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Témoignages. « Ça me tord le ventre » : comment l’angoisse face au changement climatique peut nous ronger

« Ça me trotte dans la tête tout le temps. » L’anxiété face au réchauffement climatique grandit dans le thorax de Frédéric, 46 ans, depuis plus d’une dizaine d’années, jusqu’à le tenir éveillé la nuit. « Les ra...

« Ça me trotte dans la tête tout le temps. » L’anxiété face au réchauffement climatique grandit dans le thorax de Frédéric, 46 ans, depuis plus d’une dizaine d’années, jusqu’à le tenir éveillé la nuit. « Les rapports du Giec s’enchaînent, les épisodes de canicule également. Comment ne pas être éco-anxieux aujourd’hui ? », s’interroge le Breton, qui a répondu à notre appel à témoignage.

Il y a aussi la peur et, surtout, une « colère terrible » à l’encontre des pouvoirs publics. « Les débats ne sont pas les bons et les actions ne sont pas là. L’humanité a pourri son environnement et elle le sait, c’est un suicide collectif », lâche Frédéric, qui s’est décidé récemment à pousser la porte d’une psychologue pour tenter d’apaiser ses craintes. Réduction des déchets, économie de l’eau, pas de voyages en avion… À la maison, il fait attention aux émissions de CO2 de la famille. « Même si c’est négligeable, ça m’apaise d’agir à mon échelle parce que, au moins, je me dis que j’ai fait ma part », confie Frédéric. 

Le changement climatique est aussi devenu un sujet de discorde avec certains de ses proches, comme avec son père, avec qui il n’a plus échangé depuis plusieurs mois. « Quand je lui parle de passer à une voiture électrique, de consommer moins, et même d’avoir un simple compost, ce sont des choses qu’il ne comprend pas », déplore-t-il.

« Je ne veux pas que mes enfants vivent des étés confinés »

La parentalité ajoute une strate à l’éco-anxiété. Marie*, 42 ans, exprime son inquiétude sur l’avenir qui attend ses enfants : « J’essaye de les éduquer à protéger la planète, économiser les ressources et réduire la pollution. » Membre d’une association à but écologique, cette habitante de la Loire y trouve un exutoire : « Ça m’aide à partager mes craintes et à agir localement. »

À Lyon, Benjamin, 36 ans, a aussi vu l’angoisse monter d’un cran à la naissance de sa fille en 2021. Depuis, chaque épisode caniculaire ravive les mêmes questionnements : comment vivre sereinement lorsque les températures grimpent ? « Les écoles ne sont pas du tout adaptées aux fortes chaleurs. J’ai peur que mes enfants ne s’y sentent pas bien. » À sa fille de cinq ans, Benjamin explique simplement que ces températures « ne sont pas normales ».

La peur, l’angoisse, et la colère priment face aux effets du changement climatique.  Photo Sipa/Fred Scheiber
La peur, l’angoisse, et la colère priment face aux effets du changement climatique. Photo Sipa/Fred Scheiber

« Malheureusement, à présent, les jours avant les étés seront plus une source d’appréhension que d’excitation », regrette de son côté Madeleine, 22 ans, dont le cœur bat plus vite à mesure que les degrés montent. Et la Strasbourgeoise de poursuivre : « Je suis encore jeune pour penser à avoir des enfants, mais évidemment que je ne veux pas qu’ils vivent des étés confinés, dans le noir, sans avoir la chance de vivre ceux que j’ai pu avoir quand j’étais petite, avec des températures vivables. »

« C’est de la lucidité »

De son côté, Anne* pensait ne pas être éco-anxieuse, « ou légèrement », jusqu‘à ce qu’elle visionne un webinaire sur le sujet à l’automne dernier. « Ce n’est pas une pathologie, c’est de la lucidité sur la situation », résume celle qui se dit « indignée ». Installée en milieu rural dans les Alpes du Sud, la quinquagénaire voit la dégradation du milieu naturel dans le paysage tous les jours : « Ça me tord le ventre. » Cette année, les effets du réchauffement climatique se sont fait sentir dans son logement : pendant les épisodes de canicule, le thermomètre a affiché plus de 30 degrés à 23 heures dans son appartement situé sous les toits : « Je suis en altitude, ce n’est pas normal. Et les logements ne sont pas adaptés. »

Romain, 36 ans, en a particulièrement pris la mesure lui aussi cet été avec les incendies. Le Dijonnais, raconte avoir été paralysé devant les images des animaux en détresse en Gironde ou à Fontainebleau. « Il y a un grand plateau à 5 km d’où j’habite qui est régulièrement confronté à des feux de forêt. C’est préoccupant de voir ces lieux, censés être préservés, partir en fumée », souffle le randonneur. « Je ne veux pas tomber dans la panique, mais ça joue énormément sur le moral de voir le monde changer sous nos yeux. »

*Les prénoms ont été modifiés.