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“Ne plus se considérer comme une petite équipe” : les confidences de Labit avant le début de la saison

Laurent LabitManager de Perpignan Après une saison passée à lutter pour son maintien, l’USAP veut changer de dimension. Dans cet entretien, il détaille ses ambitions pour 2026-2027, le recrutement de nombreux internationaux, la place des jeunes et la nouvelle organisation du staff.

Laurent LabitManager de Perpignan Après une saison passée à lutter pour son maintien, l’USAP veut changer de dimension. Dans cet entretien, il détaille ses ambitions pour 2026-2027, le recrutement de nombreux internationaux, la place des jeunes et la nouvelle organisation du staff.

Lors de la conférence de rentrée, vous avez parlé de stabiliser l’Usap dans les dix premiers. Aujourd’hui, le maintien n’est pas un objectif suffisant ?

Si, le maintien, bien sûr, c’est quand même notre priorité. Mais ce qu’on veut, c’est l’obtenir le plus rapidement possible et éviter de se faire peur. On sait que la marge est réduite, mais le classement idéal serait aux alentours de la dixième place. Ce serait pour nous une très grosse satisfaction, vu les saisons passées.

Depuis plusieurs saisons, l’Usap joue chaque année le maintien. Comment souhaitez-vous changer les mentalités ?

Les mentalités changent par une culture du travail et de la performance, mais aussi par l’apport de joueurs qui ont cette culture et des objectifs personnels élevés. Ils entraînent forcément les autres joueurs avec eux, parce qu’il faut être performant. Le club doit aussi changer sa mentalité. Le Top 14 est très difficile et exigeant, avec des enjeux à tous les niveaux. Pour jouer et rester avec les meilleurs, il faut essayer d’être les meilleurs dans tous les domaines du club. Cela n’appartient pas seulement aux joueurs : le staff et l’ensemble du club doivent également avoir cette ambition en tête. C’est un tout, une dynamique que l’on doit créer pour chercher à gagner et à performer.

Ne plus être considéré comme une petite équipe ?

Surtout, ne plus se considérer comme une petite équipe. Quand je suis arrivé, ça m’a choqué. Pourtant, je suis passé par des clubs qui ressemblent à l’Usap, comme Montauban ou Castres, mais ce n’était pas les mêmes discours. Ici, c’était en permanence : "C’est Perpignan, c’est différent". On se trouvait des excuses. Moi, je ne veux pas qu’on se considère comme une petite équipe. On doit avoir l’humilité nécessaire pour savoir quelle est notre place, mais je suis sûr qu’on n’a pas moins que d’autres équipes de ce championnat qui font bonne figure chaque saison.

Les attentes seront sans doute plus élevées de la part de nos supporters, mais le peuple catalan mérite des résultats

Vous évoquiez Castres et Montauban, mais vous êtes aussi passé par le Racing 92 et l’équipe de France, avec des équipes qui disposent d’autres moyens. Comment vous êtes-vous adapté à un club avec moins de moyens ?

C’est notre métier. Quand on est coach ou manager, on ne peut pas faire du copier-coller, car chaque endroit est différent. Chaque club a son histoire, sa culture et sa manière de fonctionner. Il faut d’abord s’adapter, puis trouver comment faire évoluer et surtout gagner l’équipe dans laquelle on est, avec les éléments qui font partie de son histoire et de sa culture. Avec le groupe que l’on a, il faut tirer le meilleur de nos joueurs et du staff. Quand tu viens à Perpignan, tu sais très bien que tu n’auras pas les moyens du Stade toulousain, mais il y a d’autres qualités. Tu dois essayer de tout aligner pour aller vers tes objectifs, qui sont forcément différents de ceux de ces équipes-là. C’est l’adaptabilité. C’est aussi pour ça qu’on fait ce métier et que j’ai accepté, au mois de novembre, de m’engager pour les quatre années qui arrivent.

L’année dernière, vous avez insisté sur le fait d’avoir davantage de leaders. Qu’est-ce qui vous manquait précisément ?

L’année dernière, il y avait déjà eu un recrutement intéressant. Il y avait des joueurs qui arrivaient au club et, parmi ceux qui étaient déjà là, des anciens qui étaient naturellement des leaders, comme Tom Ecochard ou Jeronimo de la Fuente. Ils étaient peut-être un peu seuls à vouloir tout gérer et à faire fonctionner le groupe. Je trouvais donc qu’il manquait des leaders, pas forcément pour être capitaine de l’équipe, mais des joueurs capables d’apporter du leadership sur la culture du travail, le jeu d’avants, l’attaque ou la défense. Il y a forcément différents types de leaders dans un groupe et je trouvais qu’il y avait des manques à ce niveau-là. Cela ne nous permettait pas de travailler comme je le souhaitais pendant la semaine et, surtout, de pouvoir nous exprimer le week-end dans ce championnat très difficile.

