Terrorisme. Messe, inauguration d’une plaque commémorative… Dix ans après, l’hommage au père Hamel
Le Premier ministre Sébastien Lecornu participera dimanche aux commémorations de l’attentat islamiste de Saint-Etienne-du-Rouvray, près de Rouen, où deux jeunes terroristes avaient assassiné le père Jacques Hamel, le 26 juillet 2016.
Une messe pour se souvenir, une plaque pour honorer la mémoire d’un prêtre victime du terrorisme, et une main tendue pour le vivre-ensemble. La petite commune de Saint-Etienne-du-Rouvray, en banlieue de Rouen (Seine-Maritime) commémore ce dimanche l’attentat perpétré il y a 10 ans jour pour jour et c’est bien évidemment une messe - retransmise pour l’occasion sur France 2 dans le cadre de l’émission Jour du Seigneur - qui sera au cœur du dispositif organisé par la municipalité et le diocèse local. Présidée à partir de 11 h par le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la Conférence des évêques de France, elle sera précédée à 10 h par le dévoilement d’une plaque “parvis Jacques-Hamel”, face à l’entrée de l’église où le prêtre a été égorgé au nom de l’idéologie de l’organisation État islamique. Le Premier ministre Sébastien Lecornu y assistera avant une cérémonie officielle sur la place de l’Église, durant laquelle il prononcera un discours.
Ce 26 juillet 2016, Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean avaient tué à coups de couteau le père Jacques Hamel, 85 ans, pris en otage quatre femmes dont trois religieuses, et grièvement blessé un paroissien de 87 ans, Guy Coponet, qu’ils avaient obligé à filmer l’égorgement du prêtre. Tous deux âgés d’à peine 19 ans, les terroristes s’étaient radicalisés en ligne. Le premier, enfant de la commune, tenait une chaîne Telegram appelant explicitement au meurtre au sein de la sphère djihadiste. Le second, né dans les Vosges et installé en Savoie, avait réalisé plusieurs vidéos pour « annoncer une attaque dévastatrice, une attaque qui va bouleverser le cœur des mécréants ».
La police avait été contrainte de les abattre sur les lieux de l’attentat, qui a ensuite été revendiqué par Daech. Ce qui n’a pas empêché la tenue d’un procès, en 2022, qui a conduit à la condamnation de trois hommes pour association de malfaiteurs terroriste, en plus d’une peine de perpétuité à l’encontre du djihadiste roannais Rachid Kassim, qui avait téléguidé l’attentat, vraisemblablement mort dans les rangs de Daech en Irak en 2017.
« On peut être différents, mais être égaux »
L’audience avait été marquée par la déposition de Guy Coponet, tournée vers le pardon. « Quand on ne pardonne pas, ça devient forcément de la haine, avait-il prévenu. C’est invivable. » Après lui, Roseline Hamel, la sœur du prêtre, avait elle aussi rejeté toute colère. « La haine, ça ne nous a même pas effleuré l’esprit », avait dit à la barre cette octogénaire, qui a même écrit un livre avec Nassera Kermiche, la mère d’Adel Kermiche, publié l’an passé sous le titre Sœurs de douleur (Xo éditions). « Après la mort de mon frère, je cherchais un sens à ma vie pour rester debout. À 76 ans, il aurait été plus facile de me laisser sombrer, expliquait-elle alors. Je me suis demandé qui pouvait souffrir plus que moi et j’ai pensé aux mères des terroristes. »
Cette volonté d’ouverture et de dialogue se retrouve dans le programme des commémorations. Celles-ci se sont ouvertes samedi matin avec une discussion à la maison paroissiale de Saint-Etienne-du-Rouvray sur le thème « Musulmans et catholiques : éduquer les jeunes à la rencontre de l’autre ». « Il faut travailler tout ce qui peut permettre aux jeunes de comprendre que bien vivre ensemble, c’est mieux que de s’opposer, dans une société de plus en plus habitée par cet esprit de division, de discrimination, développe le maire Joachim Moyse dans le magazine spécial édité par la municipalité à cette occasion. On a besoin d’envoyer à la jeunesse ce message important : on peut être différents, mais être égaux. »
À l’église Saint-Etienne de la ville, l’après-midi de samedi a été consacrée à la mémoire du père Hamel, et à son « martyr ». Une soirée de veillée était ensuite organisée. Là où, il y a 10 ans, le prêtre avait dit ses derniers mots avant d’expirer : « Va-t’en démon ! »