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Témoignages. Quand la colocation tourne au cauchemar : « Je me suis dit : plus jamais », un Messin témoigne

La vie en colocation ne ressemble pas toujours à un épisode de Friends. Pour certains, elle est même loin d’être un choix : face aux prix des loyers, elle reste souvent la solution la plus économique pour se lo...

La vie en colocation ne ressemble pas toujours à un épisode de Friends. Pour certains, elle est même loin d’être un choix : face aux prix des loyers, elle reste souvent la solution la plus économique pour se loger. Une fois les valises posées, encore faut-il réussir à vivre avec ceux que l’on a choisis, ou pas, comme colocataires. 

À l’époque étudiant en master à Metz (Moselle), Elias (*) ne garde pas un souvenir très heureux de la vie à plusieurs. En 2021, il vit avec deux autres personnes dans « une passoire thermique louée par un marchand de sommeil », sans pièce commune : chacun mangeait dans sa petite chambre. « C’était un enfer. Mais c’était un des rares appartements bien placés qui rentrait dans mon budget », explique-t-il. À cela s’ajoute le manque d’hygiène de l’un de ses colocataires. « Il fallait lui rappeler de ne pas laisser traîner ses poêles sales, de nettoyer le lavabo après s’être rasé la barbe ou encore de tirer la chasse d’eau après s’être rasé le pubis », énumère Elias, alors âgé de 20 ans. 

« Une pile d’assiettes pleines de restes moisis »

Même son de cloche pour Tom, à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Il y a deux ans, après le départ d’un de leurs colocataires, le jeune actif et son ami doivent trouver un remplaçant en urgence. « On a pris le premier venu, et il était dégoûtant. » Pendant trois mois, ils ont le sentiment d’être « dépossédés » de leur propre appartement. Le jour de l’état des lieux, ils découvrent que la chambre du concerné n’a jamais été nettoyée et doivent eux-mêmes s’en charger avant de rendre le logement. Chez Elias aussi, la situation a franchi un cap le jour où il constate qu’il n’y a plus une seule assiette propre dans les placards. « On a cherché partout jusqu’à ce que le troisième coloc ramène une pile d’assiettes pleines de restes moisis », raconte-t-il.

Cette découverte marque pour lui « un avant et un après » dans la colocation. La fin de l’année scolaire arrive heureusement quelques semaines plus tard. « Je me suis dit : plus jamais. » Pour terminer son master, Elias finit par louer un appartement excentré. Son temps de trajet jusqu’à l’université passe de cinq à 40 minutes. « Le prix à payer pour se sentir bien chez soi », assure-t-il quelques années plus tard. De son côté, Tom, lui, en tire une autre leçon : « La prochaine fois, je mettrai des barrières beaucoup plus vite sur la gestion de l’appartement. »

« On aurait dit qu’ils étaient possédés »

Mais le ménage n’est pas le seul sujet de friction. En 2024, alors qu’elle est en pleine recherche d’un nouvel appartement sur la Carte des Coloc, Elsa (*), 29 ans, tombe sur l’annonce parfaite : une terrasse avec une vue étendue sur Lyon, une chambre immense avec salle de bain privée… le tout pour un prix imbattable. Deux hommes de sa tranche d’âge y habitent déjà. Au départ, tout se passe bien. Mais la Lyonnaise est rapidement incommodée par la forte odeur de transpiration de l’un de ses colocataires : « C’est un sujet délicat à aborder. Le pauvre, ce n’était peut-être pas de sa faute, mais ça avait vraiment un impact sur toute la maison. » Elle reste alors cloîtrée dans sa chambre, même à l’heure des repas : « Ce n’est pas comme ça que j’envisageais la colocation. »

Tout bascule lorsqu’un soir, son deuxième colocataire invite des amis. Vers 2 heures du matin, depuis sa chambre, Elsa entend des bouteilles rouler sur le sol, des bruits et des cris provenant du salon. « Je n’ai jamais su ce qu’il se passait mais j’étais terrifiée. On aurait dit qu’ils étaient possédés. Je pense qu’ils avaient pris de la drogue », suppose-t-elle. Après cet épisode, Elsa ne se sent plus à l’aise dans le logement, et angoisse à l’idée d’y passer la nuit. D’autant que la porte de sa chambre n’a pas de verrou. Elle précipite alors son départ au bout de deux mois. Sans pour autant remettre en question son envie d’être en colocation. « J’ai juste tiré une croix sur les colocataires masculins », résume-t-elle.

Loyers impayés et portes cassées

Du côté de Bordeaux, Francine (*) évoque aussi ce sentiment d’insécurité et de malaise. Après l’arrivée de Léa (*), une nouvelle colocataire venue remplacer son amie, la musique résonne jusqu’à pas d’heure et les invités défilent. L’étudiante de 26 ans ne compte plus les dimanches soir où elle a dû se lever en pleine nuit pour mettre dehors des personnes qu’elle ne connaissait pas. Léa casse aussi certains de ses objets, entre dans sa chambre sans prévenir et lui emprunte des vêtements sans demander.

« C’était horrible, je ne me sentais pas du tout en sécurité chez moi. J’avais l’impression de ne plus avoir d’intimité, que n’importe qui pouvait rentrer dans mon espace. » La situation s’aggrave lorsque le compagnon de Léa s’installe à son tour dans l’appartement, alors qu’il devait initialement rester seulement deux semaines. Peu aimable et sans faire beaucoup d’efforts pour s’intégrer, il devient alors le troisième colocataire. Francine doit alors composer avec leur présence et le bruit de leurs ébats quotidiens. « Ils avaient même réussi à casser une porte. » Après 10 mois de cohabitation, Francine décide de partir, fait appel à un avocat et récupère sa caution. Il n'en sera pas de même pour Léa.

Elles étaient parties sur de mauvaises bases dès le départ. Au bout de deux mois de cohabitation, l’agence immobilière annonce à Francine que plus de 1 500 euros de loyers restaient impayés. « Je suis tombée des nues. » Léa avait fini par lui avouer qu’elle avait perdu son travail et qu’elle ne lui avait rien dit, de peur de ne pas pouvoir intégrer l’appartement. « Elle n’avait même pas envoyé ma part », souligne Francine. Le calvaire aura duré 10 mois, jusqu’à ce que le propriétaire décide un jour de ne plus louer son appartement à des colocataires.

(*) Les prénoms ont été changés.