Tourisme. La montagne comme refuge contre la canicule : pourquoi la destination est encore prisée cet été
Il y a les effets ponctuels des canicules. En Isère, de Grenoble, les familles montent camper en Chartreuse pour prendre le frais. Mi-juillet, un hôtel quatre étoiles de l’Alpe d’Huez remplissait ses chambres, ...
Il y a les effets ponctuels des canicules. En Isère, de Grenoble, les familles montent camper en Chartreuse pour prendre le frais. Mi-juillet, un hôtel quatre étoiles de l’Alpe d’Huez remplissait ses chambres, quatre fois moins chères qu’en hiver, avec des clients venus perdre 20 degrés pour dormir. En Haute-Savoie, le plan d’eau de Praz-sur-Arly, destiné à la neige de culture l’hiver et à la baignade l’été, est saturé par les touristes et la commune s’interroge sur la nécessité de fixer une jauge.
Et puis il y a des raisons structurelles qui fondent le succès de la montagne estivale portée par une croissance décennale accentuée par la pandémie. L’effet climatiseur naturel en est une mais pas la seule. Les acteurs évoquent la diversification de l’offre et des saisons qui s’étendent sur juin et septembre.
Selon l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), les taux d’occupation ont grimpé de 14 % depuis l’ère post-Covid et cet été, on projette un taux de remplissage de 51,5 % sur juillet et août (+3,6 % par rapport à 2024). On ne parlera pas non plus de raz-de-marée. Alors qu’en juin la crise iranienne avait figé les réservations, selon Jean-Luc Boch, maire de La Plagne et président de l’ANMSM, celles-ci ont grappillé 2 à 3 % avec la montée du mercure. « Les chiffres le montrent : en période de fortes chaleurs, les Français se tournent vers la montagne. » À la Fédération des clubs alpins (FFCAM), qui gère les refuges, le président Charles Van der Elst parle d’une fréquentation forte en juin. Un afflux à nuancer selon les secteurs.
Phénomène bivouac
La montagne refuge, ça ne date pas de cet été. C’est vrai pour les hauts massifs. Chamonix reste prisée pour son téléphérique le plus haut de France et le remplissage des hôtels est en nette progression sans que les installations d’altitude aient connu de hausse significative de fréquentation. Avoriaz, 1 800 mètres d’altitude, affiche trois points d’occupation de plus qu’en 2025, des températures 10 à 15 °C inférieures à celles relevées en plaine et une offre multi-activité. Aux Deux Alpes, on explique aussi l’affluence par l’événementiel. +30 % de nuitées cette semaine, avec le Tour de France qui est passé chez la voisine l’Alpe d’Huez.
Mais c’est aussi une constante pour la moyenne montagne, plus vulnérable l’hiver donc obligée de dynamiser l’été. En 2025, les stations de la Drôme ont vu leur affluence bondir de 27 %. « Quand il fait 40 °C en vallée du Rhône, on en perd 10 dans nos massifs » indique-t-on au Département. Cet été au Col du Rousset, la hausse est de 2 %. Un afflux toutefois modéré par l’impact des incendies du Diois.
Car la destination reste en première ligne du choc climatique. La montagne n’est plus épargnée par les feux et voit ses versants s’ébouler, comme jamais. Certains itinéraires d’alpinisme sont condamnés. Dans les Écrins, au refuge de la Selle, on a tiré un tuyau sur un kilomètre pour éviter la panne d’eau synonyme de fermeture. Et le succès engendre des contraintes environnementales. C’est le cas du bivouac qui pullule autour des refuges. Un casse-tête pour les gardiens. À Chamonix, près du glacier du Tour, le refuge Albert 1er affiche complet et subit la pression d’un nouveau public avec des dizaines de tentes dont les occupants utilisent les sanitaires, les communs et impactent la ressource en eau.