Le recrutement de cette saison, avec de nombreux joueurs expérimentés, a été pensé dans ce sens ?

Oui, totalement. Onze joueurs sont arrivés, et ce sont pour la plupart des internationaux, dont beaucoup sont encore avec leur équipe nationale et ont l’ambition de participer à la prochaine Coupe du monde. Ce sont forcément des joueurs expérimentés. Luke McGrath, par exemple, vient de quitter l’Irlande pour la première fois. Il compte 22 sélections avec l’Irlande et a joué toute sa carrière au Leinster, avec de nombreux titres à son palmarès. Sevu Reece, on ne le présente plus, c’est 37 sélections avec la Nouvelle-Zélande et le meilleur marqueur d’essais du Super Rugby. Brandon Raynor compte également neuf sélections avec les All Blacks et a été formé chez les Crusaders. Je pense aussi à l’international italien Marco Riccioni, ou encore à Enzo Forletta, qui revient à la maison après avoir disputé une finale européenne avec Montpellier… Tous ces joueurs internationaux doivent nous apporter cette culture du travail, de la performance, du résultat et aussi de l’ambition. Une ambition qui doit rester mesurée, mais nous devons en avoir. On compte également sur Paolo Garbisi et José Madera, le capitaine du Portugal. Tous ces joueurs apportent une plus-value à notre groupe, qui avait déjà de la qualité.

Quel regard portez-vous sur ces recrues ? Se sont-elles mises au français ?

Ça se passe très bien. Beaucoup ont déjà commencé à apprendre le français avant d’arriver, dès qu’ils ont fait le choix de venir à Perpignan. C’est important pour la culture du club et pour eux aussi. Bien sûr, nous faisons traduire les réunions, mais on ne pourra pas le faire tout le temps. Ils vont donc prendre des cours de français et, à partir de fin octobre, nous allons progressivement moins traduire. Pour comprendre le jeu et s’intégrer, il faut aussi comprendre la langue. Cela fait partie de leur apprentissage. Mais ça se passe très bien. Je pense qu’ils sont très contents d’être ici et qu’ils ont hâte de découvrir le Top 14.

Avec un recrutement XXL, pratiquement composé d’internationaux, les ambitions sont plus élevées. Est-ce que cela ajoute une pression supplémentaire ?

Les attentes seront sans doute plus élevées de la part de nos supporters, mais le peuple catalan mérite des résultats. Ils seront à notre soutien et ce n’est pas une pression qu’ils nous mettent. Quand on vient ici, on a naturellement la pression parce qu’on veut faire le meilleur championnat possible et bien figurer. On doit avoir une ambition mesurée, tout en sachant d’où l’on vient et ce qu’on est capable de faire. On l’a vu ces dernières saisons avec des clubs qui s’intercalent et viennent se mêler à la lutte pendant une ou deux saisons. Alors, pourquoi pas nous ?

À Perpignan, il y a toujours eu la volonté de mettre en lumière la formation catalane. Comment trouvez-vous le bon équilibre entre jeunesse et expérience ? Avec un recrutement de joueurs aussi expérimentés, les jeunes auront-ils autant leur place ?

Oui, bien sûr. L’année dernière déjà, nous étions partis là-dessus. On n’a pas eu peur de lancer de jeunes joueurs dans l’effectif. En fin de saison, on a aussi essayé de leur donner du temps de jeu pour qu’ils découvrent vraiment ce qu’est le Top 14, qu’ils voient le niveau et ce qu’ils ont encore à améliorer pour faire pleinement partie de l’effectif. La formation à l’Usap et sur notre territoire est très importante. C’est donc un volet sur lequel on veut vraiment mettre l’accent et travailler avec tous les clubs du département.

Quand tu te situes autour de la 10e place, tu n'es pas arbitré différemment d’une équipe qui est en bas du classement, mais tu ne perds pas d’énergie à te dire : "Oui, mais on est arbitrés comme des quatorzièmes", même si ce n'est pas vrai

Mathieu Cidre a évolué dans ses fonctions d’entraîneur principal. Pourquoi ce choix ?

