Tensions, insultes, larmes… Au cœur du procès Maradona en Argentine
Publié23. juillet 2026, 07:28ArgentineTensions, insultes, larmes... Au cœur du procès MaradonaLe procès qui doit déterminer les circonstances de la mort de l'idole argentine, entamé le 14 avril à San Isidro, de...
Publié23. juillet 2026, 07:28
ArgentineTensions, insultes, larmes... Au cœur du procès Maradona
Le procès qui doit déterminer les circonstances de la mort de l'idole argentine, entamé le 14 avril à San Isidro, devrait se clore en août avec une mise en délibéré.

Tensions, insultes, larmes... Le procès sur les circonstances de la mort de Diego Maradona, qui entre dans sa dernière ligne droite, est à l’image de la passion et de l’outrance qu’a déchaînées durant sa vie l’idole argentine du football. Après près de 70 dépositions de témoins et d’accusés, lors de plus de 25 audiences à raison de deux par semaine, le procès entamé le 14 avril à San Isidro (nord de Buenos Aires) devrait se clore en août avec une mise en délibéré.
Sept professionnels de santé (médecin, psychiatre, psychologue, infirmiers) sont jugés pour potentielles négligences ayant contribué à la mort de Maradona en 2020, seul sur son lit d’une résidence - peu - médicalisée où il était en convalescence post-opératoire. Dans la glaciale salle d’audience du petit tribunal mal insonorisé, les sept accusés, des dizaines d’avocats et les filles de Maradona se sont défiés, harangués, emportés, menacés, et ont parfois pleuré.
Le médecin personnel de Maradona à l’époque et principal accusé, Leopoldo Luque, assiste à toutes les audiences et est intervenu chaque fois qu’il a estimé être mis en cause. Il a fait diffuser des enregistrements audio, présenté des articles scientifiques et même une vidéo de l’autopsie de Maradona projetée devant sa fille Gianinna. Bouleversée par les images, elle s’est levée en l’insultant et quittant la salle à grands cris, suivie de son avocat, Fernando Burlando. L’audience a été suspendue. Leopoldo Luque a assuré n’avoir pas remarqué la présence de Gianinna avant de lancer l’extrait vidéo, la famille a déclaré ne pas le croire.
«Me voilà, qu’est-ce que tu vas faire?»
Le juge Alberto Gaig, qui préside le tribunal avec ses assesseurs Pablo Rolón et Alberto Ortolani, joue depuis trois mois le rôle de véritable arbitre dans une salle où les altercations et psychodrames sont fréquents. «C’est impossible de les arrêter, comme des gamins! On ne peut pas travailler comme ça», s’est-il un jour emporté après de vifs échanges entre avocats. La rivalité entre l’avocat des filles Maradona, Fernando Burlando, et celui de Leopoldo Luque, Francisco Oneto, est électrique. Assis à quelques mètres l’un de l’autre, ils ne cachent pas leur inimitié.
Me Burlando s’exprime avec lenteur, Me Oneto l’interrompt abruptement et parle à haute voix. Un jour, Me Burlando a renvoyé son confrère «à l’école primaire», tandis que Me Oneto, connu pour avoir été l’avocat du président argentin Javier Milei, lui a répliqué d'«aller chercher un dictionnaire». Leurs disputes à voix haute ont entraîné une suspension d’audience, et des invectives ont fusé dans la salle des pas perdus, au milieu d’un cercle de policiers, confrères et journalistes : «Pauvre type !», «Clown de merde !», «T’es un con», «Et bien me voilà, qu’est-ce que tu vas faire ?»... Jusqu’à ce qu’un procureur et un policier les éloignent, évitant de peu un contact physique.
Un objet inattendu
Un froid matin de juin, un avocat de la défense est arrivé dans la salle avec un sac en toile de jute rempli d’alfajores (biscuits fourrés) au chocolat et au dulce de leche (confiture de lait), une friandise typique argentine, en faisant la distribution autour de lui. Un mois plus tôt, un autre avocat de la défense était arrivé avec des «chipás», petits pains paraguayens au fromage, dans de petites boîtes roses provenant de la pâtisserie de sa femme qui, fait rare, ont fait l’unanimité entre les hommes de loi.
Un objet inattendu est devenu protagoniste du procès: une maquette à l’échelle de la maison dans laquelle Maradona a rendu son dernier souffle. Elle a été réalisée par des étudiants de l’Université de Belgrano, mesure environ deux mètres de large sur un mètre de haut, et pèse suffisamment pour requérir quatre hommes pour la transporter d’une pièce attenante au milieu de la salle d’audience. Elle apparaît chaque fois qu’un témoin doit situer spatialement les différentes pièces de la maison.
Mais outre ces faits d’audience, le plus ubuesque dans ce procès Maradona est qu’il devrait déjà être terminé, si un «premier» procès en 2025 n’avait dû être annulé après deux mois et demi d’instruction dans un contexte de scandale: une des trois juges avait été récusée pour avoir participé à l’insu de tous à la production d’un documentaire sur l’affaire, avec elle-même en vedette. «Maradonesque»!
(les/yb)

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