thejournalofsierraleonestudies.com

« Un cadeau de Noël qui se transforme en film d’horreur » : rescapé d’un crash d’avion mais très grièvement brûlé, ce couple niçois pointe du doigt le pilote

Un pilote accablé de reproches, un couple très grièvement brûlé, une passagère tuée : le crash d’un avion parti de Cannes-Mandelieu, fin 2022 à Barcelonnette, a donné lieu à un procès chargé de tensions et d’émotion, ce jeudi 24 septembre 2026 à Digne. Tous les protagonistes sont niçois.

Un ciel bleu azur immaculé, des montagnes drapées de blanc, des arbres préservés des caresses du vent. La météo est optimale, le décor majestueux. Rien ne laisse présager du drame qui va endeuiller l’aérodrome de Barcelonnette Saint-Pons, ce 28 décembre 2022, sur les images vidéo projetées à l’audience.

Soudain, la sihouette du Socata TB21 immatriculé n229GC se dessine au loin. L’avion de tourisme parti à 10 h18 de l’aéroport de Cannes-Mandelieu vers les Alpes-de-Haute-Provence va vite. Trop vite selon les témoins. Il file devant l’un d’eux, qui filme la scène. Les roues touchent la piste. Un rebond, puis deux, puis trois. L’avion sort du champ de la caméra.

11 h 02. Une explosion retentit. Des flammes jaillissent dans la forêt. L’avion s’est crashé. Un mort. Trois blessés grièvement brûlés, tous niçois. Et un procès chargé de tensions, autant que d’émotions, ce jeudi 24 septembre 2026, devant le tribunal correctionnel de Digne-les-Bains.

Tandis que passent et repassent les images de cet atterrissage fatal, Xavier passe un bras sur les épaules de Barbara. Il a 38 ans, elle 35. Ils se sont connus sur la plage, à Nice, seize mois avant le drame. Ils sont fous amoureux, avaient alors la vie devant eux.

Alors, pour ce Noël 2022, Xavier a offert à Barbara un « cadeau surprise » : un vol pour Barcelonnette, sur les traces de leur « tout premier week-end ensemble. » Xavier l’a réservé via la plateforme Wingly, équivalent aérien de BlaBlaCar.

Le jeune couple embarque avec Pierre-Yves M.. Un quinqua, Niçois lui aussi, ingénieur de profession. Il compte à son actif 637 heures de vol, dont 140 sur Socata. Pierre-Yves M. présente bien, inspire toute confiance à Xavier.

Le pilote invite sa compagne, Meriem Brahimi, 41 ans, à prendre place à ses côtés. Elle seule succombera au crash. Son frère Méraoune, avocat au barreau de Nice, plaide en sa mémoire.

Le jeune couple qui a pris place à l’arrière sera brûlé à 55 %. « C’est un cadeau de Noël qui se transforme en film d’horreur », dixit son avocat, Me Nicolas Gemsa.

« Trop vite, trop long »

Le matin du drame, l’avion parti de Cannes franchit le col d’Allos avant d’amorcer sa descente vers Barcelonnette. La piste, longue de 720 mètres, est réputée difficile. Pierre-Yves M. y a déjà atterri, mais jamais encore aux commandes. Cette première va s’avérer désastreuse.

Après avoir franchi le col d’Allos, le Socata amorce une descente rapide. « L’avion arrive trop vite, avec un atterrisage trop long », estime le témoin qui l’a filmé. Le Bureau d’Enquête et d’Analyses (BEA) ne dit pas autre chose. « Trop vite, trop pentu, trop lourd », résume la présidente du tribunal, Sarah Meziani-Gimenez.

« Effectivement, je suis parti d’un peu haut, convient Pierre-Yves M. J’ai atterri un peu plus loin que je ne pensais. » Quand les roues touchent le bitume une première fois, un tiers de la piste est déjà derrière lui. Pour le BEA, l’avion s’est posé à 110 noeuds (plus de 200 km/h), quand la vitesse recommandée est de 73 (135 km/h).

« Il a laissé brûler ses passagers »

Parvenu à mi-piste, le pilote repère une « barre de neige » au loin. « Et là, je me dis : “On va se le prendre”. Alors j’ai fait une remise de gaz. » Mais son train d’atterrisage accroche la congère. L’avion part sur le côté. Il s’en va percuter un arbre. Et s’embrase aussitôt.

Crash évité de justesse à l’aéroport de Nice : les investigations ciblent le balisage des pistes, le point sur l’enquête après une reconstitution

À cet instant, la passagère a déjà subi un traumatisme crânien fatal. Mais quelle a été l’attitude du pilote ? « Je me suis évanoui, assure l’intéressé. Quand je me réveille, je ne vois personne autour de moi. Je me suis mis à quatre pattes dans la neige pour éteindre les brûlures. »

Les autres rescapés livrent une tout autre version. « Il nous a laissés brûler vifs, et il a laissé sa compagne brûler dans l’avion », assène Xavier Marovelli. « Il a sauvé sa peau et a laissé brûler ses passagers », renchérit Me Gemsa.

5 ans de prison dont 4 avec sursis requis

Si sa réaction post-crash électrise les débats, le pilote répond des erreurs qui l’ont précédé. Il est jugé pour « homicide et blessures involontaires par violation d’une obligation de sécurité et de prudence ». Pourquoi n’a-t-il, ainsi, jamais demandé leur poids à ses passagers, afin de calculer la masse au décollage et à l’atterrissage ?

Mes Solal Fitoussi et Patrick De La Grange ont défendu le pilote rescapé du crash
Mes Solal Fitoussi et Patrick De La Grange ont défendu le pilote rescapé du crash
cirone christophe / Nice-matin

Antoine Pesme, le procureur de la République de Digne, fustige « un atterrissage mal préparé et mal réalisé (...) La vitesse n’était pas conforme, la pente n’était pas conforme, et la masse, au mieux, pas vérifiée. » Le procureur requiert 5 ans de prison, dont 4 avec sursis.

« Extrêmement sévère, sur la base d’un dossier aussi mal fichu », rétorque la défense, qui plaide la relaxe. Point par point, Me Patrick De La Grange s’attache à démontrer que le pilote n’a commis aucune faute caractérisée. « Il est seul contre tous, décrit comme un monstre. Mais il est victime lui aussi. Il a été brûlé à 33 %, a passé un an à l’hôpital... », souligne Me Solal Fitoussi.

« Je suis dévasté, de tout coeur avec vous », s’étrangle Pierre-Yves M. en se tournant vers les autres rescapés. Des excuses trop tardives à leur sens, et inaudibles face à tant de souffrance. Le tribunal rendra sa décision le 22 octobre 2026.