Une centrale nucléaire à Chertal ? Près de Liège, la crainte de voir l’industrie céder la place aux réacteurs
Alors que le fédéral planche sur le rachat des derniers réacteurs encore en activité, le parc nucléaire belge s’apprête à s’agrandir. L’emplacement des futures installations fait déjà débat.
“Soleil et vent sont pacifiques, armes et énergie nucléaire génèrent la guerre”, pouvait-on lire sur le calicot du réseau d’action anti-nucléaire VAKS (United Action to Stop Nuclear Power), réuni samedi après-midi à Herstal. À quelques kilomètres de là s’étend le site de l’ancienne aciérie de Chertal, île liégeoise sur la Meuse actuellement étudiée comme piste potentielle pour l’installation de nouveaux réacteurs.
Pour relancer l’activité nucléaire belge, en plus de prolonger les réacteurs existants, l’Arizona souhaite construire de nouvelles unités de production. Tandis que le ministre fédéral de l’Énergie Matthieu Bihet (MR) négocie la nationalisation des derniers réacteurs belges encore actifs avec Engie, son homologue wallonne Cécile Neven (MR) compose un groupe de travail chargé de lister les emplacements potentiels des futurs réacteurs. La Flandre a déjà commencé le même travail en mars dernier.
Quels sites pour quelles centrales ?
Sur un territoire aussi petit que celui de la Belgique, les options pour accueillir une paire de réacteurs de 1000 MW chacun ne sont pas légion. Il faut, à la fois, un terrain de plus de 100 hectares dont les sous-sols sont stables, placé stratégiquement près de l’eau et du réseau de transport. En janvier, la filiale d’ingénierie d’Engie, Tractebel, n’avait retenu que deux sites : Doel, en Flandre, et Chertal, près de Liège.
Dans son plan fédéral de développement pour la décennie 2028-2038, Elia, le gestionnaire du réseau de transport électrique, pointe également Courcelles, dans le Hainaut, comme terre d’accueil de réacteurs modulaires de 500 MW, qui pourraient ainsi alimenter des data-centers. D’autres SMR pourraient compléter le parc de Tihange, faute de place pour un EPR de plus.
Dépendance énergétique en Belgique : le nucléaire peut nous libérer de la Russie, mais nous condamne à acheter de l’uranium à ces 4 autres ÉtatsCôté flamand, c’est à Gand que des SMR pourraient voir le jour. Pour le pôle industriel d’Anvers, gourmand en électricité, Elia mise sur la prolongation de Doel 1, 2 et 4 et l’installation d’une autre grosse centrale EPR.
Des bourgmestres réticents
La perspective de voir s’élever de grandes tours blanches sur la ligne d’horizon liégeoise a de quoi déplaire bien au-delà des activistes anti-nucléaire. Frédéric Daerden et Serge Filliot, les bourgmestres socialistes d’Herstal et d’Oupeye, ne s’opposent pas au projet, mais refusent que le site soit uniquement dédié à une centrale EPR. “Je ne veux pas un Tihange 2 bis à Chertal”, a prévenu Serge Fillot au micro de RTL, “C’est un terrain à vocation industrielle, qui doit le rester exclusivement, sans exclure un peu de production énergétique” — entendons, des SMR.
Crise énergétique : Le maintien de la filière nucléaire en Belgique aurait-il pu nous protéger de la hausse des prix ?Depuis la fermeture des sidérurgies, la réaffectation de friche industrielle fait l’objet de nombreuses discussions. Au vu des enjeux énergétiques précipités par la guerre en Ukraine, le gouvernement ne semble plus exclure de lui donner une place importante dans le parc énergétique. Au Parlement, Pierre-Yves Jeholet, ministre wallon de l’Économie, avait salué en 2021 “sa superficie, son accessibilité multimodale et son éloignement des zones urbanisées denses.”
Si les projets sont validés par le gouvernement fédéral, les réacteurs SMR ne sortiront pas de terre avant 2037, voire 2039. Pour les centrales EPR, ce ne sera pas avant 2042.
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