Un examen du permis de conduire sans voiture, mais avec beaucoup d’imagination en Afghanistan - L’Auto-Journal
Une vidéo où un candidat mime son examen du permis de conduire en Afghanistan amuse les réseaux sociaux. Derrière cette scène surréaliste, un système de permis corrompu et inégalitaire pèse lourd sur la sécurité des routes.
Une vidéo où un candidat mime son examen du permis de conduire en Afghanistan amuse les réseaux sociaux. Derrière cette scène surréaliste, un système de permis corrompu et inégalitaire pèse lourd sur la sécurité des routes.
En France, l’examen du permis de conduire fait trembler bien des élèves. Il faut d’abord valider le code, après de longues heures de révisions. Puis affronter une épreuve pratique truffée de fautes éliminatoires, sous l’œil d’un inspecteur. Au point que la Sécurité routière a réfléchi récemment à alléger un peu cette étape. Et pourtant, vu d’Afghanistan, notre examen paraît presque luxueux.
Dans d’autres pays, l’obtention du précieux sésame reste bien moins lourde. Aux États-Unis par exemple, la procédure est réputée plus simple et moins exigeante. Et là, l’Afghanistan pousse la logique à l’extrême. Depuis deux ans, une vidéo y circule où un "élève" passe son "examen du permis de conduire"… sans voiture. Assis sur une simple chaise, il mime le volant, les pédales et le passage des vitesses. L’examen consiste alors à "mimer" ce qu’il ferait au volant. Faute de budget ou de temps pour organiser une vraie épreuve pratique. La scène fait penser à un vieux sketch des Monty Pythons. Et derrière le gag, le permis de conduire afghan cache un tout autre visage.
En Afghanistan, un examen du permis de conduire souvent théorique
Sur le papier, le permis de conduire afghan ressemble à n’importe quel autre. La loi impose un permis pour conduire. Il est délivré à partir de 18 ans, après un examen écrit puis un test sur route. On retrouve même la trace d’épreuves pratiques organisées à Kaboul il y a une dizaine d’années. En réalité, il est aujourd’hui très difficile de savoir comment se déroule exactement l’examen du permis de conduire. Les scènes comme celle de la vidéo semblent surtout provenir de régions rurales. Là, on compose avec les moyens du bord. Une enquête menée en 2014 révélait qu’au moins 60 % des automobilistes du pays. Ils n’avaient jamais passé le moindre examen de conduite.
Beaucoup obtiennent leur titre de conduite grâce à des intermédiaires qui se chargent de tout contre un bakchich. Le tarif officiel du permis tourne autour de 720 afghanis, soit environ 12 dollars, près de 11 €. Par des "agents", le même permis pouvait coûter jusqu’à 8 000 afghanis à Kaboul, deux fois moins en province. Sous le régime actuel, des témoignages font état de sommes encore plus élevées, autour de 10 000 afghanis. Les permis et autorisations de circuler peuvent même être livrés directement à domicile, sans véritable examen. Dans certaines villes, les autorités ont en parallèle gelé la délivrance de permis aux femmes. Elles ont aussi demandé aux auto-écoles d’arrêter leur formation. Un permis déjà difficile d’accès devient alors quasiment hors de portée pour une partie de la population.
Quand le permis "blague" pèse sur la sécurité routière en Afghanistan
Ces facilités d’accès à la route ne restent pas sans conséquences. Sur trois ans, les autorités afghanes ont enregistré 10 520 accidents de la route. Ils ont fait 4 471 morts et 12 917 blessés dans tout le pays. Pour une seule année à Kaboul, on parle de 871 accidents, près de 250 morts et presque 1 000 blessés. Les services chargés du trafic citent régulièrement la mauvaise qualité de conduite comme cause majeure de ces drames. Sur la route reliant Kaboul à Hérat, deux accidents récents ont été recensés. Ils ont causé à eux seuls près de 100 morts et plus de 30 blessés en un mois. Dans un hôpital de Kaboul, des soignants parlent d’accidents multipliés par cinq depuis la prise de pouvoir des talibans. Un rythme qui illustre brutalement le coût d’un système de permis de conduire largement contourné.
Pendant ce temps, les candidats français redoutent toujours la moindre erreur de trajectoire ou de rétrovision. Le débat porte chez nous sur la possibilité de retirer certains motifs d’élimination, pour rendre l’épreuve un peu moins stressante. En Afghanistan, un prétendu examen peut se résumer à quelques gestes mimés sur une chaise. Il peut aussi passer par un simple paiement en liquide, sans volant ni pédales. Derrière la vidéo qui fait sourire, l’écart entre les deux systèmes raconte une autre histoire. Un pays où la voiture reste indispensable, mais où la formation des conducteurs ne suit pas toujours.