt jours au moins et trente-cinq jours au plus » avant l’expiration du mandat du président de la République en poste.
En 1965, la première présidentielle au suffrage universel direct se tient ainsi en plein hiver, avec un second tour organisé moins d’une semaine avant Noël. Quatre ans plus tard, la démission du général de Gaulle en avril bouleverse le calendrier électoral. En vertu des délais imposés par la Constitution, le premier tour est organisé le 1er juin 1969 et Georges Pompidou est élu président de la République le 15. Son décès en avril 1974 obligera une nouvelle fois à avancer le scrutin au mois de mai. Par la suite, tous les rendez-vous électoraux pour l’Élysée suivront la logique constitutionnelle, jusqu’à celui de 2027 prévu les 18 avril et 2 mai prochains.
Pour organiser une élection présidentielle à l’été, il faudrait donc que le ou la prochaine locataire de l’Élysée quitte ses fonctions bien avant sa fin de mandat, aux alentours du mois de juin de l’année précédente. Mais ce bouleversement ne serait pas sans effet sur la participation, estime Dorian Dreuil, expert associé à la Fondation Jean Jaurès. « Réussira-t-on à mobiliser le corps social pour une élection dans un moment de grandes vacances ? » interroge-t-il, rappelant la défiance croissante envers le fonctionnement de la démocratie. En tenant compte de ce paramètre, « une élection présidentielle à l’été ne peut être réussie que si on modernise complètement le rapport au vote », via le vote électronique par exemple ou en simplifiant drastiquement l’inscription sur les listes électorales.
Pour quels résultats ?
Reste la question de l’efficacité d’une telle démarche. « Aujourd’hui, la tenue des élections au printemps, avant les vagues de chaleur, fait que les gens ne votent pas en fonction du climat. On peut imaginer qu’avec une présidentielle en été, les électeurs se mobiliseraient davantage sur cette thématique », estime François Gemenne. Preuve que le contexte influe sur les préoccupations, une enquête YouGov menée pour Le HuffPost pendant la canicule de fin juin montre que 52 % des sondés jugent que le climat doit être un sujet important dans la présidentielle, parmi d’autres. Ils sont 31 % à en faire une priorité.
La pression populaire pourrait alors obliger les formations politiques à faire de l’écologie une de leurs priorités, au même titre aujourd’hui que le pouvoir d’achat, la sécurité et l’éducation. Avec des propositions chiffrées, de court et de long terme, et qui touchent autant à la lutte contre le réchauffement climatique qu’à l’adaptation du pays et de nos usages. « Si on regarde en termes de génération électorale, la pression climatique est présente plutôt chez 18-25 ans. Or, c’est la tranche d’âge qui vote le moins. Il y aura un effet mécanique qui fera que plus les jeunes se diront sûrs d'aller voter dans les enquêtes, plus l’ensemble des personnels politiques mettra à l’agenda ces questions », analyse Dorian Dreuil.
Mais même si le climat s’impose comme un thème de la campagne, rien ne permet d’affirmer que les propositions aboutiront à des actions concrètes. « L’important, ce n’est pas tellement qu’on parle de climat pendant les campagnes électorales. L’important, c’est ce qu’on fait en dehors de ces campagnes électorales », abonde François Gemenne. La meilleure illustration récente est sans doute le bilan écologiste d’Emmanuel Macron qui, en campagne pour sa réélection, avait promis un deuxième quinquennat « qui sera écologique ou ne sera pas ». Cinq ans plus tard, en dépit de certaines avancées, les Français sont formels : 74 % des personnes interrogées dans l’enquête mensuelle YouGov pour Le HuffPost sont mécontentes de l’action du chef de l’État sur l’adaptation au changement climatique.