Consternation avec la réductions des manœuvres avec Séoul
Diversion ou réelle stratégie? En ordonnant de réduire la participation des États-Unis à des manœuvres militaires avec la Corée du Sud, un allié clé en Asie, Donald Trump envoie un message déconcertant à un mom...
Diversion ou réelle stratégie? En ordonnant de réduire la participation des États-Unis à des manœuvres militaires avec la Corée du Sud, un allié clé en Asie, Donald Trump envoie un message déconcertant à un moment où l'armée américaine épuise ses ressources dans la guerre en Iran.
Le président américain a annoncé dimanche, à la veille de ces exercices annuels, réduire considérablement la participation des États-Unis, invoquant en particulier sa très bonne relation avec Kim Jong-un, le dirigeant nord-coréen, qui, selon lui, s'est montré non menaçant et respectueux.
Il a aussi fait référence à des exercices coûteux, fustigeant par ailleurs la Corée du Sud pour ne pas lui être venue en aide en Iran.
Baptisées Ulchi Freedom Shield, ces manœuvres sont conçues pour préparer les forces armées sud-coréennes et leurs alliés américains à la défense contre le Nord, qui est par ailleurs doté de l'arme nucléaire.

Des militaires sud-coréens et américains lors d'un exercice conjoint entre la Corée du Sud et les États-Unis, dans le cadre d'un exercice militaire annuel, à Yeoju, le 27 août 2025.
Photo : Getty Images / Jung Yeon-Je (AFP)
Jack Reed, principal membre démocrate de la commission des forces armées au Sénat, a qualifié cette décision du président républicain de stupide et incohérente.
La Chine et la Russie observent avec quelle facilité le président abandonne les alliés de l'Amérique, et elles s'en souviendront la prochaine fois qu'elles nous mettront à l'épreuve, s'est indigné le sénateur dans un communiqué.
Son collègue Mark Warner, de la commission du Sénat sur le renseignement, a exprimé son étonnement devant la décision de Donald Trump.
Merde alors! Celle-ci m'a surpris, a déclaré le sénateur de Virginie dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. De quel côté est-il vraiment? s'est-il interrogé à propos de Donald Trump.
L’opposition à la décision du président s’est même fait sentir du côté républicain. Le sénateur Thom Tillis a souligné que la Corée du Sud était depuis plus de 70 ans un allié solide, doté de capacités militaires exceptionnelles.

Le sénateur Thom Tillis critique fréquemment les positions de Donald Trump en matière de politique étrangère. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Evan Vucci
La réduction des exercices conjoints avec la Corée du Sud ne fait que permettre à des milliers de soldats nord-coréens de se consacrer au soutien des enlèvements, des tortures, des viols et des meurtres systématiques perpétrés par Poutine à l'encontre de citoyens ukrainiens innocents, a déclaré sur X cet élu qui s'oppose fréquemment aux décisions de Donald Trump en matière de politique étrangère.
Ce n'est pas la première fois que le président Trump change de tactique à cet égard.
À l'issue d'un sommet avec le dirigeant nord-coréen à Singapour lors de son premier mandat en 2018, il avait suspendu des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud afin de faciliter les négociations sur la dénucléarisation avec Pyongyang. Sans succès.
La Corée du Sud a réagi avec mesure, disant espérer que l'entente personnelle entre Donald Trump et Kim Jong-un conduirait à un dialogue constructif propice à des négociations.
L'annonce du dirigeant républicain n’en a pas moins semé la consternation, car elle met en jeu la crédibilité des États-Unis en tant qu'allié et semble refléter le désengagement américain de l'Asie.
Le fait est qu'avec le déploiement attendu du porte-avions George Washington au Moyen-Orient, pour y remplacer le Abraham Lincoln, il ne restera plus, au moins temporairement, de porte-avions américain dans le Pacifique, une aubaine pour Pékin avec qui Washington est en compétition.
Détourner l'attention
Les États-Unis cherchent depuis longtemps à se recentrer sur l'Asie. Aujourd'hui, nous assistons à un désengagement de l'Asie : les forces se retirent, les munitions viennent à manquer et ce président préfère les ennemis totalitaires à ses alliés, a cinglé lundi sur X l'ancien président du cercle de réflexion Council on Foreign Relations (CFR), Richard Haass.
Victor Cha, spécialiste de la Corée au Center for Strategic and International Studies (CSIS), évoque quant à lui l'idée que le président américain a clairement exprimé son souhait de rencontrer à nouveau Kim, et la réduction de l'ampleur des exercices en est le dernier signe en date.
Mais Kim pourrait ne pas être disposé à le rencontrer avant la fin des élections de mi-mandat [de novembre], afin de se procurer un moyen de pression supplémentaire, dit-il dans un courriel à l'AFP.

Donald Trump et Kim Jong-un, lors de leur rencontre dans la zone démilitarisée entre les deux Corées, le 30 juin 2019.
Photo : Getty Images / AFP/BRENDAN SMIALOWSKI
Donald Trump pourrait aussi vouloir tenter d'éloigner Kim du [président russe Vladimir] Poutine et de leur relation en matière d'armement et de troupes dans le cadre de la guerre en Ukraine, ajoute l'expert.
D'autant plus que, depuis le début de la guerre en Ukraine, un axe Moscou-Pékin et Moscou-Pyongyang s'est peu à peu consolidé.
À moins que tout cela soit une manière de détourner l'attention de l'Iran, avance M. Cha.
Dans sa récente Stratégie de sécurité nationale, reflet de l'Amérique d'abord chère à Donald Trump, le président américain réitère les appels pour une région Asie-Pacifique libre et ouverte, en référence à l'hégémonie chinoise, mais met davantage l'accent sur la concurrence économique avec Pékin.
Le Japon et la Corée du Sud sont par contre appelés à faire davantage pour soutenir Taïwan face à Pékin et pour assurer leur propre sécurité, à l'image des pressions en la matière de Trump sur les Européens.
Aux yeux du président américain, il s'agit aussi d'en finir avec l'époque où les États-Unis soutenaient l'ordre mondial tout entier, tel Atlas.
Richard Fontaine, du Center for a New American Security, s'interroge quant à lui sur la cohérence de la politique du président américain en Asie, soulignant qu'il y a tout juste quelques mois, Séoul était érigée en alliée modèle.
Un peu plus de cohérence serait bienvenue. S'agissant de la Corée : le Sud est notre allié, le Nord ne l'est pas. Préciser ce point serait un bon début, écrit-il sur X.
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