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“Une chasse à l’homme”: dans un réquisitoire terrible pour la défense, l’avocat général Philippe Courroye dissèque le “règlement de compte” qui a coûté la vie à Federico Martin Aramburu

Dans son réquisitoire, ce 23 septembre, l’avocat général Philippe Courroye a déploré "la mort pour rien" de Federico Martin Aramburu et un "règlement de compte" de Loïk Le Priol et Romain Bouvier. Étrillant la "vérité travestie" servie par les deux anciens militants du GUD, il a réclamé à leur...

"Une chasse à l’homme": dans un réquisitoire terrible pour la défense, l’avocat général Philippe Courroye dissèque le "règlement de compte" qui a coûté la vie à Federico Martin Aramburu

Publié hier à 21h55

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Un croquis d'audience montrant le procureur général Philippe Courroye et l'accusé Loïk Le Priol au procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu, le 21 septembre 2026.

Un croquis d'audience montrant le procureur général Philippe Courroye et l'accusé Loïk Le Priol au procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu, le 21 septembre 2026. - Benoît Peyrucq

Dans son réquisitoire, ce 23 septembre, l’avocat général Philippe Courroye a déploré "la mort pour rien" de Federico Martin Aramburu et un "règlement de compte" de Loïk Le Priol et Romain Bouvier. Étrillant la "vérité travestie" servie par les deux anciens militants du GUD, il a réclamé à leur encontre des peines sévères: 20 et 27 ans de réclusion.

"Monsieur l’avocat général, vous avez la parole." Les yeux se tournent tous sur la gauche de la cour. Au pupitre, une grande silhouette longiligne drapée dans une robe rouge vient de se lever. L’avocat général Philippe Courroye, 67 ans, s’apprête à dire ses réquisitions. Ses dernières réquisitions. Car après quatre décennies dans la magistrature, l’ancien juge devenu procureur – homme des finances illégales du RPR ou encore de l’affaire Woerth-Bettencourt – prendra en décembre sa retraite. Le procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu est son chant du cygne. Un chant que plusieurs hauts magistrats – de la cour d’appel de Paris ou du parquet national antiterroriste – sont venus écouter, ce 23 septembre, sur les bancs bondés de la cour d’assises de Paris.

"Mécanique meurtrière"

"Un homme est sur le bitume du boulevard Saint-Germain. Il a rendu son dernier souffle dans les bras de son ami. Ce n’était pas n’importe quel homme. Federico Aramburu avait 42 ans. Romain Gary aurait pu dire qu’il avait la Vie devant soi. Solaire. Françoise Hardy aurait pu chanter de lui que c’était juste quelqu’un de bien", déclame Philippe Courroye, debout face à son pupitre. Après cette ultime prestation de plus de 4 heures, il requiert 27 ans de réclusion criminelle contre le principal accusé Loïk Le Priol, et 20 ans contre son acolyte Romain Bouvier. 

Depuis les premières heures du procès, Philippe Courroye, qui porte la voix de l’accusation, n’a pas cédé un centimètre de terrain aux deux anciens militants du Groupe Union Défense (GUD), jugés pour "assassinat" (Le Priol) et "tentative d’assassinat" (Bouvier) pour avoir à tour de rôle sur Federico Martin Aramburu à quelques encablures du bistrot Le Mabillon, à Paris, le 19 mars 2022 au petit matin. Ces faits forment "l’enchaînement d’une mécanique meurtrière", embraye Philippe Courroye. Elle se conclut par l’assassinat de l’ancien rugbyman du Biarritz Olympique, "traversé par 6 ogives métalliques au petit matin". "Une mort absurde. La mort pour rien. La mort pour un rien", a égrené l’avocat général.

Arrangements avec la vérité

Au fil des jours, Philippe Courroye a taclé les petits arrangements avec la vérité de Romain Bouvier, quand l’ancien étudiant en droit a expliqué qu’il aurait ouvert le feu sur le rugbyman parce qu’il se serait senti en "mort imminente" face à lui. Il s’est agacé des réponses "dédaigneuses" de Loïk Le Priol. A grondé lorsque cet ex-commando marine a fait grand cas, au micro, d’un coup de sac à glaçons qu’il avait reçu au cours de son empoignade avec Federico Aramburu, déclenchant, selon lui, ses tirs: "Monsieur Le Priol, un commando, a peur d’une serviette avec 3 glaçons ? On a connu des armes plus létales", a-t-il ironisé. 

Mais, mercredi 23 septembre, Philippe Courroye a d’abord parlé de ce qu’auraient pu être ces deux hommes orageux à l’orée de leur vie. "Loïk Le Priol aurait pu faire une très belle carrière dans la Marine", note-t-il. N’avait-il pas été sélectionné en 2012 pour rejoindre les forces spéciales ? Romain Bouvier, lui, a fréquenté les lycées du VIIe arrondissement et la faculté de droit Paris-Assas, se voyant avocat et écrivain, rappelle Courroye en regardant les avocats de la défense: "Il aurait pu, messieurs, être à votre place."

