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UE - Chine : Paris et Berlin veulent doter Bruxelles d’une nouvelle arme commerciale

Alors que l’UE et la Chine sont engagées dans d'âpres négociations commerciales de la dernière chance, Paris et Berlin proposent un outil censé permettre à Bruxelles de riposter beaucoup plus vite face aux pratiques jugées déloyales.

Commerce international. Alors que l’UE et la Chine sont engagées dans d'âpres négociations commerciales de la dernière chance, Paris et Berlin proposent un outil censé permettre à Bruxelles de riposter beaucoup plus vite face aux pratiques jugées déloyales.

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Publié le 06/10/2026 à 13:42

Emmanuel Macron et Friedrich Merz proposent de doter Bruxelles d’un nouvel outil, dans le but de permettre une réaction beaucoup plus rapide contre les pratiques commerciales de la Chine.

Friedrich Merz et Emmanuel Macron proposent de doter Bruxelles d’un nouvel outil, dans le but de permettre une réaction beaucoup plus rapide contre les pratiques commerciales de la Chine.

EPA via MaxPPP

Paris et Berlin veulent muscler l’arsenal commercial européen, pour contrer la vague d’imports chinois à petit prix. Dans une lettre envoyée lundi 5 octobre à la Commission européenne, Emmanuel Macron et Friedrich Merz proposent de doter Bruxelles d’un nouvel outil, dans le but de permettre une réaction beaucoup plus rapide contre les pratiques commerciales de la Chine. Et de passer, s’il le faut, par une "coupure immédiate du marché intérieur si nécessaire", écrivent-ils dans ce document consulté par le Wall Street Journal (WSJ) et The Economist. L’objectif de cette arme, qui n’existe pas encore pour l’heure, serait d’abaisser le seuil nécessaire pour bloquer certains produits, et de permettre à l’UE de fermer dans certains cas son marché à des produits chinois, en quelques jours seulement.

Ce projet a été rendu public alors que l’Union européenne et la Chine sont engagées cette semaine dans des négociations commerciales de la dernière chance à Pékin. Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, doit d’ailleurs s’y rendre dans les jours qui viennent pour une discussion considérée comme décisive pour la relation commerciale avec la Chine. Les dirigeants européens doivent par ailleurs se réunir la semaine prochaine, et aborder entre autres ce sujet.

Un outil proche du mécanisme américain sur les douanes

Des responsables allemands interrogés par le WSJ comparent quant à eux le dispositif au Section 301 américain, ce mécanisme qui permet à Washington d’imposer rapidement des droits de douane. Une piste envisagée par le tandem européen serait de réformer l’actuel instrument anti-coercition, créé pour permettre à l’UE de riposter par des droits de douane ou d’autres restrictions commerciales lorsqu’un pays tente de faire pression sur elle par des mesures économiques. Jamais utilisé jusqu’ici, il est jugé trop difficile à déclencher : il faut aujourd’hui l’accord de plus de la moitié des Etats membres représentant au moins 65 % de la population de l’UE.

Ce rapprochement commercial avec la France constitue un tournant important pour Berlin. Pendant des années, l’Allemagne s’est montrée réticente à durcir la politique commerciale européenne envers Pékin : elle avait notamment voté contre les droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois en 2024, rappelle The Economist. Mais la concurrence chinoise vient désormais frapper directement son industrie, tandis que Volkswagen a annoncé d’importantes suppressions d’emplois, souligne le WSJ. "Il existe désormais un large consensus sur le fait que les choses ne peuvent pas continuer ainsi", explique auprès de The Economist Oliver Richtberg, responsable du commerce extérieur de la fédération allemande de l’industrie mécanique VDMA.

Une relation commerciale sino-européenne qui s’effondre

Cette offensive commerciale arrive comme une réponse à la Chine, puisque la relation économique entre Pékin et l’Europe se dégrade à vue d'œil ces dernières années. Le déficit commercial de l’UE avec la Chine a atteint 360 milliards d’euros l’an dernier, soit plus d’un milliard de dollars par jour, selon les chiffres du WSJ. "Des secteurs importants de notre économie connaissent des hausses durables et anormales des importations", notamment les machines, le textile, les métaux de base et les produits chimiques, détaillait la semaine dernière Denis Redonnet, chargé de l’application des règles commerciales à la Commission européenne.

Pékin a déjà averti qu’un durcissement européen risquait de provoquer une riposte. Avant même la publication de la lettre franco-allemande, le ministère chinois du Commerce avait prévenu qu’une démonstration de force pendant les négociations nuirait à la confiance, rapporte The Economist. Samedi 3 octobre, la Chine a ouvert une enquête antidumping contre des exportations européennes de produits chimiques, après que l’UE a lancé trois enquêtes visant la Chine la semaine précédente. "C’est un signal politique destiné à montrer à Pékin que l’Europe, et l’Allemagne, sont sérieux", explique un responsable allemand à The Economist. Auprès du WSJ, le responsable du secteur automobile allemand Oliver Richtberg insiste toutefois : "Nous ne voulons pas d’une guerre commerciale. Nous voulons simplement des conditions de concurrence équitables en Europe."