Un chômeur se lance dans la traque des offres d’emploi fictives et parvient à en faire supprimer 60 000 en deux ans. Il fustige le laxisme des plateformes face à ce fléau qui frappe les demandeurs d’emploi
Un justicier autoproclamé surnommé « The Profiler » s'est donné pour mission de traquer les fausses offres d'emploi sur Internet. Ces annonces fictives servent des objectifs insidieux et font des ravages parmi les demandeurs d'emploi. Depuis 2023, The Profiler a réussi à faire supprimer près de 60 000 offres d'emploi visant à dérober les données personnelles ou l'argent des candidats. Les cybercriminels utilisent des techniques sophistiquées, telles que l'IA ou le détournement de comptes vérifié
Un justicier autoproclamé surnommé « The Profiler » s'est donné pour mission de traquer les fausses offres d'emploi sur Internet. Ces annonces fictives servent des objectifs insidieux et font des ravages parmi les demandeurs d'emploi. Depuis 2023, The Profiler a réussi à faire supprimer près de 60 000 offres d'emploi visant à dérober les données personnelles ou l'argent des candidats. Les cybercriminels utilisent des techniques sophistiquées, telles que l'IA ou le détournement de comptes vérifiés, pour piéger des demandeurs d'emploi vulnérables. Les emplois fantômes s'ajoutent aux nombreux défis auxquels sont confrontés les demandeurs d'emploi.
Jay Jones est un habitant de la région de Chicago qui en a marre des fausses offres d'emploi sur Internet. Ces leurres sont devenus un véritable défi pour les travailleurs. Rédacteur publicitaire au chômage et lui-même à la recherche d’un emploi, il traque désormais les escroqueries qui prolifèrent et ciblent les demandeurs d’emploi partout dans le monde. Cette mission a entraîné Jay Jones dans les bas-fonds du marché de l’emploi en ligne.
Depuis son licenciement d'un poste dans la publicité à la fin de l'année 2023, Jay Jones, qui se surnomme « The Profiler », passe chaque jour plusieurs heures à fouiller Internet pour débusquer les emplois fantômes. En deux ans d'enquêtes intensives, il a contribué à faire supprimer environ 60 000 fausses offres d'emploi, la plupart hébergées sur la plateforme LinkedIn de Microsoft. Il a aussi signalé près de 7 000 profils LinkedIn frauduleux.
Selon lui, l'exposition de ces réseaux suffit souvent à les faire disparaître, résumant ainsi son action : « vous mettez la lumière et les cafards s'enfuient ». Sa traque intervient dans un contexte économique difficile où plus d'un quart des chômeurs américains recherchent un emploi depuis plus de six mois.
Les mécanismes des escroqueries et l'usurpation d'identité
Les méthodes employées par les escrocs reposent largement sur l'usurpation d'identité et la création de faux profils en série. Jay Jones a identifié des séries de comptes créés en masse sous la même identité, mais associés à des rôles et des localisations différents, avant de voir ces liens disparaître après qu'il les a dénoncés publiquement. Une autre tactique très répandue consiste à détourner des comptes LinkedIn vérifiés devenus inactifs.
Selon les enquêtes menées par Jay Jones, les fraudeurs prennent le contrôle des comptes inactifs, modifient leur historique professionnel et s'affichent comme recruteurs pour des entreprises légitimes. Ce procédé a par exemple touché le cabinet Argenta Talent Acquisition, dont le nom s'est retrouvé associé au profil d'un dentiste chilien. La dirigeante de l'entreprise, Kelley Barcus, a vivement réagi : « c'est ma marque, c'est ma réputation ».
En outre, les escrocs peuvent publier des offres d’emploi prétendument légitimes via de véritables pages d’entreprise avant de rediriger les candidats vers des sites Web ou des adresses e-mail externes. Cela rend ces arnaques particulièrement difficiles à repérer pour les demandeurs d’emploi. Un profil peut paraître authentique, afficher un badge de vérification et même sembler lié à une véritable entreprise, tout en étant contrôlé par un escroc.
