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“Un besoin critique de systèmes de défense antiaérienne” : l’Ukraine s’attend à vivre l’hiver le plus difficile depuis le début de la guerre avec la Russie

France Télévisions Publié le 14/09/2026 06:03 Mis à jour le 14/09/2026 07:36 Temps de lecture : 5min ...

France Télévisions

Publié le 14/09/2026 06:03

Mis à jour le 14/09/2026 07:36

Temps de lecture : 5min

Des électriciens utilisent une nacelle pour réparer des lignes électriques dans le village de Myla (Ukraine), le 31 août 2026. (TARASOV / NURPHOTO / AFP)
Des électriciens utilisent une nacelle pour réparer des lignes électriques dans le village de Myla (Ukraine), le 31 août 2026. (TARASOV / NURPHOTO / AFP)

Kiev n'a plus les moyens d'intercepter les missiles et drones visant son système énergétique. De quoi faire craindre des coupures de chauffage et des pénuries de nourriture.

Il fait largement au-dessus des 20°C à Kiev, en ce début septembre, mais les Ukrainiens pensent déjà aux mois les plus froids de l'année. Le sujet de l'aide militaire et humanitaire "pour passer l'hiver" était au cœur d'une visite en Norvège de Volodymyr Zelensky, mercredi 9 septembre, selon les mots qu'il a publiés sur les réseaux sociaux. "L'Ukraine a un besoin critique de systèmes de défense antiaérienne et d'autres formes de soutien militaire", ajoutait le chef de l'Etat.

Un constat partagé par la population ukrainienne, qui a encore en tête les difficultés de l'hiver 2025-2026. Le pays avait subi des températures historiquement basses, notamment lors d'une vague de froid courant février qui avait fait chuter le mercure sous les -20°C à Kiev. Dans le même temps, la Russie avait intensifié ses frappes contre le système énergétique ukrainien, détruisant des centrales thermiques et des sous-stations électriques. Dans les grandes villes, où les réseaux d'eau chaude et de chauffage sont souvent collectifs, de nombreux habitants avaient passé de longues journées dans le froid.

Pour les mois à venir, les autorités s'attendent à une nouvelle campagne russe encore plus intense. A Kiev, plus de 200 000 habitants ont été ajoutés à des listes prioritaires d'évacuation en cas de coupure prolongée de chauffage, rapporte le média ukrainien Suspilne : 160 000 adultes handicapés, 16 000 enfants handicapés et 26 000 personnes seules. La Russie, qui a encore intensifié ses frappes sur le système énergétique du pays au cours des derniers mois, ne cache pas ses objectifs. "Les forces armées russes ont entamé la préparation de frappes massives contre les installations du secteur énergétique de l'Ukraine en réponse aux attaques continues du régime de Kiev", avait précisé le ministère de la Défense russe sur Telegram, le 30 août.

Malgré l'enlisement de la guerre et la campagne de frappes ukrainiennes sur le territoire russe, Moscou intensifie ses bombardements. "Les Russes ont une capacité encore plus importante pour frapper que l'année dernière, notamment avec des missiles balistiques", souligne Ulrich Bounat, auteur de La Guerre hybride en Ukraine, quelles perspectives ?. Les frappes ne se limitent plus seulement aux centrales thermiques. "L'armée vise désormais aussi les systèmes de traitement de l'eau", ajoute le spécialiste.

Avant même les premiers flocons, les capacités énergétiques du pays sont largement entamées. L'Ukraine disposait de plus de 50 gigawatts (GW) de capacités de production électrique avant l'invasion russe. Elles sont tombées sous les 10 GW au sortir de l'hiver 2026, selon le ministre de l'Energie ukrainien, Denys Shmyhal, interrogé par PV magazine. Le gouvernement espère faire remonter les capacités à 21,4 GW d'ici à la fin de l'année, expliquait le ministre au média ukrainien The Page fin août.

Les autorités ukrainiennes se veulent rassurantes. "Je ne vois aucune raison de dire que nous allons faire face cet hiver à un effondrement sans précédent. [...] Ce sera un hiver difficile, mais rien de fondamentalement nouveau", expliquait le patron du réseau d'électricité ukrainien Ukrenergo, Volodymyr Kudrytskyi, à Liga. Plus de quatre ans et demi après le début du conflit, "l'Ukraine a acquis de nombreuses compétences, elle sait désormais réparer les installations très rapidement", explique Ulrich Bounat.

