TEMOIGNAGE. “Être assis dans mon fauteuil avec mon chien à attendre la fin, ce n’est pas pour moi” : à 67 ans, ce Belge lance un foodtruck de spécialités belges pour sillonner les routes du Lot
Ludovic Delchambre, ancien chauffeur et commercial belge, a inauguré à Saint-Daunès son foodtruck "Hurlucullus", dédié aux spécialités belges comme les frites et les carbonnades flamandes. Tombé amoureux du Lot il y a plusieurs années, il s'y est installé, investissant plus de 150 000 euros dans ce projet atypique. Rencontre.
l'essentiel Ludovic Delchambre, ancien chauffeur et commercial belge, a inauguré à Saint-Daunès son foodtruck "Hurlucullus", dédié aux spécialités belges comme les frites et les carbonnades flamandes. Tombé amoureux du Lot il y a plusieurs années, il s'y est installé, investissant plus de 150 000 euros dans ce projet atypique. Rencontre.
Ne cherchez pas à mettre Ludovic Delchambre dans une case : il en a déjà coché un bon millier. Ancien chauffeur poids lourd, ex-commercial, ce Belge pur jus a passé sa vie à changer de cap. Son dernier coup de tête ? Un coup de cœur. Tombé amoureux du Lot il y a plusieurs années, il y a posé ses valises mais surtout son foodtruck pour régaler les villages du coin. Un projet un peu fou, à son image.
Samedi dernier, l’accent chantant du Belge retentissait sur la place de Saint-Daunès (Barguelonne-en-Quercy) pour sa grande inauguration de "Hurlucullus", sa cuisine itinérante. La pluie, les orages et quelques caprices techniques ont joué les trouble-fête ? Qu'importe. Rien n'allait gâcher le plaisir de Ludovic de dévoiler enfin son projet au grand jour. Son but : que les Lotois puissent se régaler de bonnes frites belges, mais aussi de plats typiques comme des vol-au-vent et des carbonnades flamandes. Mais avant d’en arriver là, le Belge en a surmonté des épreuves.
"Je cuisais les hamburgers, et un jour, j’en avais 48 en même temps sur mon gril !"
S’il a toujours eu un filon pour l’événementiel, Ludovic Delchambre a vécu mille vies professionnelles. "J’ai fait trois ans d’études d’architecte avant d’arrêter pour faire mon service militaire. Ensuite, j’ai fait un petit boulot à Quick. Je cuisais les hamburgers, et un jour, j’en avais 48 en même temps sur mon gril !", s’amuse-t-il. C’est peut-être de là qu’est née sa passion pour la cuisine. Quoi qu’il en soit, le Belge poursuit son petit bout de chemin. Il travaille dans une société d'import-export, puis dans une boîte de clôture et portail, avant de lancer sa propre entreprise dans ce domaine pendant dix ans. "J’ai tout arrêté, je finis toujours par donner ma démission", glisse malicieusement le sexagénaire. Il reprend : "Ensuite, petite traversée du désert : j’ai tout fait. Des cartes de visite, je pourrais en faire un mur entier !". Ludovic intègre une société de chauffeur poids lourd. Il roule le matin, et fait des petits boulots l’après-midi : DJ, serveur… Bref, sa vie en Belgique est bien remplie entre ses métiers, et ses quatre fils. Il finit par donner sa démission à 67 ans, et cherche un nouveau projet. "Être assis dans mon fauteuil avec mon chien à attendre la fin, ce n’est pas pour moi".
Et le Lot dans tout ça ? C’est il y a plusieurs années qu’il découvre la région, grâce à son amie, avec qui il a passé neuf ans de sa vie. "J’en suis tombé amoureux. Elle m’a fait découvrir plein de recoins. On cherchait à acheter ici. Malheureusement, elle est décédée il y a quatre ans d’un cancer du pancréas. C’est encore très difficile", livre Ludovic. Alors, il y a un an, il décide de s’installer ici. "J’ai acheté un moulin. Elle aurait adoré l’endroit". Et pour continuer à s’amuser, il se lance corps et âme dans son projet. "Personne ne l’a jamais fait ici...", alors il n’en faut pas plus pour le passionné.
Des frites qui viennent directement de Belgique
"L’histoire a commencé en 2011 quand j’ai trouvé le nom Hurlucullus. Ça vient d’un sénateur romain Lucullus, connu pour ses festins. Mais c’est aussi le nom d’un plat au foie gras, petit clin d’œil au Lot. Et il y a aussi les Hurlus, qui sont les emblèmes de la ville de Mouscron", raconte Ludovic. Il n’y pense plus pendant des années, avant de relancer l’image pour son foodtruck. "J’aurais dû être habillé en romain aujourd’hui mais la pluie...". En effet, sur les portes des camions transportant le matériel, le Belge s’est mis en scène habillé en sénateur romain. "Je me suis laissé pousser la barbe exprès, je ne sais pas si elle va rester", plaisante-t-il. Et sa cuisine, il l’appelle sa "villa romaine". Bref, une vraie immersion.
Pour se déplacer, Ludovic est équipé d’un vélo. Le deux-roues vient d’Autriche : il a été fait sur mesure. En effet, le chargement dévoile une vraie petite cuisine itinérante. Le Belge se déplacera également avec une friteuse de compétition. À Saint-Daunès, il avait également installé ses frigos avec vins et bières, mais aussi une petite tonnelle pour s’abriter. Bien vu pour la météo. En tout, l’investissement monte à plus de 150 000 euros, et le tout en auto-financement.
Côté produits, le sexagénaire ne fait pas les choses à moitié. Il travaille avec la boucherie Composieux à Cahors, et Delage à Montcuq. Pour les frites, elles viennent directement de Belgique. "Elles sont fraîches. L’entreprise utilise une technique qui permet de les faire tenir 20 jours", détaille-t-il. Pour les boissons aussi, Ludovic a mis le paquet. Il travaille avec trois vignerons (le clos Troteligotte, le domaine de Foussal, et le domaine Péjusclat). Et évidemment, que serait un foodtruck de spécialités belges sans bière ? Pour cela, Ludovic s’est rapproché de Antoine, de la brasserie "Les Acolytes", à Montcuq. Ensemble, ils ont créé une bière spéciale Hurlucullus. "J’ai commandé 500 litres de bières !", s’amuse le Belge.
Pour l’aider dans la bonne réussite de son projet, Ludovic peut compter sur l’aide de Jacqueline, une Lotoise embauchée pour le service. L’Hurlucullus se déplacera au marché de Montcuq, mais sera aussi disponible pour les événements privés ou d’entreprise. Ludovic conclut : "J’espère avoir une place sur le marché de Cahors, et pourquoi pas trouver un petit emplacement commercial aussi. Les débuts sont difficiles, mais j’ai confiance".