TÉMOIGNAGE. Incendies en Gironde : “Le feu est énorme, il y a tellement de points à couvrir”… cet agriculteur du Lot-et-Garonne et son fils aident les pompiers sur le front du brasier
Depuis quatre jours, Jean-Pierre Labeau, agriculteur céréalier à Caudecoste, et son fils Benjamin, 18 ans, participent à la lutte contre le gigantesque incendie qui ravage actuellement l’ouest du département de la Gironde. Avec leurs tonnes à eau, ils épaulent les sapeurs-pompiers sur le terrain, parfois au plus près des flammes. Témoignage.
l'essentiel Depuis quatre jours, Jean-Pierre Labeau, agriculteur céréalier à Caudecoste, et son fils Benjamin, 18 ans, participent à la lutte contre le gigantesque incendie qui ravage actuellement l’ouest du département de la Gironde. Avec leurs tonnes à eau, ils épaulent les sapeurs-pompiers sur le terrain, parfois au plus près des flammes. Témoignage.
Depuis le début de l’important incendie dans la forêt autour du bassin d’Arcachon, des agriculteurs de toute l’Aquitaine sont venus en renfort des sapeurs-pompiers avec leur matériel pour apporter leur soutien.
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Une poignée d’agriculteurs du Lot-et-Garonne a fait le déplacement avec des tracteurs et du matériel lourd, principalement des tonnes à lisier transformées en réserves d’eau mobiles. Parmi eux, Jean-Pierre Labeau, 53 ans, a quitté son exploitation agricole de Caudecoste pour rejoindre la Gironde avec son fils Benjamin, 18 ans, futur agriculteur. Ils ont fait le déplacement avec cinq autres agriculteurs lot-et-garonnais.
Humidifier la végétation et éteindre les départs de feu
"Dans certaines zones, on est mobilisés au bord des routes pour bien mouiller et anticiper les départs de feu, explique Jean-Pierre Labeau. Ce dimanche, on était au ras des flammes. On faisait équipe avec les pompiers pour limiter et éteindre au maximum les foyers."
À l’aide de canons installés sur leurs impressionnantes citernes, ils humidifient la végétation pour limiter la propagation de l’incendie. D’autres assurent le ravitaillement en eau des engins de différents Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), venus de toute la France et d’Europe.
"Moi, je ne ravitaille pas les camions des pompiers, déclare le céréalier lot-et-garonnais. J’ai le plus gros matériel, donc je suis plus utilisé pour l’arrosage des zones à risque. Ce sont les plus petites "tonnes" qui ravitaillent beaucoup les camions-citernes. Les pompiers disent que notre présence les aide à remplir les camions plus vite et à limiter les flammes sur de grandes surfaces. Ça sert vraiment à quelque chose ce qu’on fait."
Depuis quatre jours, le père et le fils enchaînent les interventions dans une vaste zone géographique de l’ouest girondin, située entre Lacanau, Marcheprime, Le Temple ou encore Saint-Jean-d’Illac. Les journées sont longues et éprouvantes. Et les nuits sont très courtes.
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"On mange et on fait notre toilette dans une ferme qu’une famille a mise à disposition à côté de Saint-Jean-d’Illac, relate Jean-Pierre Labeau. Et après, on dort dans les tracteurs, un peu comme on peut. On n’a pas trop d’endroits pour dormir, mais bon, on arrive à se débrouiller comme ça."
"Les pompiers n’en peuvent plus. Ils sont crevés"
Depuis samedi, leurs journées sont rythmées par les déplacements permanents sur les secteurs où on a besoin d’eau. Les agriculteurs se relaient pour être opérationnels à n’importe quelle heure du jour et de la nuit.
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"On échange nos numéros quand on se croise. Parfois, ils nous appellent directement, sinon on fonctionne beaucoup au bouche-à-oreille. Il y a les SDIS ou les forestiers de la Défense des forêts contre les incendies en Aquitaine (DFCI) pour coordonner, mais ce n’est pas toujours simple. Ce n’est pas aussi coordonné qu’à Landiras il y a deux ans. J’étais déjà venu donner un coup de main et il y avait vraiment des centres de commandement, ce qui facilitait la logistique. Là, c’est plus compliqué, car avec l’ampleur du feu, tout le monde se retrouve partout."
Sur le terrain, il témoigne d’une situation critique, apocalyptique, avec des soldats du feu qui sont dans un état de fatigue extrême. "Les pompiers n’en peuvent plus, ils sont crevés, affirme l’agriculteur de Caudecoste. Le feu est énorme, il y a tellement de points à couvrir, c’est dur pour eux comme pour nous." Pour Jean-Pierre Labeau, l’engagement ne s’arrêtera pas tant que le feu continuera de menacer les habitants et la forêt. « Encore quelques jours, on verra en fonction de l’évolution du feu. »