Un “jour d’unité” mais une “polarisation extrême de la société américaine”: pourquoi la présence de Zohran Mamdani aux commémorations du 11-Septembre est critiquée
Le maire de New York assistera aux cérémonies du 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre, malgré une pétition réunissant près de 110.000 signatures. Ses détracteurs invoquent ses prises de position et certaines de ses relations politiques. Des accusations qui reposent souvent sur des...
Un "jour d’unité" mais une "polarisation extrême de la société américaine": pourquoi la présence de Zohran Mamdani aux commémorations du 11-Septembre est critiquée
Publié aujourd'hui à 07h03
Lire dans l'appLe maire de New York assistera aux cérémonies du 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre, malgré une pétition réunissant près de 110.000 signatures. Ses détracteurs invoquent ses prises de position et certaines de ses relations politiques. Des accusations qui reposent souvent sur des associations contestables, estime le chercheur Romuald Sciora, qui y voit le reflet de l’extrême polarisation américaine.
Le maire de New York Zohran Mamdani a annoncé lundi 7 septembre qu'il serait présent aux commémorations des attentats du 11-Septembre, et ce malgré une pétition approchant les 110.000 signatures s'opposant à sa venue.
La décision d'inviter ou d'exclure des personnalités publiques ne relève pas de la mairie, mais du conseil d'administration du Mémorial du 11-Septembre, présidé par l'ancien maire, Michael Bloomberg, depuis 2006. La pétition est, elle, portée par Giovanni Galante, agent immobilier floridien, au nom de son épouse Grace Catherine Galante, tuée dans les attentats d'Al-Qaïda.
"Des inquiétudes ont été exprimées concernant les prises de position publiques de Zohran Mamdani, ses liens avec certaines personnes et ses réactions face à un discours que beaucoup perçoivent comme hostile à ces valeurs communes", a justifié Giovanni Galante.
Plusieurs personnalités comme l'ancien maire de New York, le républicain Rudy Giuliani, ont partagé leur hostilité à la venue de Zohran Mamdani, l'ancien édile se déclarant "offensé" par la présence de son successeur à ces commémorations et relayant au passage des théories du complot, comme l'a relevé Courrier international.
Des relations jugées problématiques
La pétition relaie une série de récriminations contre Zohran Mamdani. Parmi celles-ci, sa visite de la mosquée At-Taqwa à Brooklyn en octobre 2025 et la publication d'une photo avec l'imam Siraj Wahhaj, le qualifiant de l'un des principaux leaders musulmans du pays.
Celui-ci avait été placé par les procureurs fédéraux en 1995 sur une liste d'environ 170 "co-conspirateurs non inculpés" dans le cadre de l'attentat du World Trade Center de 1993. Mais aucune charge pénale n'a été retenue contre lui et Siraj Wahhaj. Interrogé sur cette rencontre, Zohran Mamdani a dénoncé un traitement différent en raison de sa religion, les anciens maires Michael Bloomberg et Bill de Blasio ayant également rencontré cet imam.
Le maire a également nommé Ramzi Kassem (professeur de droit à la City University of New York et ancien conseiller à la Maison Blanche sous l'administration Biden) comme Chief Counsel de la mairie de New York, prenant ses fonctions le 1er janvier 2026.

Ses détracteurs lui reprochent d'avoir été l'avocat principal d'Ahmed Al-Darbi, détenu à Guantánamo, qui a plaidé coupable en 2014 d'avoir aidé à planifier l'attentat d'Al-Qaïda de 2002 contre un pétrolier français au Yémen.
Concernant d'autres relations jugées incriminantes par la pétition, Romuald Sciora directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l'Iris explique: "Il a eu des fréquentations plus radicales, mais il s'est depuis désolidarisé et a lui-même été très clair dans ses condamnations".
Zohran Mamdani a explicitement condamné certains propos, notamment ceux de l’influenceur Hasan Piker qui affirmait que les États-Unis avaient "mérité" le 11-Septembre.
