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The Cramps, un vénéneux concert idéal

Michka Assayas nous entraîne dans une jungle rock’n’roll et psychédélique où errent des créatures troubles et flottent de vénéneux effluves.« Goo Goo Muck » par les Cramps en 1981. Je ressens encore, en écoutan...

Michka Assayas nous entraîne dans une jungle rock’n’roll et psychédélique où errent des créatures troubles et flottent de vénéneux effluves.

« Goo Goo Muck » par les Cramps en 1981. Je ressens encore, en écoutant ça, le frisson qui me parcourait quand je posais sur ma platinem cet album, qui s’appelait Psychedelic Jungle. J’avais quoi, vingt-deux ans, j’avais un pote qui adorait les Cramps et moi, qui ne jurais que par Elvis Costello, XTC et New Order, des Anglais dont la folie se cachait derrière une certaine dignité, une certaine raideur, eh bien j’étais, moi aussi, sans trop le dire, dingue de ça. Autant que je l’avoue : les Cramps m’impressionnaient, ils me faisaient peur. Ils avaient des têtes de dingues, de fanatiques malsains. Ils attiraient à leurs concerts un public qui me paraissait capable de tout, et pas forcément dans le bon sens. Donc je me suis longtemps tenu prudemment, frileusement, à l’écart. J’écoutais les Cramps chez moi, bien à l’abri, bien tranquille, imaginant dans ma tête des espèces de fêtes vaudou auxquelles je rêvais secrètement de participer.

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Aujourd’hui, les Cramps, c’est un héritage. Lux Interior, le chanteur du groupe, sorte de visionnaire illuminé, homme de scène possédé, est mort brutalement en 2009. Et sa moitié, la guitariste Poison Ivy, et quelle guitariste, la maîtresse de musique du groupe, s’est détournée de la musique et s’est embarquée, paraît-il, sur un chemin de spiritualité. Cependant la fascination qu’exercent les Cramps n’est pas près de s’éteindre. Un jeune public a découvert la chanson que vous venez d’entendre, « Goo Goo Muck », une reprise que les Cramps avaient faite d’une obscure pépite de rock garage, dans une scène paraît-il célèbre de la série Wednesday, Mercredi, sur Netflix, inspirée de la célèbre famille Addams. Qui accompagnait, dans la série, une étrange danse spasmodique de la jeune héroïne. Et cette chanson a connu, dans le sillage de la série, un surprenant succès posthume. Le « Goo Goo Muck », c’est une inquiétante créature nocturne, un teenager transformé en prédateur, mi humain mi animal, à la recherche de victimes dans la nuit urbaine. Bref, impossible d’oublier les Cramps. Ils ont été à l’origine d’un genre à part entière, je vous dirai lequel, et ils reviennent, d’une certaine façon, dans l’actualité, alors, bon, j’ai sauté sur l’occasion. Pourquoi dans l’actualité. Eh bien je vous résume ça en en deux mots.

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Tout récemment, un producteur de cinéma et le fondateur d’une petite compagnie de disques, ont enrôlé deux grandes figures du punk hardcore, le Californien Henry Rollins, et Ian MacKaye, de Washington, fondateur des groupes Minor Threat et Fugazi, tous des passionnés des Cramps, pour un projet commun : explorer les archives du groupe. Qui sont, paraît-il, riches de trésors cachés. En faisant l’inventaire de cartons emplis de bandes magnétiques qui dormaient dans le garage de Poison Ivy, l’équipe a fait une découverte de taille. L’enregistrement d’un album resté inédit, élaboré en 1977 sous la supervision d’un musicien de légende, Alex Chilton, dans un studio de Memphis. Une partie de ces titres avaient rapidement vu le jour mais d’autres, non. Et personne, hormis dans le cercle proche des Cramps, ne les avait jamais entendus. Aujourd’hui, ces enregistrements de légende circulent enfin sous le titre que le groupe avait prévu pour cet album, Gravest Gravy, La sauce la plus sérieuse. Ce titre, « Twist and Shout », n’a rien à voir avec la chanson popularisée par les Beatles.

Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

À écouter

France Inter

59 min

Playlist :

The Cramps