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‘Une affaire d’enfants’ : 4 femmes racontent l’impact de l’affaire Dutroux trente ans après - RTBF Actus

Mélissa avait 5 ans au moment où l’affaire Dutroux a éclaté. Trente ans plus tard, elle nous emmène dans son ancienne école, du côté de Saint-Gilles. C’est la première fois qu’elle y retourne : "J’ai l’impressi...

Mélissa avait 5 ans au moment où l’affaire Dutroux a éclaté. Trente ans plus tard, elle nous emmène dans son ancienne école, du côté de Saint-Gilles. C’est la première fois qu’elle y retourne : "J’ai l’impression de faire un voyage dans le temps", nous explique-t-elle. Et puis, elle a le regard attiré par un prénom – le sien -, inscrit sur un mur de la cour de récré. S’appeler Mélissa dans les années 1990 a fortement impacté sa vie à l’école : "Mon prénom, ça nous ramène directement à l’affaire Julie et Mélissa et ce sont deux prénoms qui étaient très populaires à l’époque", nous dit-elle.

Elle précise : "On était trois Mélissa dans ma classe. Il y avait des 'Julie' aussi. Quand on était en classe et qu’on nous disait 'Julie et Mélissa, asseyez-vous là' ou 'arrêtez de papoter', il y avait toujours un moment gênant, on se regardait de façon circonspecte."

Et Mélissa de se souvenir de ces moments, dans la cour de récré, où elle entendait : "Dutroux va venir te chercher, fais gaffe avec ton prénom."

L’affaire Dutroux, c’était un jeu

Maryn, jeune maman, avait, elle aussi, 5 ans en 1996. Elle a grandi à Marcinelle, à quelques minutes à pied de la cache et de la maison de Marc Dutroux, rue de Philippeville. Elle se souvient de l’ambiance qui régnait dans le quartier il y a trente ans : "Je n’ai pas les mots, ça a vraiment amplifié la peur, l’angoisse."

Elle se rappelle avoir transformé cette terrible affaire en jeu : "On jouait à attraper Julie et Mélissa, il y avait quelqu’un qui jouait Julie, quelqu’un qui jouait Mélissa, quelqu’un qui jouait Dutroux. Et on jouait à s’attraper."

Aujourd’hui, Maryn s’en veut parfois d’avoir "joué à Marc Dutroux", mais en même temps, elle se dit que, pour les enfants, c’était une façon de comprendre l’impensable.

Se promener dans la rue était devenu synonyme de danger. "Tout était devenu suspect, la camionnette qui passe, les voisins, il y avait une tension sociale élevée", confirme Mélissa. "On avait vraiment l’imaginaire du criminel qui débarquait avec son fourgon et qui emportait les enfants par le bras et qui repartait avec."

Maryn, de son côté, évoque le 'stress de la camionnette blanche' : "C’est un traumatisme. Je suis désolée mais dès que je vois une camionnette blanche encore à l’heure actuelle, je pense à l’affaire Dutroux."

J’avais peur que Dutroux vienne me chercher

Meredith, elle, habitait Schaerbeek. Elle pouvait jouer en rue, dans un périmètre très restreint et surveillée par les commerçants du coin, mais cela n’a pas empêché la peur et l’angoisse de se glisser dans son quotidien. Elle se souvient par exemple très bien d’une anecdote qui illustre la psychose de l’époque : "Mon père s’est arrêté en voiture devant un bureau de tabac", raconte la jeune Bruxelloise. "Il m’a dit de l’attendre, qu’il revenait dans deux minutes. Quand il est revenu, il ne m’a pas vue parce que je m’étais cachée entre les sièges : j’avais peur que Marc Dutroux vienne me chercher…"

Et quand on demande à Meredith ce qu’elle retient de toute cette période, elle répond "une grosse tristesse collective, avec un fond de colère et un énorme tabou". "Il y a des monstres et il faut en parler. Il faut parler du fait que les monstres sont des humains, même si c’est encore plus terrifiant", ajoute-t-elle. Aujourd’hui, Mélissa, Sophie, Maryn et Meredith ont mis des mots sur leur enfance chamboulée par cette affaire hors-norme. Une affaire d’enfants qui, depuis trente ans, a profondément marqué des générations entières.