Ukraine, Iran, Otan : ce que le directeur de la CIA est allé négocier secrètement en Russie
John Ratcliffe s'est rendu mardi 25 août en Russie. Le directeur de la CIA, qui s'est entretenu avec des responsables du renseignement russe mais n'a pas rencontré Vladimir Poutine, a délivré des messages à ses homologues sur deux dossiers majeurs.
Une "visite de routine". Voilà comment Donald Trump a qualifié mercredi 26 août le déplacement à Moscou qu'a effectué la veille le directeur de la CIA, John Ratcliffe. Lors d'une interview radio, le président américain n'a pas précisé pourquoi le patron des espions s'était rendu en Russie, mais a indiqué que cela pourrait s'avérer utile. "ll pourrait en sortir quelque chose. Nous travaillons d’arrache-pied pour mettre fin à cette guerre", a déclaré le dirigeant à l’émission de Glenn Beck, en référence à la guerre en Ukraine.
La Russie a confirmé ce voyage, mais a également été peu loquace sur les raisons. Selon le Kremlin, John Ratcliffe s'est entretenu avec des responsables du renseignement russe mais n'a pas rencontré Vladimir Poutine. Dmitri Peskov a indiqué aux journalistes que le président russe avait été informé des résultats des entretiens avec John Ratcliffe, mais a refusé de fournir davantage de détails. "Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il y a eu des contacts par l'intermédiaire des services de sécurité. Je peux vous dire qu'il n'y a eu aucune rencontre avec le président russe. Naturellement, le président Poutine est tenu informé de tout sans délai", a-t-il déclaré.
Dissuader d'une attaque contre un pays de l'Otan…
Plusieurs médias américains ont quant à eux donné des détails sur les motifs de cette visite éclair, où le patron du service de renseignement n'est resté qu'environ quatre heures. Selon plusieurs sources proches du dossier interrogées par CBS News, le voyage avait pour but d'avertir la Russie de ne pas attaquer les Etats membres de l'Otan, alors que les services de renseignement américains estiment que Vladimir Poutine pourrait tenter de tester la détermination de l'Otan en lançant une attaque limitée contre un pays allié dans les prochaines années. Le Wall Street Journal a été le premier média à rapporter l'avertissement lancé depuis Moscou par John Ratcliffe de ne pas attaquer l'Otan.
Politico avance également les mêmes raisons. Selon ce média, qui a interrogé deux personnes au fait du dossier et un responsable britannique au courant du voyage, le directeur de la CIA a averti les responsables russes à Moscou de ne pas aggraver le conflit avec les alliés américains de l'Otan, en particulier avec les pays baltes, l'Estonie, la Lettonie et la Lituanie, en réponse à l'invasion de l'Ukraine par Moscou. "Sa rencontre visait principalement à mettre en garde la Russie contre toute escalade des tensions avec les Etats baltes", a déclaré une source proche du dossier à Politico.
Ces dernières semaines, la Russie a proféré une série de menaces contre les pays de l'Alliance atlantique qui soutiennent l'Ukraine, faisant craindre que Moscou ne recoure à de nouvelles mesures de guerre hybride agressives ou à des actions militaires limitées contre les alliés de l'Otan, notamment le Royaume-Uni.
… et presser Poutine de réduire son soutien à l'Iran
Un autre conflit, cette fois au Moyen-Orient, était au menu du déplacement non annoncé de John Ratcliffe : la guerre en Iran. Le chef des services de renseignement américains a mis en garde contre des sanctions supplémentaires si le détroit d'Ormuz ne rouvrait pas à la navigation, ont indiqué à CBS News des sources proches du dossier. Politico rapporte également que le patron de la CIA a profité de ce voyage dans la capitale russe pour faire pression sur Vladimir Poutine afin qu’il réduise son soutien militaire et économique à l'Iran.
Donald Trump n'a pas confirmé ces informations. Interrogé pour savoir si le chef de la CIA, l'un de ses plus proches conseillers, s'était rendu à Moscou pour discuter d'une éventuelle action russe visant à tester l'alliance militaire de l'Otan ou pour évoquer les sanctions contre l'Iran, le dirigeant américain a répondu : "Rien de tout cela. Il est là-bas, vous savez, c'est une visite de routine."
Ce déplacement à Moscou est le dernier exemple en date de la façon dont Donald Trump a fait appel à son directeur de la CIA afin de l'aider à gérer des négociations diplomatiques tendues avec un adversaire des Etats-Unis. John Ratcliffe s'était également rendu secrètement à Cuba en mai dernier. Il avait alors averti le régime communiste du pays qu'il devait entreprendre des réformes fondamentales sous peine de subir des pressions américaines.