Thélyson Orélien accusé de plagiat : ces autres affaires fracassantes
Début de semaine, l'écrivain québécois Thélyson Orélien a d'abord été soupçonné d'avoir utilisé l'IA pour son roman de la rentrée, C'était ça ou mourir, qui avait fait vibrer tant de critiques littéraires… Mais...
Début de semaine, l'écrivain québécois Thélyson Orélien a d'abord été soupçonné d'avoir utilisé l'IA pour son roman de la rentrée, C'était ça ou mourir, qui avait fait vibrer tant de critiques littéraires… Mais voici qu'un second scandale sonne à la porte de Thélyson Orélien, qui vient ajouter à la mise en cause de son intégrité d'auteur. L'auteur haïtien est désormais accusé de plagiat pour des écrits remontants à la décennie 2010, comme l'ont relevé et le service Checknews de Libération et le journal canadien La Presse.
Autre dossier épineux pour Thélyson Orélien, désormais soupçonné de plagiatUne histoire vieille comme la littérature
L'histoire de littérature est cousue de ces accusations fondées ou erronées, de plagiat. Les auteurs antiques pouvaient s'émouvoir qu'on leur pique leurs idées, mais, comme la propriété littéraire n'existait pas, leur recours contre leurs copieurs se cantonnait à la satire. Le poète Horace, par exemple, expliquait gentiment aux pilleurs de son temps, qu'"ils devaient se contenter de leur fonds et bien se garder, s'ils ne voulaient encourir le sort humiliant du geai paré des plumes du paon, de s'approprier les idées émises par autrui."
Notre critique du phénomène littéraire de l'année, "C'était cela, ou mourir".Mais, si on regarde en arrière, les plagiaires n'ont pas tous les mêmes desseins. "Certains plagiaires sont serviles, d'autres créateurs", comme aime à les définir la spécialiste en la matière, Hélène Maurel-Indart, professeure de littérature française à l'Université de Tours, et autrice de Petite enquête sur le plagiaire sans scrupule, notamment.
Dans le groupe des plagiaires créateurs, elle citera Montaigne, qui, dans ses Essais, livre volontiers des idées empruntées à d'autres. Mais le bonhomme, en humaniste, ne s'en cache pas et même précise : "Certes, j'ai donné à l'opinion publique que ces parements empruntés m'accompagnent, mais je n'entends pas qu'ils me couvrent et qu'ils me cachent. "
Donc Montaigne emprunte, mais cite, ce qui n'est pas le cas de son contemporain Rabelais, – et là, nous aussi, on cite Hélène Maurel-Indart : "Pour être honnête, signalons un recopiage trop flagrant de Rabelais, inspiré par un contemporain (Geoffroy Tory, dans son roman Le Champ fleury, NdlR). Et ceci est d'autant plus chagrin qu'il s'agit d'un passage si croustillant du Pantagruel où l'écolier limousin s'exprime en un charabia mi-latin mi-français". Bref, ça n'était pas qu'à Rabelais, ces bons mots si croustillants !
Autre vénérable tâché par l'opprobre, Pierre Corneille dont le blockbuster, Le Cid (1637), se voit accusé d'être un plagiat des Enfants du Cid (1618) de Guillen de Castro. De ces jalousies fleurissent un bouquet de libelles, tant d'ailleurs que le cardinal de Richelieu saisit son Académie et que les Immortels tranchent en faveur de la réputation de Corneille.
Comment faire, donc, la différence entre l'idée originale et la copie, plus ou moins lointaine de l'idée d'un autre ?
Des affaires fracassantes, entre soupçon et réalité
À partir du moment où la littérature devient un moyen de réussite sociale et commerciale – ce que l'on situe au XIXe siècle –, la question de "qui a écrit quoi ?" se trouve bien souvent posée, comme le rappelait Hélène Maurel-Indart, toujours elle, en citant des plaintes d'Honoré de Balzac aux députés en 1841. Les cas de plagiat qu'on a choisi dans l'histoire récente sont en effet parfois liés à des succès commerciaux.
- Le cas Alain Minc, un bis
L'essayiste et ancien président du conseil de surveillance du Monde fait partie de ces gens qui ont un certain talent pour le plagiat. Il y a été pris par deux fois. La première fois en 2001, condamné à 15 000 euros de dommages et intérêts pour un plagiat dans un livre consacré à Spinoza. Il réitère une décennie plus tard dans son ouvrage sur Jean Moulin et René Bousquet (L'homme aux deux visages, Ed. Grasset), en y plaçant, façon copier-coller, des passages entiers de la biographie signée Pascale Froment, sur le collaborateur. Et si la journaliste et autrice est citée en bibliographie par Alain Minc, elle ne l'est en revanche jamais dans le texte suivi du livre.
Côté réparation, la condamnation financière est mineure, même si un encart expliquant les faits est inséré dans chaque exemplaire à la suite du jugement. Le plagiaire livrait au Figaro dans la foulée du jugement : "L'hommage que je rends à Madame Froment, c'est qu'aujourd'hui, on est obligé de passer par elle, seule biographe, pour évoquer la vie de René Bousquet."