Les escrocs auxquels il a été confronté utiliseraient également l'IA pour améliorer leurs approches. Plutôt que d'envoyer des messages identiques à des milliers de personnes, ils personnalisent leurs arguments de recrutement en fonction des informations contenues dans le CV ou le profil LinkedIn d'une personne.
Les faiblesses des plateformes et la réaction de LinkedIn
Une arnaque courante consiste à dire à un demandeur d'emploi que son CV doit être amélioré, avant de lui proposer une aide professionnelle, parfois contre rémunération. D’autres escroqueries visent à obtenir des informations bien plus précieuses, dont les détails du permis de conduire, les numéros de Sécurité sociale et d’autres données personnelles qui sont susceptibles d’être utilisées à des fins d’usurpation d’identité dans des campagnes futures.
Il en résulte une escroquerie qui, à première vue, peut sembler pratiquement impossible à distinguer d’un véritable entretien de recrutement. Pour certains utilisateurs, LinkedIn et d'autres sites de publications d'annonces n'en font pas assez pour éradiquer ce phénomène. « LinkedIn s'en moque, car l'ensemble du site n'est qu'une manœuvre frauduleuse visant à inciter les utilisateurs à payer pour un accès premium », a écrit un commentateur.
Même les pages vérifiées de grandes entreprises comme Hyundai Motor ou Capital One ont été infiltrées par des annonces frauduleuses menant vers des sites externes non affiliés et incitant les candidats à envoyer leurs CV par courriel. LinkedIn met en avant ses outils automatisés qui auraient bloqué près de 90 millions de faux comptes au second semestre 2025, tout en développant de nouvelles fonctionnalités de sécurité et de sensibilisation.
Toutefois, les procédures de signalement imposent parfois un délai de 14 jours aux comptes incriminés pour répondre ou mettre à jour leurs informations. Jay Jones a critiqué cette indulgence : « les escrocs ne méritent pas la justice », qualifiant ces pratiques de « terrorisme économique ». LinkedIn prévoit d'introduire un outil permettant aux employeurs vérifiés de dissocier immédiatement les profils non autorisés rattachés à leur organisation.
Le quotidien d'une quête personnelle
Dans le cadre d'une enquête menée auprès de 1 641 responsables de recrutement, Resume Builder a constaté que « 40 % des employeurs avaient publié de fausses offres d'emploi en 2024 et que trois sur dix avaient des emplois fantômes affichés sur les sites de publication d'offres d'emploi. Selon le rapport, « l'idée d'afficher de telles offres est principalement venue des ressources humaines, puis des cadres supérieurs et des dirigeants ».
Bien que les annonces aient été publiées sur plusieurs plateformes de recrutement, la majorité d'entre elles sont apparues sur LinkedIn et sur les sites Web des entreprises. Cette tendance a de graves conséquences pour les demandeurs d'emploi déjà confrontés à de grands défis sur un marché tendu.
Cette pratique pose un problème éthique majeur, car elle induit en erreur les candidats ainsi que les autorités, en donnant l’illusion que des postes existent réellement. Cela entraîne un gaspillage de ressources pour les candidats, qui participent à des entretiens sans aucune chance d’être recrutés, alimentant ainsi un cercle de frustration et de démoralisation. Les emplois fantômes font des ravages parmi les travailleurs de la technologie.
Pour Jay Jones, la traque des emplois fantômes dépasse le simple projet secondaire et rythme désormais l'ensemble de son quotidien. Tout en continuant à chercher un emploi stable, il finance son travail en conduisant pour Uber, en formant des professionnels de la cybersécurité, en vendant des vêtements portant et en sollicitant des dons en ligne. Jay Jones consacre une énergie considérable à assainir le marché du recrutement en ligne.
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