La dérive GUD

Ces rêveries n’ont pas duré. Eux et leur co-accusé Antony Sorrentino ont intégré au début des années 2010 le sulfureux Groupe Union Défense (GUD) d’extrême droite. "Le GUD, c’est le ciment, le point de jonction entre ces 3 personnages." Leur passage dans cette organisation "n’est pas étranger à leur dérive ni aux faits", observe le magistrat, évoquant leur "fascination pour la force" et "les armes". Dans l’appartement de Romain Bouvier, les enquêteurs de la Crim’ ont exhumé pour "plus de 24 000 euros d’armes": armes de poing et fusils. Et un exemplaire de Mein Kampf.

Revenons-en à la mécanique meurtrière. D’après Philippe Courroye, celle-ci se met en branle lorsque Federico Aramburu et Shaun Hegarty, mangeant un burger sur la terrasse du Mabillon, sont irrités par le "ton autoritaire, méprisant" de Loïk Le Priol, attablé à côté d’eux avec Romain Bouvier et Lyson Rochemir, petite-amie du premier. "Il donnait le sentiment de vouloir dominer la terrasse", avait dit un témoin. Hegarty aurait alors traité Le Priol de "con". Le Priol a alors effectué "le premier geste d’agression physique", note Courroye. Sur les vidéos projetées devant la cour, "à 5h52, vous le voyez se lever, aller à Shaun Hegarty, l’attraper par le bras et lui mettre deux claques". Le même témoin "a parfaitement entendu la phrase de Loïk Le Priol à l’oreille de Shaun Hegarty", précise l’avocat général : "Ferme ta gueule, je vais te fumer, j’irai baiser ta mère".

Mettre Le Priol "hors-jeu"

En quittant le Mabillon, Federico Aramburu tire sèchement sur la capuche de l’ancien gudard. "Il a été choqué, ulcéré par le comportement de Loïk Le Priol", interprète le magistrat du ministère public. "Et en partant il a eu ce geste pour lui donner une leçon. Je crois qu’il a été choqué par le ton méchant, hautain". Yann Le Bras, avocat de Maria Aramburu, la veuve de Federico, avait dit plus tôt à propos de l’ancien rugbyman que par ce coup sec, "il a voulu le mettre hors-jeu".

S’ensuit une bagarre entre les deux groupes bientôt séparés par les videurs. Mais Loïk Le Priol et Romain Bouvier, les deux "frères d’armes", revolvers chargés dans la poche, se lancent aux trousses des rugbymen, "l’un dans la Jeep, l’autre en courant sur le boulevard", reconstitue l’avocat général.

Si Loïk Le Priol se rue derrière les rugbymen, "c’est pas pour faire un jogging. C’est pas l’expression d’un syndrome post-traumatique. C’est une démarche volontaire. Une poursuite. Une chasse à l’homme. Tel un chasseur, il ralentit à chaque intersection", décrit Philippe Courroye.

"Intention homicide caractérisée"

La première séquence de tirs est ouverte par Romain Bouvier. "Quatre tirs, volontaires, un chargeur qui est vidé en quatre secondes… Intention homicide caractérisée !", tranche le magistrat. Trente secondes plus tard, Loïk Le Priol arrivant à vive allure ouvre le feu à son tour après une empoignade avec Federico Aramburu. Six coups de feu sur un homme déjà blessé, compte Philippe Courroye, "des tirs dans des zones vitales. Trois dans le dos. Intention homicide incontestable."

Les versions, tantôt alambiquées, tantôt poussives des accusés, ne le convainquent pas. "Il n’y a rien qui colle. Rien n’est logique", balaie Philippe Courroye, évacuant la thèse de la légitime défense et du stress post-traumatique brandie par la défense de Loïk Le Priol. "Où est la menace ? Où est l’attaque En aucune manière sa vie n’est menacée."

Philippe Courroye tacle aussi cet "effet tunnel" constamment invoqué par les deux accusés pour signifier qu’ils ont tiré "par réflexe", sans y voir grand-chose. Il dénonce le "culot d’acier" et la "vérité travestie" par Romain Bouvier. Ne goûte pas davantage ses explications lorsque celui-ci affirme qu’il croyait que Loïk Le Priol était en train de se faire "massacrer" par les deux rugbymen, c’est pourquoi il se serait lancé à sa recherche. "C’est dangereux d’imaginer, Monsieur Bouvier. Surtout quand on est porteur d’une arme"...

Cet enchaînement des faits signe "une volonté commune" de "vengeance" et de "règlement de compte", tranche l’avocat général. "Ils ont administré leur justice privée", avec cette issue funeste, rappelle Philippe Courroye : "Federico Aramburu ne verra pas le soleil se lever."

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