“Je suis un joueur pour les grands matchs, et le Top 14 offre cela tous les week-ends” : Jones se livre sur son arrivée à Toulon
Arrivé de Glasgow, l’international Écossais (63 sélections) s'est confié, en exclusivité, sur les coulisses de son arrivée et sa joie de découvrir le Top 14. Déterminé, le centre, passionné d’histoire, s'est également montré curieux de notre pays, partageant déjà une bonne discussion dans la langue de Molière.
Arrivé de Glasgow, l’international Écossais (63 sélections) s'est confié, en exclusivité, sur les coulisses de son arrivée et sa joie de découvrir le Top 14. Déterminé, le centre, passionné d’histoire, s'est également montré curieux de notre pays, partageant déjà une bonne discussion dans la langue de Molière.
Vous n’avez pas participé au Championnat des Nations avec l’Écosse. Comment allez-vous et quelles sont vos premières impressions sur le club et la vie toulonnaise ?
J’ai eu une blessure au pied. Depuis deux semaines, petit à petit, ça va mieux. Pour être honnête avec vous, j’estime être à 85 % de mes capacités. Pour ce qui est de la vie ici, une chose m’a marqué : les gens. J’ai déjà été arrêté dans la rue, et les gens sont adorables. Le centre d’entraînement est magnifique. Honnêtement, je suis très heureux de commencer cette aventure.
Racontez-nous les dessous de votre signature au RCT…
Tout est parti de discussions avec Laurent (Emmanuelli, directeur sportif) et Pierre (Mignoni, directeur du rugby). On a beaucoup évoqué la région, la culture du club, l’atmosphère, aussi les supporters qui sont très importants à Toulon. Ils m’ont beaucoup parlé de la difficulté du Top 14. Je sais que c’est très difficile, et surtout très long. J’ai pris le temps de bien intégrer toutes les composantes avant de décider d’aller à Toulon. Vous savez, je suis un joueur expérimenté. Je pense que je suis un joueur pour les grands matchs, et le Top 14 offre cela tous les week-ends. Au fond de moi, j’ai toujours voulu évoluer en France. Je suis excité par ce qui arrive aussi bien pour moi que pour ma femme et ma fille de 2 ans. Je n’ai pas hésité longtemps, car je sais que ça va être fantastique à tous les niveaux. En vérité, Toulon est la plus grande opportunité de ma carrière. (...) Je suis vraiment fier d’avoir rejoint une équipe qui a le potentiel pour gagner. J’imagine que les gars sont déçus de l’an passé, mais personne ne doit douter du potentiel de ce groupe.
Votre partenaire Ben White a-t-il eu un rôle ? C’était peut-être comme votre agent…
(Il se marre) Je pense qu’il m’a pistonné. Plus sérieusement, ça a été un petit facteur. On se connaît bien avec Ben. Il ne m’en a pas parlé, mais je pense peut-être qu’il a eu un bon mot sur moi avec Pierre. Après, il m’a pris quelques photos de la région. C’est un peu mieux que Glasgow (rires). Ben ne m’a pas convaincu, mais il m’a rassuré sur l’environnement du club. L’élément déclencheur de ma venue, c’est surtout ma première discussion avec Pierre. Je l’ai senti très enthousiaste à l’idée que je puisse venir à Toulon, notamment par rapport à mes qualités. Il pense que je peux beaucoup apporter. Je me suis senti valorisé. J’ai envie de mettre mon expérience internationale au service de la réussite du club et aussi au service des jeunes du club. J’ai envie d’apprendre de tous, et de donner quelques conseils aux espoirs de Toulon.
Vous avez évoqué la difficulté du Top 14. Que connaissez-vous du rugby français ?
En Écosse, je regardais pas mal de matchs car j’ai quelques amis qui jouent en France. Clairement, ici, les avants sont plus grands et costauds. Les matchs sont dynamiques, et la "physicalité" est au top. J’ai la sensation que l’intensité se rapproche du niveau international. Au niveau de l’ambiance, ça a l’air extraordinaire, avec des stades pleins. À chaque fois que je suis venu avec Glasgow ou les Harlequins, je me suis dit que la France était un pays génial pour jouer au rugby. J’ai hâte de vivre ça.
Toulon est aussi connu pour être un club à part dans l’Hexagone…
(Il coupe) J’en ai beaucoup parlé avec Pierre et des joueurs qui ont joué ici. Je vais tout mettre en place pour m’adapter au plus vite. Avant tout, je veux parler votre langue. C’est essentiel pour s’intégrer et une marque de respect. Pour la prochaine fois, je veux être en capacité de faire cet entretien avec vous en français. J’ai étudié la langue à l’école. J’ai déjà des bases. Depuis quelques semaines, j’ai déjà intensifié les cours avec un professeur. Maintenant, on se balade en ville et je parle avec des gens. C’est essentiel. Pour le langage rugby, c’est universel. Je ne suis pas inquiet. Pour le reste, il va falloir que je comprenne les spécificités du Top 14. J’ai déjà intégré une chose : chaque match est crucial. J’ai beaucoup analysé la saison de l’an passé. Au départ, le classement bouge beaucoup notamment entre la 4e et la 10e place. Il y a de la densité. Mais, plus tard, c’est quasiment impossible de remonter. S’il y a quelques défaites, vous tombez très bas et c’est là où la pression est importante. Tout le monde me parle de cette pression autour du club, mais je pense que je suis prêt pour le défi.