Pour préparer l'hiver, le gouvernement de Volodymyr Zelensky a annoncé en juin un plan visant notamment à protéger et décentraliser le système énergétique ukrainien. "Les autorités cherchent à installer des énergies renouvelables, des panneaux solaires et des éoliennes, mais aussi des petites centrales à gaz, qui sont beaucoup plus difficiles à détruire" que les grandes centrales, détaille Ulrich Bounat. S'y ajoutent la multiplication des groupes électrogènes et le renforcement de la protection des infrastructures électriques, grâce notamment à des équipements en béton.

Mais la mise en place du plan patine, explique une enquête du Kyiv Independent publiée début septembre. La faute à un manque de fonds. Les autorités n'ont réussi à budgéter que 1,2 milliard d'euros sur les 5,4 milliards nécessaires à son développement, précise le média. Le gouvernement ne peut pas puiser dans les prêts européens fléchés vers d'autres programmes, "laissant les gouvernements locaux sans argent en difficulté pour mettre en place les mesures".

Tous ces efforts pourraient être vains si l'Ukraine ne parvient pas à protéger son ciel. La Russie a ainsi intensifié sa production de missiles balistiques ces derniers mois, alors que, dans le même temps, Kiev fait face à une pénurie d'intercepteurs. Le chiffre exact n'est pas public, pour ne pas donner d'informations à la Russie. Volodymyr Zelensky cherche notamment à refaire son stock de missiles intercepteurs Patriot. L'autorisation pour en produire sur le sol ukrainien, promise par Donald Trump en juillet, ne s'est pas encore matérialisée. Quelques SAMP/T, alternative franco-italienne au système américain Patriot, sont bien en cours de la livraison par la France, mais ceux-ci sont moins efficaces.

En attendant, les alliés de l'Ukraine multiplient les annonces. Londres a ainsi promis de débloquer 100 millions de livres (116,5 millions d'euros) à destination de la défense aérienne, mardi. Trois jours plus tard, c'était au tour du Canada d'annoncer une enveloppe de 350 millions de dollars canadiens (218 millions d'euros) pour aider à l'achat des Patriot.

Toutes les infrastructures ne pourront pas être protégées. Les grandes centrales thermiques de Kiev sont par exemple très vulnérables, car trop grandes pour être totalement défendues. "De toute façon, avoir des centrales qui fonctionnent ne suffit pas, il faut qu'elles aient un réseau de sous-stations en état de marche derrière", relève Ulrich Bounat. Ces infrastructures, qui permettent de transformer le courant pour le distribuer aux villes, sont justement visées par la Russie. Moscou s'appuie sur des drones à réaction, beaucoup plus rapides que les Shahed classiques. Kiev, qui détruisait 90% des drones iraniens, a un taux de réussite de seulement 30% pour ces nouveaux engins, rapporte The Economist.

L'eau chaude, souvent produite par des centrales et distribuée aux habitations, pourrait venir à manquer dans les grandes villes. A Kiev, approximativement 2 500 des 15 000 bâtiments de la capitale ne disposent d'aucun système de chauffage d'appoint, relevait une analyse technique publiée par Oleksandr Kharchenko, directeur du Centre d'études de l'énergie.

Pour pallier les difficultés, les alliés de Kiev peuvent lui fournir "des turbines à gaz, comme l'Allemagne le fait déjà, pour décentraliser le réseau, explique Ulrich Bounat. On peut ajouter des groupes électrogènes, des pièces détachées, du conseil...". Les pays européens peuvent aussi fournir de l'électricité directement à l'Ukraine, le pays étant raccordé au réseau européen depuis mars 2022. Mais l'interception des missiles et drones russes prime.

"Vous pouvez remplacer un transformateur, mais s'il est détruit trois jours après… D'autant que les Russes visent aussi les unités qui réparent les centrales touchées."

Ulrich Bounat, analyste géopolitique spécialiste de la Russie

à franceinfo

L'énergie n'est pas le seul motif d'inquiétude de la population ukrainienne. "Les Russes frappent toute la chaîne de transport, des lieux où les marchandises sont stockées à la manière dont elles sont acheminées", observait ainsi fin août le premier vice-ministre chargé de la Reconstruction, des Infrastructures et des Transports, Serhiy Derkach, rapporte Le Monde. "L'ennemi tente délibérément de détruire les infrastructures logistiques qui approvisionnent les villes ukrainiennes en nourriture", détaillait le ministre de l'Agriculture, Taras Vysotsky, au Guardian. Dans les supermarchés, les rayons vides se multiplient. Des scènes peu communes jusqu'à maintenant, faisant craindre des pénuries plus vastes cet hiver.

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