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Trajal Harrell transpose un culte gospel en danse contemporaine

Dans le spectacle 'Judson Church Is Ringing in Harlem (Made-to-Measure)', le chorégraphe américain Trajal Harrell imagine une rencontre entre la danse contemporaine et les bals afro-américains gays. A découvrir au Commun à Genève, les 13 et 14 octobre, dans le cadre du Festival Dance first/Think later. Incandescent!

Dans le spectacle 'Judson Church Is Ringing in Harlem (Made-to-Measure)', le chorégraphe américain Trajal Harrell imagine une rencontre entre la danse contemporaine et les bals afro-américains gays. A découvrir au Commun à Genève, les 13 et 14 octobre, dans le cadre du Festival Dance first/Think later. Incandescent!

Visualisez la carte de Manhattan. Au Sud, dans le quartier branché et blanc de Greenwich Village, il y a la Judson Church avec son pasteur ouvert à la culture. C’est là, au début des années 1960, que s’inventent la danse et la musique contemporaine américaine avec des artistes bientôt célèbres comme Martha Graham, Lucinda Childs, Merce Cunningham, John Cage et Philip Glass.

Remontons maintenant plein Nord, au-delà de Central Park. Nous voici à Harlem. La communauté afro-américaine et latino y donne ses premiers bals gays en rêvant de Paris, de mode et de glamour. Dans ces mêmes années 1960, s’invente la scène du voguing, une danse inspirée des poses des mannequins dans les magazines de mode chic.  Un univers sépare alors ces deux mondes. Tout le travail chorégraphique de Trajal Harrell consiste à les rassembler et imaginer des rencontres qui n’auraient pas pu exister à l’époque, question de préjugés de classes et de races.

Danseur new-yorkais formé chez Trisha Brown, autre grand nom de la danse contemporaine, Trajal Harrell a imaginé avec 'Judson Church Is Ringing in Harlem (Made-to-Measure)' un spectacle en deux volets: que se serait-il passé si une drag queen de Harlem avait foulé la scène de la Judson Church au milieu de ces artistes dits post-modernes? Et à l’inverse, comment aurait réagi un artiste contemporain transporté en plein Harlem populaire dans un bal de voguing?

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L'incandescence d’un culte gospel

C’est ainsi qu’il faut comprendre son diptyque 'Judson Church Is Ringing in Harlem (Made-to-Measure)/Twenty Looks or Paris Is Burning at the Judson Church'. Autant le titre est interminable, autant le résultat sur scène est limpide et se regarde d’un seul souffle tant le trio d’interprètes semble possédé par une inébranlable foi dans cette fusion: "Pour être accepté à Harlem, un artiste contemporain aurait dû donner l’église. Dans la culture afro-américaine, cela signifie se livrer entièrement, corps et âme", explique Trajal Harrell qui en connaît un rayon sur la question. Avant de rallier New York et la renommée, le danseur a d’abord usé ses fonds de culottes sur les bancs des églises baptistes du Sud profond, dans sa petite ville natale de Douglas, en Georgie.

Présenté à Genève, 'Judson Church Is Ringing in Harlem (Made-to-Measure)' possède l’incandescence d’un culte gospel transposé en danse contemporaine. Danse et chant s’y mêlent dans un fascinant cérémonial. C’est du brûlant et pour le coup chaudement recommandé.

Thierry Sartoretti/olhor

'Judson Church Is Ringing in Harlem (Made-to-Measure)', au Commun, Genève, dans le cadre du festival Dance first/Think later, les 13 et 14 octobre 2026.

Trajal Harrell sera par ailleurs en tournée en Suisse: Nebia, Bienne, les 5 et 6 mars 2027 avec le 'Köln Concert'; Vidy-Lausanne, le 25 mars 2027, avec la répétition ouverte de 'Music Music'; Vidy-Lausanne, du 11 au 13 mai 2027 avec 'Music Music'. ADC, Genève, du 25 au 27 mai 2027, avec 'Music Music'.

Trajal Harrell, un Américain à Zurich

La cinquantaine, formé autant à la danse qu’aux sciences sociales à Yale, le danseur et chorégraphe new-yorkais Trajal Harrell arrive à Zurich en 2019, à l’invitation de l’intendant du Schauspielhaus Nicolas Stemann. Il y fonde avec succès le Zurich Danse Ensemble au rayonnement international, créant un répertoire chorégraphique fusionnant notamment danse contemporaine et cultures populaires.

Quand l’intendant, allemand, a été remercié par la fondation du Schauspielhaus pour excès de wokisme, Trajal Harrell a décidé de rester sur les berges de la Limmat où sa compagnie s’épanouit désormais dans l’indépendance.