Sur Facebook et Instagram, une armée de faux médecins créés par IA inonde les internautes de conseils santé trompeurs pour leur vendre des compléments alimentaires
Des avatars créés par IA se font passer pour des médecins, des experts ou de simples consommateurs afin de promouvoir des produits de santé sur Instagram ou Facebook. Derrière ces vidéos se cachent des promesses médicales infondées et des compléments alimentaires parfois dangereux pour la santé.
Sur Facebook et Instagram, une armée de faux médecins créés par IA inonde les internautes de conseils santé trompeurs pour leur vendre des compléments alimentaires
Publié aujourd'hui à 12h50
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Le médecin semble rassurant. Derrière lui, des diplômes encadrés ornent le mur de son cabinet. Sa blouse blanche inspire confiance. Il affirme pouvoir soulager une maladie rénale grâce à un simple complément alimentaire. Un détail trahit pourtant la supercherie : l'un de ses certificats est délivré par… l'Université de Diplôme.
Cette scène n'a rien d'anecdotique. Selon une enquête du New York Times, Facebook et Instagram sont aujourd'hui envahis par des publicités mettant en scène de faux médecins, de faux patients et de faux experts de la santé entièrement créés par intelligence artificielle. Leur objectif? Vendre des compléments alimentaires en s'appuyant sur une crédibilité entièrement fabriquée.
Une pluie d'avatars
Ces vidéos suivent presque toutes la même recette. Un avatar généré par IA se présente comme médecin, spécialiste de médecine traditionnelle chinoise ou simple consommateur enthousiaste. Les décors sont soigneusement choisis. Certains avatars d'IA sont conçus pour ressembler à des gens ordinaires, enthousiastes à propos du complément alimentaire qu'ils prennent. Ils se filment sur un parking, dans leur chambre ou dans un supermarché, à la façon des influenceurs. Les avatars de médecins, eux, se trouvent dans un cabinet où leurs faux diplômes sont bien en évidence.
Dans l'une des publicités repérées par le quotidien américain, une grand-mère, vêtue d'une blouse de laboratoire, assure que "la médecine chinoise connaît depuis des générations la solution" à certains problèmes de santé. Dans une autre, un couple filme son évolution physique après avoir ingéré des compléments alimentaires à base de betteraves. En 50 jours, les deux amoureux semblent tout droit sortis d'une publicité pour une salle de sport.

Dans une autre, un faux praticien affirme qu'un complément à base de plantes, baptisé Sculptique, soigne mieux les maladies rénales que les traitements conventionnels. La publicité assure que ce complément aurait permis de traiter 100 patients atteints d'insuffisance rénale de stade 3. À l'écran, une foule de prétendus patients exhibe fièrement son flacon. Tous sont pourtant générés par intelligence artificielle et aucune étude scientifique ne vient étayer ces affirmations.
Des victimes bien réelles
Si les médecins sont virtuels, les conséquences, elles, ne le sont pas. Pamela Wundrow, une Américaine de 71 ans souffrant d'une maladie auto-immune, en a fait les frais. Convaincue par des publicités vues sur Facebook, elle achète un complément alimentaire à base de moringa commercialisé par l'entreprise Rosabella. "Ils sont plutôt bons pour marketer ces produits", reconnaît-elle.
Quelques mois plus tard, les autorités sanitaires américaines ont annoncé le rappel du produit après la découverte d'une contamination à la salmonelle. L’entreprise, qui n’a pas répondu aux sollicitations du média américain, a reçu des centaines de plaintes. Pamela Wundrow affirme de son côté ne pas avoir développé cette infection, mais estime que son état de santé s'est dégradé durant la période où elle prenait quotidiennement ces gélules.
"Ils nous prennent pour cible, nous qui avons des problèmes de santé", déplore-t-elle.
Derrière ces campagnes se cache une nouvelle économie de la publicité générée par IA. Le New York Times a identifié une entreprise chinoise spécialisée dans la création de vidéos publicitaires automatisées destinées notamment aux réseaux sociaux. L'entreprise affirme produire jusqu'à 1.200 vidéos par jour, pour un coût d'environ 10 dollars chacune.

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Ses personnages virtuels sont capables de présenter un complément alimentaire, un gadget ou n'importe quel autre produit avec un réalisme suffisant pour passer inaperçus auprès d'une partie des internautes. La responsable marketing de l'entreprise reconnaît d'ailleurs que les produits liés à la santé nécessitent davantage de précautions lexicales. Mieux vaut parler de "gestion du poids" que de "perte de poids", afin d'éviter d'enfreindre certaines règles publicitaires...
Une modération qui peine à suivre
Car à la télévision américaine comme française, de telles publicités trompeuses seraient tout simplement interdites. Mais sur les réseaux sociaux, leur diffusion est beaucoup plus difficile à encadrer. Meta assure étiqueter les contenus générés par intelligence artificielle et supprimer les publications qui enfreignent ses règles. De son côté, Tiktok affirme également bannir les comptes diffusant de fausses informations médicales.
Pourtant, le média américain a retrouvé de nombreuses vidéos générées par IA sur Facebook et Instagram qui n'étaient ni signalées ni supprimées au moment de son enquête. Certaines n'ont disparu qu'après avoir été signalées par les journalistes.
Le problème dépasse désormais la seule question de la modération. À mesure que les outils de génération vidéo gagnent en réalisme, la frontière entre témoignage authentique et publicité fabriquée devient de plus en plus difficile à distinguer. Pamela Wundrow en fait l'expérience. En regardant une vidéo mettant en scène une vieille femme vantant un remède issu de la médecine chinoise, elle ne décèle rien d'anormal.
"J'en ai vu d'autres où l'on voyait clairement que c'était de l'intelligence artificielle", explique-t-elle. "Mais celle-ci? Pour moi, ça ne ressemble pas à de l'IA."
Des réseaux sociaux aux faux sites
Ce phénomène ne se limite d'ailleurs pas aux réseaux sociaux. Fin 2025, les chercheurs en cybersécurité de CheckPoint ont alerté sur la prolifération de faux sites générés par intelligence artificielle vendant de prétendus médicaments amaigrissants comme l'Ozempic ou le Wegovy. Ces plateformes reprennent les codes des pharmacies en ligne, utilisent de faux logos d'autorités sanitaires, des témoignages truqués ou encore des deepfakes de médecins pour convaincre les internautes d'acheter des produits contrefaits.
L'objectif de toutes ces manigances? Duper les utilisateurs pour qu'ils achètent le produit. Avec le risque de perdre une trentaine d'euros sans jamais recevoir le médicament ou pire, de s'injecter des substances non autorisées, voire dangereuses.
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Face à ces phénomènes, les médecins s'organisent. Les professionnels de santé sont de plus en plus nombreux à partager des vidéos de vulgarisation. Un moyen de lutter contre la désinformation médicale et les escrocs générés par IA qui embrouillent les internautes. Car pendant des années, les internautes ont appris à vérifier les informations qu'ils lisaient. Demain, il leur faudra peut-être commencer par vérifier que la personne qui leur parle… existe réellement.