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Un missile russe tombe en Pologne, les Patriot manquent… Varsovie peut-elle vraiment protéger son ciel ?

Avec la chute d’un missile de croisière sur son sol et la pénurie de Patriot américain pour la défense anti-balistique des pays européens, la Pologne fait face aux questions sur sa protection aérienne.

La défense aérienne polonaise a été mise à l’épreuve tout cet été. Avec un premier « événement dramatique », selon les mots du Premier ministre Donald Tusk, le 30 juillet lorsqu’un missile russe de croisière a chuté en Pologne sans être intercepté. Un chasseur F-16 a bien décollé après sa détection, mais a perdu sa trace. En s’écrasant dans la région de Lublin à l’est du pays, le Kh-101 n’a fait aucune victime. Un épisode de plus dans la guerre hybride que mène la Russie depuis 2022 contre Varsovie et ses voisins. Les diverses déstabilisations les poussent dans leur retranchement alors que des lacunes dans leur défense sont mises en lumière.

Il y a un an, à la suite de l’incursion de dix-neuf drones russes dans le ciel polonais, le pays avait annoncé la mise en place d’un dispositif de défense pour la très basse altitude. Existe-t-il quelque chose de similaire contre les missiles de croisière ? Le pays dispose bien d’une couche de protection courte portée, appelée Narew, basée sur la famille de missiles CAMM du groupe européen MBDA. Une autre salve sera livrée dès 2027. Mais après la chute du Kh-101 russe en juillet, l’espace public s’est inquiété de la protection aérienne des grandes villes polonaises alors que le directeur adjoint de l’Agence de l’Armement nationale déclarait à la télévision nationale qu’elles « ne sont pas couvertes » par les systèmes antimissiles.

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Le ministère de la Défense nationale a répondu le 19 août dans un communiqué officiel que s’il n’y avait pas de « déploiement permanent de batteries de missiles autour de chaque grande ville », le système multi-couches était complexe, en cours de développement, et était déployé « en fonction de la situation, de l’évaluation des menaces et des priorités ».

Participer au projet européen anti-balistique

Au mois d’août, les autorités ont aussi dû répondre aux inquiétudes quant à la protection anti-balistique dans le contexte de pénurie inquiétante de Patriot américains, seules solutions efficaces pour intercepter les Iskander-M russes. C’est un défi de taille pour la Pologne, dont la couche de défense aérienne appelée Wisła est assurée par des Patriot PAC-3 MSE, et qui en a donné plusieurs à l’Ukraine. Varsovie attend un deuxième lot de ces systèmes. « En raison des délais américains, la Pologne ne s’attend pas à les recevoir avant 2030 », informe Marek Świerczyński, expert sécurité pour le think tank indépendant Polityka Insight.

Faut-il se tourner vers des alternatives européennes ? « Les Patriots sont vus comme l’unique système opérationnel, poursuit l’expert. Du fait de sa relation de proximité avec les Etats-Unis, Varsovie ne va jamais questionner cette solution. Aussi, du fait des tensions actuelles avec Kiev, elle est sceptique vis-à-vis des initiatives ukrainiennes, comme le projet anti-missile Freyja ».

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Pourtant, la Pologne a récemment laissé entendre qu’elle rejoindrait la coalition anti-balistique européenne, destinée à développer une alternative moins chère aux Patriot. Ce, alors qu’elle ne l’avait pas intégrée à sa création en juillet, pour diverses raisons que Challenges avait détaillées. Le 13 août, le groupe d’armement public polonais PGZ a en effet organisé une réunion pour « recenser les compétences de l’industrie publique et privée, des universités et instituts de recherche polonais, et constituer une équipe capable de présenter une offre technologique concrète aux partenaires européens », explique Karol Sobczak, président de l’Association des employeurs de l’industrie de la défense, listant les compétences locales utiles : « radiolocalisation, commandement, communications, production de certains composants de missiles… ».

Fabrication de Patriot sur le sol polonais ?

Autre alternative européenne qui a animé le débat politique polonais cet été : la possibilité de créer une usine de maintenance de Patriot sur le Vieux Continent, que la Pologne accueillerait volontiers. Ce 21 août, la vice-ministre de la Défense nationale Magdalena Sobkowiak-Czarnecka a même affirmé que la Pologne était en compétition avec l’Allemagne pour accueillir une usine de production européenne de ces missiles.

Mais il est difficile d’envisager une fabrication complète sur le sol polonais à court terme, d’après les deux experts interrogés. Cela nécessiterait un transfert de technologie, puis un accord du Congrès américain… La question du développement des capacités de défense aérienne polonaise restera brûlante dans les mois à venir, alors que plusieurs médias américains ont dévoilé cet été que la Pologne ou les Baltes pourraient être la cible d’une attaque de missiles ou drones russes.