La pression vous plaît-elle ?
Énormément. J’ai joué beaucoup de matchs au niveau international. Je me nourris de ça, mais je pense avoir une qualité : je suis un joueur à la tête froide. Je suis froid, et je sais que j’élève mon niveau sous la pression. Plus la pression est là, mieux je me sens sur un terrain. C’est en cela que je veux aider l’équipe face à des attentes qui seront élevées. C’est aussi propre à ce qu’est Toulon. C’est un club immense.
Vous avez évoqué votre envie de rejoindre la France. En 2021, vous aviez signé avec Bayonne, mais vous n’aviez pas rejoint le club après sa relégation. Comment avez-vous vécu cet épisode ?
Depuis cette période, l’envie de venir en France ne m’a jamais quitté. Ça n’est jamais parti de ma tête. Honnêtement, j’étais déçu car je m’étais projeté dans cet endroit merveilleux. Ça avait été un gros coup dur. Un autre de plus, car j’étais, à cette époque, très loin de l’équipe nationale. J’étais très inquiet pour mon futur, et je me disais même que je n’allais pas arriver à remonter la pente. En plus de ma déception personnelle, j’étais très déçu pour le club de Bayonne. Depuis, Bayonne est remonté et a constitué une superbe équipe. Et moi, je suis allé aux Harlequins et j’ai vécu l’une des meilleures années de ma vie. Ça m’a complètement relancé. Je suis retourné à Glasgow, j’ai regagné ma place en sélection et j’ai même pu faire une tournée avec les Lions britanniques. C’était un rêve. Au fond, c’était le destin. Maintenant, une autre porte s’ouvre : j’ai une nouvelle chance de vivre ce que je voulais et de montrer ce que je sais faire en France. Dans la vie, j’ai appris que tout est une question d’être au bon endroit, au bon moment. C’était le cas lors de mon année sabbatique en Afrique du Sud où j’ai finalement lancé ma carrière. C’était encore le cas avec les Harlequins. Voyons voir ce que m’amènera la France, mais je suis vraiment enthousiaste à tous les points.
Avez-vous analysé le calendrier du Top 14 ?
Non, pourquoi ? De toute manière, tous les matchs sont difficiles et nous avons encore le temps.
Toulon commencera la saison à Bayonne…
(Il coupe) C’est super, car l’ambiance est belle là-bas. Ça me donnera l’occasion de voir rapidement Rob Du Preez (ils ont joué ensemble à la Western Province, N.D.L.R.). Pour vous, c’est une bonne histoire (il rigole). Encore une fois, le destin parle !
Qu’attendez-vous le plus de cette nouvelle aventure ?
Je veux apprendre de la vie, de votre culture. Et, à 32 ans, je veux devenir un meilleur joueur et faire progresser le club. C’est le plus grand mouvement de ma carrière. Je veux vraiment que ça marche, aider cette équipe, et grandir en tant qu’homme avec ma famille. Je ne pense pas que cela soit semblable à mon expérience en Afrique du Sud ou aux Harlequins, car j’ai une bien plus grande confiance en moi avec tout ce que j’ai pu accumuler comme expérience. J’arrive avec de la détermination, mais en étant très tranquille. Je veux garder la tête froide tout au long de cette aventure. Globalement, je suis un garçon très calme et tout ira mieux dans quelques mois quand je serai bilingue.
À côté du rugby, vous êtes aussi passionné d’histoire. Avez-vous un diplôme universitaire et qu’est-ce que cela vous apporte ?
J’ai voulu pousser les études, mais ce n’était malheureusement pas compatible. Le rugby a rapidement pris de la place. Pour tout vous dire, j’ai arrêté en Afrique du Sud lors de mon année de césure. J’ai fait un choix et une porte inattendue s’est ouverte. Néanmoins, je reste un grand passionné et je lis encore énormément de livres.
Lesquels ?
Quand j’étais plus jeune, j’ai lu des livres sur Gengis Khan (fondateur de l'Empire mongol) ou encore Jules César. Ça me plaisait. Dernièrement, je suis à fond sur le Comte de Monte-Cristo. C'est un gros bloc (il mime avec ses doigts) ! Ça va m'occuper un bon bout de temps. J’aime beaucoup lire, et j'essaie d'avoir un moment pour le faire tous les soirs. Ça aide à me détendre et à m’endormir plus facilement. Ça m’aide aussi à me détacher du téléphone. J’aime aussi les livres qui évoquent les guerres et la psychologie.
En retenez-vous des leçons pour votre carrière professionnelle dans le rugby ?
J’essaie, oui. En fait, ce sont surtout les décisions que prennent les leaders qui m’intéressent. Pour tout vous dire, tu apprends comment s’adapter et prendre des décisions dans des situations difficiles. C'est une forme de mécanisme. C’est semblable à ce que l’on peut vivre sur un terrain de rugby. Ça m’aide à lire les situations, à appréhender les difficultés de la vie et dans le sport de haut niveau. Ces petites leçons m’aident à avoir la tête froide. Vous l’avez compris, c’est quelque chose de fondamental pour moi, car je l’ai évoqué à plusieurs reprises. J’estime qu'il est important d'avoir cela au haut niveau. Et je pense avoir acquis cela au fil de mes différentes expériences.