« Tout le monde jouait sa carte personnelle, personne ne voulait collaborer » : comment la mésentente a condamné l’échappée
Lenny Martinez, Richard Carapaz et Sepp Kuss, derniers rescapés de l'échappée, n'ont pas su s'entendre dans le final pour éviter le retour de Tadej Pogacar. Avec le Français dans le rôle du suspect principal.
Les équipiers avaient lâché un à un, l'Alpe d'Huez était abordée avec un peu plus de 3'30'' d'avance sur le groupe Maillot Jaune - « un bon écart, même si je me disais que ce serait serré », avouait Sepp Kuss -, quand les trois plus costauds des fuyards ont réussi à se détacher à l'avant. Kuss, Lenny Martinez et Richard Carapaz sont partis à un peu plus de 11 kilomètres du sommet et tout était encore jouable pour ces trois grimpeurs, à l'économie toute la journée après avoir bénéficié du travail de leurs équipiers.
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C'était en réalité le début des ennuis. Au lieu de collaborer, de se relayer avant une éventuelle explication au sommet, le trio a choisi la pire option : se regarder. « On était un peu sur courant alternatif pendant l'ascension, avec des attaques de l'un ou de l'autre, résuma Kuss. Tout le monde jouait sa carte personnelle, personne ne voulait collaborer, c'était un peu tactique. »
« Avec Pogacar qui revenait comme une moto, j'ai tenté plusieurs fois de partir pour m'isoler et gagner, mais je n'ai pas pu »
Richard Carapaz
Le plus remuant fut Carapaz. Pour une raison simple : il ne supportait pas de voir Martinez rester dans sa roue sans jamais prendre un relais. Le Français de Bahrain-Victorious grimaçait souvent, mais sa réputation de suiveur le précède désormais et le vainqueur d'Orcières Merlette l'a senti.
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Il a attaqué plusieurs fois et, toujours, le Cannois revenait, tandis que Kuss choisit de rester à son rythme. « Avec Pogacar qui revenait comme une moto, j'ai tenté plusieurs fois de partir pour m'isoler et gagner, mais je n'ai pas pu », rouspétait Carapaz.
« Je savais que je les reprendrais mais je savais aussi que certains gardaient un peu d'énergie »
Tadej Pogacar
On vit parfois les deux hommes sur la largeur de la route s'épier, comme deux pistards, et le champion olympique frôla même la voiture de dépannage neutre, à laquelle on demanda de doubler les échappés. Car derrière, Pogacar recollait et se délectait de ce jeu. « J'ai commencé à y croire quand j'ai entendu à la radio qu'ils s'attaquaient entre eux, expliqua ensuite le Slovène. Je savais que je les reprendrais mais je savais aussi que certains d'entre eux gardaient un peu d'énergie. Puis au virage droite (à 3,3 km), Sepp a attaqué, je me suis dit merde, je ne vais toujours pas les reprendre. »
Infatigable, Carapaz réussit à filer aux 3 kilomètres, Pogacar reprit Martinez jusqu'à la jonction du trio (Kuss ayant lâché) à 1,7 kilomètre de l'arrivée, et l'accélération du Maillot Jaune lui offrit sa cinquième victoire sur ce Tour. Derrière lui, la mésentente pas cordiale continua puisque le champion olympique reprocha au Français de lui avoir coupé un virage : « Moi, 2e ou 3e, ça ne me change rien, mais c'est irrespectueux. J'étais très fâché contre lui : il ne coopérait pas et, en plus, il vient couper un virage. »