Des reproches similaires à ceux adressés pendant sa campagne
Demeure le slogan "Mondialiser l'intifada" ("soulèvement" en français, NDLR), qui avait fait grand bruit durant sa campagne électorale en juin 2025. Pressé à plusieurs reprises de condamner ce slogan, il a formellement refusé et justifié sa position en déclarant que ce n'est pas le rôle du maire de "policer le langage". Défendant l'utilisation du terme comme un "désir désespéré d'égalité" des militants pro-palestiniens, il a toutefois ajouté: "Ce n'est pas un langage que j'utilise".
"C'est une maladresse politique de sa part, même s'il est important de rappeler que ce n'est en aucun cas un appel au terrorisme", recontextualise Romuald Sciora, auprès de BFM.
Pour le chercheur, cette polémique, fondée en grande partie sur des rapprochements entre Zohran Mamdani et son entourage, relève d’une logique de culpabilité par association et s’inscrit dans l’offensive politique menée par Donald Trump et les Républicains.
"Ses détracteurs jouent majoritairement sur son identité musulmane. En tant que musulman américain, il doit montrer deux fois plus que les autres qu'il est américain, et non un potentiel traître", affirme-t-il.
"Contrairement à ce dont il est accusé, Zohran Mamdani n'a jamais tenu de propos antiaméricain ou antisémite", assure le chercheur qui évoque des "inquiétudes" relevant du "racisme et de la xénophobie".
Jour "d'unité nationale"
La controverse s’est doublée de l’annonce de l’absence de Donald Trump sur place. Selon plusieurs médias, le président aurait renoncé à s’y rendre après que les organisateurs lui ont refusé la possibilité de prononcer un discours. La Maison-Blanche conteste cette version et affirme que son choix de participer à la cérémonie organisée au Pentagone est sans lien avec ce refus.

New York : Mamdani élu maire, cuisant revers pour Trump – 09/11
5:52
"Ce jour d'unité nationale montre la polarisation extrême de la société américaine", en proie à "une guerre civile froide", d'après le politologue.
L'organisation maintient en effet une tradition strictement apolitique: les responsables gouvernementaux sont invités à assister à la cérémonie en tant que témoins silencieux. Depuis 2012, une règle formelle interdit à tout politicien de prononcer un discours, réservant la lecture des noms exclusivement aux familles des victimes. Le musée a finalement confirmé son intention de maintenir cet événement hors de la politique, n'ayant jamais banni un maire en exercice.
"Je respecte l’avis des familles des victimes du 11-Septembre (…), à savoir qu’elles ne veulent pas qu’il assiste aux cérémonies. Au cours des 25 dernières années, certains maires et gouverneurs n’ont vraiment rien fait pour aider les familles des victimes du 11-Septembre. Ils n’ont jamais été interdits d’accès. Vous savez, c’est une période très difficile", a déclaré à CBS News Dennis McKeon, organisateur de commémorations à Staten Island.
Mamdani dévoile des documents sur la toxicité de l'air
Mardi pourtant, Zohran Mamdani a annoncé, au terme d'un accord judiciaire avec l'association 9/11 Health Watch, rendre publiques des documents qui prouvent que la Ville de New York a caché des informations sur la toxicité de l'air après les attentats du 11-Septembre. Plus de 9.400 personnes sont mortes des suites de maladies liées à leur exposition à la pollution qui a suivi l'effondrement des tours jumelles, selon le programme fédéral mis en place pour assurer le suivi médical des citoyens exposés.
Ces documents, publiés progressivement, pourraient mettre en cause la gestion de ses prédécesseurs Rudy Giuliani et Michael Bloomberg, qui étaient en responsabilité respectivement au moment des attaques et à partir de 2002.
Cité par l'AFP, le directeur de l'association 9/11 Health Watch, Ben Chevat a remercié Zohran Mamdani d'être "le premier maire, en 25 ans, à commencer enfin à répondre à la question: 'Que savait la Ville des dangers liés au nuage toxique à Ground Zero, et quand en a-t-elle eu connaissance?'".
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