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“Un scrutin pour initiés”: tournée en voiture, rendez-vous tardifs… À quoi ressemble une campagne pour devenir sénateur?

Des dizaines de milliers de maires et de conseillers municipaux sont appelés aux urnes ce dimanche 27 septembre. Dans un scrutin méconnu du grand public, les candidats sillonnent leur territoire dans l'espoir de convaincre les élus locaux, souvent à grand renfort de kilomètres avalés.

Publié aujourd'hui à 07h37

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Marie-Pierre Bourgeois

Le sénateur Cédric Perrin prend la parole au Sénat pour ouvrir le débat sur le projet de loi d'actualisation de la loi de programmation militaire, le 2 juin 2026.

Le sénateur Cédric Perrin prend la parole au Sénat pour ouvrir le débat sur le projet de loi d'actualisation de la loi de programmation militaire, le 2 juin 2026. - BASILE DUBOUIS / HANS LUCAS

Des dizaines de milliers de maires et de conseillers municipaux sont appelés aux urnes ce dimanche 27 septembre. Dans un scrutin méconnu du grand public, les candidats sillonnent leur territoire dans l'espoir de convaincre les élus locaux, souvent à grand renfort de kilomètres avalés.

Du soleil, la perspective d'un mandat de 6 ans et une campagne aux allures plutôt paisibles. Très loin des marchés, du porte-à-porte, des réunions d'appartements ou encore des meetings, un exercice classique pour les municipales ou les législatives, la campagne des sénatoriales dont le scrutin a lieu dimanche 27 septembre, se distingue des autres.

Pour faire leur entrée à la chambre haute qui représente les collectivités territoriales ou rester au Palais du Luxembourg, les candidats doivent convaincre ce qu'on appelle les grands électeurs. Ces mots désignent un collège électoral d'élus locaux composés à 95% de maires, de maires adjoints ou de délégués désignés par leurs soins.

"22 heures de route" en une semaine

Cette élection "a un parfum de scrutin pour initiés où des notables parlent à d'autres notables", synthétise ainsi le politologue Pascal Perrineau dans son ouvrage Le goût de la politique: un observateur passionné par la Ve République.

Autant dire que la campagne se déroule donc dans une relative discrétion, souvent en tête-à-tête dans le secret des bureaux ou en petit comité avec les élus municipaux. Et il ne faut pas redouter de se retrousser les manches: plus de 93.000 électeurs sont appelés aux urnes, cette année dans des territoires souvent très ruraux.

"On fait la tournée des popotes, on essaie de voir tout le monde très tôt et souvent très tard, et on passe beaucoup de temps en voiture. La semaine dernière, j'ai fait presque 22 heures dans mon habitacle", sourit la sénatrice LR des Ardennes, Else Joseph.

Le poids des communes - en particulier les petites et moyennes - est massif dans ce scrutin. Le résultat des sénatoriales découle donc presque mécaniquement des résultats des dernières élections municipales et pousse les sénateurs à aller convaincre un à un d'éventuels soutiens.

Des municipales qui ont compliqué la donne

La stratégie dépend cependant de chaque département. Pour les circonscriptions où sont élus trois sénateurs ou plus, l'élection a lieu au scrutin proportionnel de liste à un tour. Concrètement, cela signifie que chaque parti peut compter sur un nombre assez clair d'électeurs assurés, sur le papier en tout cas.

Cette année, la configuration est assez différente, notamment dans le sud de la France. Exemple dans les Alpes-Maritimes. En 2020, Dominique Estrosi-Sassone, tête de liste LR, est largement élue tout comme 4 autres sénateurs de droite.

Six ans plus tard, tout a changé. Nice a basculé à l'extrême droite, désormais dirigée par Éric Ciotti (UDR), allié de Marine Le Pen depuis les législatives de 2024. Menton et Cagnes-sur-Mer sont également tombés dans le giron du Rassemblement national. On imagine mal donc le parti de Bruno Retailleau faire un grand chelem cette fois-ci, d'autant moins que ses propres élus ont parfois franchi le Rubicon, à l'instar du sénateur LR Henri Leroy désormais estampillé UDR.

En réalité, à droite, on y croit encore, convaincus que hors des villes devenues RN ou UDR, les maires auront à cœur de continuer à faire réélire les sénateurs LR sortants.

"Ce qu'attendent les élus qu'on rencontre, c'est de savoir si on va leur être utile. Et ça, c'est toujours plus facile quand les gens vous connaissent déjà et vous ont vu à l'œuvre, contrairement au RN", lâche un élu LR en campagne.

Cartes et anecdotes

Sa technique? Multiplier les rendez-vous dans les bureaux des maires et "raconter des anecdotes sur tel ou tel coin de sa commune" carte en format papier à l'appui. "Ils adorent et ça montre que vous ne l'allez pas leur apprendre la vie", explique cet élu de droite.

Seconde configuration possible suivant le mode de scrutin: dans les circonscriptions où sont élus un ou deux sénateurs, l'élection a lieu au scrutin majoritaire à deux tours,qui se déroulent le même jour. Et là, la bataille est plus personnalisée et se fait bien souvent sur le nom de la tête de liste. C'est par exemple le cas dans l'Aude.

Le sénateur socialiste Sébastien Pla, élu de ce département frontalier avec l'Espagne, veille à mettre toutes les chances de son côté en évitant de revendiquer son appartenance partisane quand les électeurs à séduire sont principalement sans étiquette. La manœuvre ne peut pas non plus faire de mal quand le RN continue de grignoter élection après élection du terrain dans cette terre historiquement de gauche.

"Je revendique de ne pas toujours me reconnaître dans les décisions prises à Paris", lâche l'élu PS. Quitte parfois à ne pas être où on l'attend. Pour Sébastien Pla qui assure n'avoir "qu'un seul bureau, sa voiture", il ne faudrait pas "laisser le drapeau français et les traditions" au RN.

Pas de dégagisme mais...

Dans un tel contexte, y aurait-il une prime au sortant, facilitant de fait la réélection du sénateur déjà en place? Pas du tout, observe Bernard Delcros (Union centriste) qui tente de se faire réélire pour la troisième fois dans le Cantal.

"Penser qu'on va être réélu automatiquement parce qu'on connaît les maires, c'est avoir tout faux. Est-ce que vous avez travaillé? C'est ça que les électeurs regardent", observe cet élu spécialiste de la montagne.

Dans un contexte où les dynamiques partisanes sont beaucoup moins marquées qu'à l'Assemblée nationale, la plupart des sénateurs ne croient guère à de grands bouleversements à l'issue des sénatoriales. La preuve: face à un Palais-Bourbon particulièrement fragmenté, le clivage gauche-droite reste très présent à la Haute Assemblée.

"Les élus ne sont pas différents du reste du pays. Eux aussi en ont marre et ont envie de voir d'autres choses", nuance cependant la sénatrice LR Else Joseph.

La preuve: après avoir fait leur entrée au Sénat avec 3 élus en 2023, le parti de Jordan Bardella espère être en mesure dimanche soir d'avoir au moins 10 sénateurs et de pouvoir constituer un groupe.

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