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Teenage Sex and Death at Camp Miasma : critique qui a le feu au cul

Voici notre critique du film Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun.. Après avoir fait sensation dans la niche du cinéma de genre indépendant en 2024 avec I Saw the TV Glow, Jane S...

Par Judith Beauvallet

17 septembre 2026

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Après avoir fait sensation dans la niche du cinéma de genre indépendant en 2024 avec I Saw the TV Glow, Jane Schoenbrun revient avec un nouveau long métrage intitulé Teenage Sex and Death at Camp Miasma. Présenté en avant-première mondiale lors du festival de Cannes 2026, dont il a fait l’ouverture de la section Un certain regard, le film ne connaît malheureusement qu’une sortie très limitée en France sur la journée unique du jeudi 17 septembre. Si vous le pouvez, ne manquez pas cette occasion de découvrir cette pépite queer, brillante et complètement barrée avec Hannah Einbinder (Hacks) et Gillian Anderson.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma : critique qui a le feu au cul

© Mubi

Films (d’identité) de genre

Avec I Saw the TV Glow, Jane Schoenbrun avait exploré la thématique de la dysphorie de genre sur un ton mélancolique, pour ne pas dire franchement dépressif. Dans Teenage Sex and Death at Camp Miasma (dont on relèguera le titre à Teenage Sex dans la suite de la critique), il s’agit une nouvelle fois d’interroger l’identité de genre et la sexualité, mais avec une bonne dose de couleurs et de second degré, ce qui séduira peut-être les spectateurs attirés par l’univers de Schoenbrun mais qui avait pu trouvé le film précédent un peu plombant.

Le sujet central, néanmoins, reste inchangé : il ne s’agit pas seulement de parler de genre et de sexe, mais de la relation étroite entre l’identité d’une personne et la manière dont cette identité va se construire à travers l’art. L’art en question, ici, c’est une franchise de vieux slashers parodiés à l’envi que chaque nouveau reboot tente de faire revenir aux origines de la saga (Scream, Halloween, Vendredi 13 et compagnie, c’est à vous qu’on parle).

Hannah Einbinder et Gillian Anderson dans Teenage Sex and Death at Camp Miasma
Deux facettes d’une féminité en déconstruction

Et c’est là qu’intervient tout le talent de Schoenbrun, qui parvient à tirer un discours d’une richesse et d’une intelligence rares à partir de la contemplation de l’archétype du navet d’horreur racoleur. Au-delà des situations amusantes, ambiguës, gênantes ou envoûtantes qui mettent en scène une Hannah Einbinder mal à l’aise et une Gillian Anderson fatale, le film expose une théorie très précise sur la bisexualité ou même la pansexualité.

Au début, ça part dans tous les sens, c’est drôle mais complètement foutraque, le film accuse aussi quand même quelques longueurs, mais au fur et à mesure que le film se déroule et s’amuse à mêler fiction grossière et réalité étouffante, tout en vient à faire sens.

Hannah Einbinder Gillian Anderson Teenage Sex and Death at Camp Miasma
Les discours méta vraiment pertinents dans un slasher, ça faisait longtemps

Surréalisme queer

Ce n’est un secret pour personne que le genre du slasher comporte de façon inhérente un discours sur la sexualité adolescente et les violences sexuelles, avec des codes généralement très hétérosexuels liés à cette violence. On en veut pour témoin toutes les séquences de slashers filmant de façon particulièrement complaisante la mise à mort de jeunes femmes parfois dénudées avec force gros plans sur l’arme blanche phallique qui pénètre leur chair.

C’est exactement cette dimension que va explorer Teenage Sex (au cas où son titre n’aurait pas été assez clair) en posant une question passionnante : comment ce regard à l’approche souvent très masculine qui sexualise la violence envers les femmes peut-il participer malgré lui à l’émancipation de la sexualité féminine et à la construction d’identité queer ? Car oui, ce n’est pas non plus un secret que le cinéma de genre est l’un des terrains favoris de l’affirmation et de l’expression queer, comme c’est largement illustré dans le film.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma
Coucou, tu veux voir ma pique ?

L’interprétation de Schoenbrun consiste à dire que face à la représentation d’une sexualité hétéronormée, violente et voyeuriste comme celle mise en scène dans certains slashers, l’image va permettre d’identifier deux rôles, d’un côté le rôle “féminin” de la victime pénétrée, et de l’autre, celui “masculin” de l’attaquant pénétrant.

À travers le regard du boogeyman (précisément incarné ici par Jack Haven, artiste non-binaire déjà à l’affiche de I Saw the TV Glow) qui transperce un couple d’un seul geste, le spectateur va pouvoir réunir les deux rôles et concevoir ainsi une sexualité complète, rééquilibrée et réellement jouissive. La mise en scène du voyeurisme autorise le spectateur à s’approprier le désir et le plaisir de ce regard, et à projeter sur les images ce qui lui est intime, personnel, et ce qui va correspondre à sa propre sexualité individuelle.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma
Le regard méta du tueur symbolisé par son casque en bouche d’aération qui matérialise un surcadrage

Bravo les lesbiennes

C’est bien à ça que sert l’art (oui, même le dernier les slashers un peu nuls) : comprendre et se réapproprier son propre soi grâce à la mise à distance que permet la représentation. En réalité, Teenage Sex ne parle pas simplement de bisexualité ou de pansexualité, mais raconte qu’il existe autant de sexualité et d’identité de genre qu’il existe d’individus, et tout le film raconte la façon dont l’héroïne va construire les siennes à travers sa communion avec l’objet filmique.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma Hannah Einbinder
Faire de la fiction sa réalité

Les fameux films d’horreur que fabrique le tueur au fond du lac au fur et à mesure de ses meurtres correspondent, en réalité, à la sexualité révélée de chacune de ses victimes. La révélation de cette sexualité passe par une mort métaphorique, la « petite mort » qui suit l’orgasme et qui précède la renaissance, ce qui justifie et prolonge ce lien étroit que les slashers entretiennent entre sexe et mort, mais cette fois-ci dans une relecture bien plus positive que celle de la violence sexuelle.

Avec cet exposé, si non-conventionnel soit-il, Schoenbrun témoigne d’une compréhension extrêmement profonde de la nature du slasher, du cinéma de genre en général et de la sensibilité humaine, et c’est bluffant. Si tout ce discours vous ennuie ou vous semble opaque, que ça ne vous empêche pas de profiter du film, de son look rétro onirique, de ses moments d’humour, de ses actrices très investies et de sa poésie qui se passe d’analyse.

Teenage Sex and Death at Camp Miasma

Rédacteurs :

Une étude complètement barrée mais aussi magnifique et profonde du genre du slasher et de sa dimension éminemment sexuelle et émancipatrice.

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