J’avais besoin d’avoir un relais prioritaire chez les coachs pour appliquer toute la méthodologie d’entraînement, tout ce qui concerne la mise en place et la mise en musique de ce qu’on veut faire. Cela me permet aussi de dégager du temps pour la formation, le recrutement et toutes les parties un peu annexes de la structuration du club, afin d’avoir à Perpignan un club à la hauteur des attentes que l’on doit avoir aujourd’hui si l’on veut, dans les années qui arrivent, continuer à se mêler à la lutte avec les meilleurs. J’ai voulu un staff très spécialisé, car les joueurs sont eux aussi des experts. Toutes les compétences que l’on a dans le staff doivent nourrir notre effectif pour aller vers nos objectifs.

Dans quel secteur de jeu souhaitez-vous voir la plus grosse progression par rapport à la saison dernière ?

En termes de jeu, on sait qu’il faut être assez complet. On doit être fort sur la conquête, car le Top 14 est un championnat très exigeant. La saison dernière, on avait bien rectifié le tir sur notre mêlée et on avait bien terminé dans ce secteur. En revanche, on a eu de gros soucis en touche, notamment pour diverses raisons liées à l’absence de certains leaders. Sur la conquête, il va donc falloir être très performant, mais aussi, bien sûr, sur notre défense. On sait que le championnat est très dur et très exigeant. Il faut être intense et féroce à domicile, mais on doit aussi le redevenir à l’extérieur. La saison dernière, nous n’avons pas gagné un seul match à l’extérieur. C’est donc une marge de progression très importante pour nous. La discipline est également un secteur sur lequel nous avons bien rectifié le tir. Dès notre arrivée, nous avons fait le choix de travailler chaque mercredi avec un arbitre. Il arbitre une partie de notre séance. C’est important pour nous de faire comprendre aux joueurs qu’on peut éviter certaines fautes qui peuvent nous mettre en difficulté et nous coûter très cher. Au fur et à mesure, nous avons gommé trois ou quatre fautes que nous pouvions largement éviter. Ce sera encore un cheval de bataille pour nous. On s’y attend déjà, mais c’est un domaine très important, notamment en début de saison, lorsque les arbitres sont toujours très intransigeants. Il faut donc être encore plus discipliné.

Les Catalans espèrent éviter une nouvelle 13e place cette saison.
Les Catalans espèrent éviter une nouvelle 13e place cette saison. Icon Sport - Alexandre Dimou

Changer aussi la vision des autres, que ce soient les arbitres ou les autres équipes : vous ne voulez plus être considéré comme une petite équipe ?

C’est pour cela qu’on a mis des règles en place. Les joueurs savent très bien que je suis intransigeant. Si on veut avoir de la discipline et un cadre sur le terrain, il faut aussi les avoir en dehors. On s’attelle vraiment à cela. Ensuite, la dynamique doit être positive. Comme je l’ai dit, quand tu te situes autour de la dixième place ou au-dessus, je ne vais pas dire que tu es arbitré différemment d’une équipe qui est en bas du classement, mais tu n’as souvent plus ce discours-là. Tu ne perds pas d’énergie à te dire : "Oui, mais on est arbitrés comme des quatorzièmes", même si ce n’est pas vrai. Forcément, cela change un peu la vision et le momentum. C’est pour cela qu’il est important pour nous d’être plutôt au niveau de la dixième place que de la treizième.

Vous vous êtes engagé jusqu’en 2030. Est-ce que, sur le long terme, l’Usap peut viser les phases finales ?

Je l’espère. Si on fait les choses comme il faut, qu’on avance crescendo et que tout le monde est embarqué dans cette dynamique, avec une certaine humilité mais sans manquer d’ambition, tout est possible. On a vu et on voit des équipes comme Bayonne ou Pau se structurer et venir se mêler à la lutte avec les grosses écuries, jusqu’à aller en quart ou en demi-finale. Mais il faut y aller par étapes. On a connu une saison très difficile l’année dernière. On va donc essayer de bien démarrer et d’avoir ensuite une saison plus régulière. Cela pourra nous amener, la saison suivante, à avoir un peu plus d’ambition. Et pourquoi pas, dans les années qui arrivent, avoir des ambitions en championnat et en grande Coupe d’Europe ? L’Usap le mérite et on va travailler dans ce sens-là.

Quand vous regardez votre groupe, est-ce que cette année difficile que vous venez de passer l’a renforcé ?

Oui. J’ai bien aimé la dynamique de fin de saison, notamment les deux derniers mois, où l’on sentait vraiment que quelque chose avait changé. Après le match contre Provence Rugby, on s’est beaucoup dit qu’on ne voulait plus revivre ça. Mais les paroles, c’est bien ; après, il faut des actes. C’est là que le staff et les joueurs ont rendez-vous à partir du 5 septembre si on ne veut plus revivre ça en juin prochain. Forcément, il y a beaucoup d’impatience et d’excitation avant de démarrer le championnat.