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Guerre en Ukraine : des déserteurs russes racontent le front

Deux déserteurs russes ont raconté à la RTS le vrai visage de la guerre, loin de la propagande. Après quatre ans et demi de conflit, ils sont de plus en plus nombreux en Russie à refuser de combattre en Ukraine et à choisir l'exil.

Deux déserteurs russes ont raconté à la RTS le vrai visage de la guerre, loin de la propagande. Après quatre ans et demi de conflit, ils sont de plus en plus nombreux en Russie à refuser de combattre en Ukraine et à choisir l'exil.

Ils s’appellent Igor et Danil. Tous deux sont d’anciens soldats russes et ont choisi la désertion au péril de leur vie. Danil a déserté l’armée il y a trois mois. A seulement 19 ans, il s’est réfugié en Arménie, un des rares pays où les Russes peuvent se rendre sans passeport international.

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"Ma famille se trouvait dans une situation financière difficile. Il fallait aider mon petit frère pour une opération. Il fallait beaucoup d'argent. Donc j’ai décidé de signer le contrat pour l’armée il y a un an", témoigne Danil jeudi dans le 19h30. "Je ne m'attendais pas à devoir tuer des gens. Je pensais servir quelque part loin à l'arrière ou en Russie. C’est ce qu'on m'avait promis au bureau de recrutement."

Le jeune homme est finalement affecté à une compagnie d’assaut en Ukraine. En première ligne, il découvre la dure réalité de la guerre, très loin de l’élan patriotique revendiqué par le Kremlin.

 Les gens ont tout simplement peur que leur commandant les tue s'ils ne remplissent pas leur mission

"Sur le front, tout le monde espère que la guerre prendra fin. Ils en ont tous marre de vivre dans la peur, d’être chaque jour sous la menace des drones", assure Danil. "Il n'y a absolument aucun élan moral positif sur le front. Rares sont les soldats qui croient vraiment que l'armée russe agit comme il faut."

Constamment en sous-effectifs, l'armée russe fait appel à de nombreux jeunes comme Danil. Elle va également puiser ses forces dans les prisons, quitte à recruter des criminels.

"Je n'ai encore jamais vu personne qui soutienne la guerre en Ukraine. Ils le font pour l'argent. Et puis, les gens ont tout simplement peur que leur commandant les frappe ou les tue s'ils ne remplissent pas leur mission ou s'ils refusent de faire la guerre", dénonce Danil. Il décrit des soldats démoralisés face à une guerre qui ne fait pas sens et ne semble pas avoir de fin.

Affaiblir l'armée russe

Igor effectuait son service militaire quand la guerre a éclaté. En 2024, il parvient à déserter, la veille de son envoi sur le front. "Je me suis rendu compte que c'était le moment décisif. Soit je partais maintenant, soit je partais au front en Ukraine, ce que je ne voulais absolument pas. Je ne voulais pas tuer, je ne voulais pas être tué", se souvient Igor.

Igor a suivi le parcours classique de milliers de déserteurs. Evadé en Biélorussie, il arrive lui aussi en Arménie avant de trouver refuge en France grâce à l’aide de réseaux Telegram anonymes, gérés par d’anciens soldats russes basés à l’étranger.

On a pardonné à Poutine pour la Géorgie, pour la Crimée, mais cette guerre, on ne peut pas la lui pardonner

Il alimente désormais lui aussi ces réseaux. "L'objectif est qu'un maximum de personnes désertent et ne s'engagent pas, afin d'affaiblir autant que possible l'armée russe."

Face à une guerre qui s’enlise, Igor se dit sûr que la société russe est la seule à pouvoir faire plier Vladimir Poutine. "La société en a vraiment assez de la guerre. Il faut justement travailler avec elle et, par conséquent, avec les soldats russes. Le but est que le plus grand nombre possible de soldats désertent."

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"On a pardonné à Poutine pour la Géorgie, on a pardonné à Poutine pour la Crimée, mais cette guerre, à mon avis, on ne peut pas la pardonner à Poutine. Ce serait lui donner un libre arbitre total. Il se dit: 'comme personne ne me punit pour mes actes, cela signifie que je peux faire tout ce que je veux'. Il faut étouffer cette logique dans l'œuf dès le départ."

En Russie, les sanctions contre les déserteurs ont été alourdies. Igor et Danil risquent chacun jusqu’à 15 ans de prison.

Ivan Aebischer, Oskar Rosetti et Claire Eckersley/asch