Il y a sûrement d'autres moyens de rendre hommage.
- Le cas Étienne Klein, sans s'en rendre compte
Il s'agit de littérature scientifique, mais le cas est récent et frappant, qui concerne le philosophe et physicien Étienne Klein, auteur de nombreux ouvrages de vulgarisation scientifique non exempts de qualités littéraires – il avait son fan-club. En juin dernier, sa thèse de doctorat en philosophie lui a été retirée pour plagiat.
Nos confrères de Philosophie Magazine, très affectés par cet aveu de plagiat et ses conséquences (en partie parce que Klein était l'un de leurs chroniqueurs) donnaient la parole à l'accusé pour comprendre la démarche répétée qui a été la sienne, puisqu'une analyse des productions écrites de Klein depuis son premier ouvrage, Conversations avec le sphinx (1991), jusqu'au récent Transports physiques (2025) prouve la pratique répétée de la citation non sourcée.
Sa défense tient dans le fait de pas s'être rendu compte qu'il plagiait littéralement. "Je me suis emparé d'un sujet ambitieux, qui me fascinait […] Impressionné par la richesse de ce sujet, je me suis mis à lire frénétiquement. Ma terreur était de me tromper, de ne pas y arriver, d'écrire des choses inexactes, d'avoir un style trop éloigné des canons universitaires… Quand je trouvais un passage dans un livre d'un physicien, d'un philosophe ou d'un historien qui me semblait cohérent, fort, consistant, il pouvait m'arriver de le noter tel quel, et de le reprendre. Si j'avais su qu'il y avait là un délit au sens légal du terme, je ne l'aurais pas fait."
À la question, "reconnaissez-vous avoir été malhonnête ?" Klein répondait : "Oui, mais à l'époque, je n'en avais pas conscience. Je ne savais pas que l'on pouvait à ce point être propriétaire de phrases relatant des connaissances partagées faites par d'autres que soi".
- Le cas Marie Darrieussecq contre Camille Laurens, "plagiat psychique"
En septembre 2007, Camille Laurens, l'autrice d'un court récit, Philippe dans lequel elle raconte son expérience de mère qui a vu son bébé mourir à la naissance, accuse Marie Darrieussecq de plagiat pour son roman Tom est mort. Camille Laurens parle de "plagiat psychique" – une notion bien difficile à prouver. Et la fois, elle questionne dans une tribune de La Revue littéraire : "Où donc Marie Darrieussecq a-t-elle pu se renseigner sur ce qu'elle appelle dans ses conférences, 'le thème de l'enfant mort'" ? Camille Laurens raconte, en lisant ce livre, qu'elle a eu le sentiment qu'il avait été écrit "le cul dans son propre fauteuil".
Ce n'est pas la première fois que Darrieussecq est accusée de plagiat, l'écrivaine Marie NDiaye avait souligné le même type de "plagiat dans l'intention", en ayant vu nombre de similitudes entre son roman La sorcière et Naissance des fantômes de Darrieussecq.
Cette double histoire aura poussé l'autrice accusée de "plagiat psychique" (qui vole une expérience ou un univers) à investiguer sur ce qui lui était arrivé, et dont elle a tiré une publication intitulée Rapport de police. Accusations de plagiat et autres modes de surveillance de la fiction.
Quant à l'éditeur commun des deux autrices P.O.L, il prit à l'époque la défense de Marie Darrieussecq en souhaitant "ne pas devoir en venir à interdire la fiction au nom de la supériorité du réel et de l'expérience".
- Le cas Nella Larsen, une femme noire copie une écrivaine blanche
Sur Wikipedia, Nella Larsen est indiquée comme étant infirmière. Elle est cependant l'une des figures de proue du mouvement culturel "Renaissance de Harlem", qui, dans l'Amérique postguerre, redonne du souffle à la culture afro-américaine. Son style est rapidement remarqué – on parle alors d'une grande modernité dans l'écriture. Au sommet de sa carrière, Nella Larsen se retrouve accusée de plagiat. N'aurait-elle pas copié l'œuvre de Kaye-Smith, Mrs. Adis, pour écrire son Sanctuary ? Les conséquences sur sa carrière sont désastreuses : elle ne publiera plus jamais.
Selon la chercheuse Kelli A. Larson, "ce qui a été considéré comme une transgression de la part de Larsen pourrait être qualifié, plus justement, d'adaptation. En réinterprétant le récit original de Kaye-Smith sur les épreuves de la classe ouvrière britannique pour dépeindre les barrières raciales du Sud américain, Larsen a eu recours à un mode littéraire courant dans le théâtre afro-américain de l'époque". Trop tard pour la réhabilitation
Nella Larsen finit ses jours en donnant des soins pour subvenir à ses besoins. Elle décède en 1964 dans le désintérêt le plus total, la polémique non vérifiée l'ayant fait disparaître du monde littéraire. Le New York Times, en 2018, regrettait de ne pas avoir fait sa notice nécrologique.
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.