« Tout a explosé d’un coup et ce changement soudain m’a fait un peu peur… » : quand Nice-Matin rencontrait Kavinsky en 2013
Grâce à la BO de « Drive », le Français était devenu une figure de l’électro. Vincent Belorgey, alias Kavinsky, a été retrouvé mort à son domicile parisien. Il avait 50 ans. Nice-Matin l’avait rencontré en 2013.
C’était le 13 juillet 2013. Kavinsky venait d’enflammer la Terrasse du Palais des Festivals de Cannes dans le cadre de feu ! la Festival Pantiero. A cette occasion, Vincent Belorgey, alias Kavinsky, s’était prêté à l’exercice qu’il redoutait, celui des questions-réponses. « Parce que je dis toujours des conneries », disait-il en préambule à Mathieu Garcia-Bullon, alors journaliste à Nice-Matin.
Nouvelle cote de popularité, qu’il devait en grande partie au succès en salles de « Drive », avec Ryan Gosling, inspiration, amitiés, l’artiste retrouvé mort ce mercredi 29 juillet 2026 à son domicile parisien évoquait ces sujets.
Ça vient tout simplement d’une soirée un peu trop arrosée avec des amis, dont Quentin Dupieux, alias Mr. Oizo. On s’était amusé à jouer avec mon prénom, le déformer, c’est aussi con que ça ! C’est devenu un surnom que j’ai décidé de reprendre quand j’ai commencé à faire de la musique.
Finalement, qui est Kavinsky ?
C’est un zombie mort en bagnole en 1986 sur la Pacific Coast Highway, cette route fabuleuse qui longe la côte ouest des États-Unis. J’ai voulu créer ce personnage car ça m’emmerdait de communiquer juste sur mon joli profil et mes cheveux gris. Et puis, ce concept me permet de présenter ma musique tout en m’évitant de me retrouver sur une pochette d’album en noir et blanc, faisant semblant de jouer du piano ! (Rires)
" Merci « Drive ». Tu m’as aidé à me faire connaître d’un plus large public."
Pour le grand public, Kavinsky rime avec « Nightcall ». Vous trouvez cela lassant ?
Absolument pas, car c’est un bon souvenir et un bon film. Donc merci « Drive ». Tu m’as aidé à me faire connaître d’un plus large public, même si je n’étais pas forcément prêt pour ça…
C’est-à-dire ?
Disons que c’est assez bizarre, du jour au lendemain, de mettre la radio et d’entendre ta zik’. Tout a explosé d’un coup et ce changement soudain m’a fait un peu peur…
Est-ce que tu sais comment « Nightcall » s’est retrouvé sur la bande originale de « Drive » ?
Je pensais que c’était un choix de la production ou de Cliff Martinez, qui a signé la BO, mais le réalisateur, Nicolas Winding Refn, nous a expliqué qu’il écoutait tous les soirs le morceau en rentrant du tournage. On n’a donc pas hésité un seul instant à le lui donner gratos. D’autant que je suis fan de sa trilogie « Pusher »…
Que « Nightcall » soit repris aussi bien dans les JT que dans les télé-crochets, vous en pensez quoi ?
Ça ne me dérange pas. J’apprécie quand c’est pour un reportage sur Ibrahimovic, que j’aime beaucoup. C’est toujours plus cool que de l’entendre dans Secret Story… Après, tout cela se fait dans mon dos, je ne gère pas ça personnellement.
Photo Gilles Traverso
La légende dit que c’est grâce à Quentin Dupieux que vous vous êtes mis à la musique…
C’est vrai ! C’était en 2003 et, à l’époque, je n’avais jamais eu d’ordinateur. Des consoles de jeux, oui, mais pas d’ordi. Il m’a donc filé ce Mac qu’il mettait à la poubelle avec ce logiciel, Logic Audio, dedans, et j’ai commencé à tripatouiller sans trop comprendre comment ça fonctionnait. Mais, comme j’avais un entourage qui baignait dans la musique, on m’a expliqué et j’y ai pris goût… Je me rends compte que, si j’avais eu des potes cascadeurs, je serais peut-être en train de sauter dans des piscines !
Une carrière de musicien, ce n’était donc pas un rêve pour vous ?
Non. Gamin, ma mère m’avait inscrit à des cours de piano car elle jugeait que je regardais trop la télé. L’un des plus grands cauchemars de ma vie… Surtout que c’était en même temps que l’une de mes séries préférées à l’époque, X-Or, donc je n’y suis jamais retourné ! Mais, avec un peu plus de plomb dans la tête, je regrette de ne pas avoir persévéré car, encore aujourd’hui, je n’ai aucune base de solfège.
Avant de devenir musicien, vous vous êtes essayé au cinéma. Un retour devant la caméra, c’est envisageable ?
Je tourne dans mes clips, je fais mon malin avec mes lunettes de soleil au volant d’une bagnole à Los Angeles, ça me suffit. C’est toujours mieux que de tapiner dans des castings à Paris pour terminer dans unJulie Lescaut. Je suis passé par là mais ce n’était pas fait pour moi. J’étais tétanisé, et sortir son épingle du jeu quand tu es tétanisé…
Après, si Quentin Dupieux (avec qui il a tourné dans « Steak » aux côtés d’Éric et Ramzy, ndlr) m’appelle, je le ferais avec plaisir…
Vous avez composé votre album, « Out Run », sorti en février, comme un film. Est-ce que ça pourrait en devenir un ?
Ah oui, complètement ! Il nous manque un peu d’argent, mais j’aimerais énormément. Après, je ne m’engagerais pas sur ce projet s’il n’y a pas les fonds qui suivent. Et quand tu sais qu’un clip de trois minutes coûte déjà très cher…
Et votre jeu vidéo, « Kavinsky Video Game », c’est pour ajouter une corde à votre arc ?
C’est un peu pour appuyer l’imagerie de mon personnage, surtout pour me faire plaisir et absolument pas commercial, à partir du moment où le truc est gratos. Et puis, moi qui suis un fan de consoles, ça me fait marrer de jouer avec un jeu que j’ai créé.
Musique, cinéma, jeu vidéo… Finalement, il ne vous manque que la bande dessinée pour compléter le tableau ?
Pourquoi pas ! On tient peut-être un nouveau truc là…(Rires)En tant que fan absolu de comics, ce serait extraordinaire en tout cas !
Vos vacances ?
Mais j’ai l’impression que je passe ma vie en vacances ! Mes vrais repos, c’est quand je reste chez moi, sur mon canapé, à me tournicoter les cheveux en regardant de la daube à la télé. Mais si, plutôt, je peux être dans une petite baraque proche d’une rivière en train de pêcher - car j’adore la pêche -, je prends aussi. Il faudrait peut-être que j’y pense d’ailleurs ! (Rires)