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Summering : 6 manières d’explorer cette philosophie anglaise qui séduit de plus en plus

L'été n'est plus seulement une saison ni une destination : c'est un imaginaire. De la Beach Goth à la Biarritz Baddie, les vacances se composent comme un art de vivre et une autre manière d'être soi.

L'anglais possède un verbe que le français n'a pas : “to summer”. Dans les milieux aristocratiques britanniques et WASP américains, on ne se contente pas de demander “Where are you spending the summer?”, mais plutôt “Where do you summer?” L'expression sous-entend généralement une maison de famille ou une résidence secondaire. C’est ce qu’on appelle le “verbing”: transformer un nom en verbe, et, en l’occurrence, faire de la saison une pratique.

Mais si “Where do you summer?” s’intéresse à l’appartenance sociale, une autre question mérite alors d’être posée : “How do you summer?” Si l’été est un faire, alors il existe autant de manières de le vivre, qui dépassent largement la destination. Sur les réseaux sociaux, la frontière entre vacances et mise en scène de soi se brouille : la destination compte moins que son imaginaire. C’est bien ce que montre tendance Euro Summer : l’Europe devient un choix esthétique, même sans quitter sa ville, fait de cafés en terrasse et de livres écornés.

Timothe Chalamet dans Call Me By Your Name  de Luca Guadagnino

Call Me By Your Name, Luca Guadanigno

© Sony Pictures / Courtesy Everett Collection

L’été comme nouvelle culture

Cette évolution marque un glissement. Longtemps, l’imaginaire estival s'est construit autour de normes corporelles, du slogan de la télé-réalité britannique “No carbs before Marbs” (“pas de féculents avant Marbella”) au terme “summer body”. Aujourd'hui, l'enjeu se déplace aussi, lentement, vers l’allure : l'été devient une esthétique à part entière, avec ses codes, ses archétypes, et ses micro-cultures. Après le Hot Girl Summer popularisé par Megan Thee Stallion, manifeste d'un été de liberté débridée, est venu le Brat Summer de Charli XCX, univers autour de son album Brat, mâtiné de vert acide, maquillage parfaitement imparfait, et ode à l’excès.

“Non pas que les questions de poids aient disparu, mais ce qui est vraiment aspirationnel aujourd'hui, c'est le style de l'été. On voit des looks de plage hyper élaborés, et une vraie envie de s'habiller, même chez les hommes, de se composer une silhouette complète simplement pour aller à la plage”, observe la DJ Louise Chen, passionnée de menswear. Des plages aux festivals, elle décrit une identité estivale démultipliée, façonnée par les passions de chacun. Quand elle mixe, le style n’a rien de secondaire : “Un T-shirt des Smashing Pumpkins, un short Quiksilver, des méduses aux pieds, un petit ventilateur portable, un ballet bun laqué pour éviter de me coincer les cheveux dans le casque, un brumisateur.”

Marie Chantal Miller future wife of Prince Pavlos of Greece strikes an extravagant pose above her sister Pia  who is...

Marie Chantal Miller, future wife of Prince Pavlos of Greece, strikes an extravagant pose above her sister Pia (in yellow), who is soon to marry Christopher Getty. They are lounging in the pool of the Hotel Belair, Cap Ferrat, July 1991. (Photo by Slim Aarons/Hulton Archive/Getty Images)Hulton Archive/Getty Images

Le lexique de l'été

L’été a toujours été plus qu'une saison : depuis longtemps, la littérature et le cinéma en font le théâtre de métamorphoses. Dans Bonjour Tristesse de Françoise Sagan, les vacances précipitent la fin de l'innocence ; dans le film Call Me by Your Name, la villa verdoyante encadre une exploration sentimentale ; dans Vicky Cristina Barcelona, le séjour à Barcelone ouvre une parenthèse où les personnages osent d’autres scénarios amoureux. Hier comme aujourd’hui, la période suspend les règles quotidiennes, devenant le temps des écarts, des possible, et des expérimentations…de mode également. Sur TikTok apparaissent ainsi les summer personas, aussi appelées aesthetics, qui proposent autant de façons d'habiter l'été. Après les Tomato Girls ou la Coastal Grandmother, de nouvelles figures émergent pour 2026, chacune avec ses habitudes, ses lectures, ses snobismes et, bien sûr, sa garde-robe. Des personnages que l'on endosse le temps d’une saison. Tour d'horizon de ces nouvelles figures estivales.

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Coastal cool : devenir une Biarritz Baddie

Le Coastal Cool puise dans l'âge d'or des stations balnéaires. Au tournant du XXᵉ siècle, Deauville, Biarritz ou Newport deviennent les hauts lieux de villégiature bourgeoise. Les bains de mer, les régates, le yachting donnent naissance à tout un vestiaire : marinières, chaussures bateau, boutons dorés, bleu marine. Aujourd'hui, nul besoin d'un voilier pour jouer la Biarritz Baddie : Lin froissé, raphia, chemise oversize, panier en osier, chaussure bateau, et rayures à n’en plus finir. Le reste relève d’un jeu : se baigner avant le petit déjeuner, lire À la recherche du temps perdu pour oublier le sien, égarer son téléphone et ne pas le chercher. Ici, le véritable luxe consiste à être attendu partout… mais pressé nulle part.

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Shirlaine Forrest/Wire Image

Midnight sun : cool is the new hot

Midnight Sun s'inspire de l'album éponyme de Zara Larsson, inspiré des étés nordiques et de leur fameux soleil de minuit, lorsque le crépuscule dure jusqu’au matin. À rebours du fantasme méditerranéen, cette esthétique préfère un été froid et électrique. C’est dans cette même géographique qu’est née une culture pop mondialement célébrée, de ABBA à Robyn, jusqu'à Zara Larsson. Quelque part entre lumière nordique et culture club a jailli un vestiaire métallisé et réfléchissant: satin à l'effet liquide, mesh, finitions chromées, lunettes miroir, peau glossy, dans la lignée du Scandi Sleaze et du Chromecore. S'y ajoute la tendance swim-to-street, qui consiste à porter le maillot comme un vêtement de ville, sous une chemise transparente ou avec une jupe fluide. “Aller à Copenhague l’été, c’est recherche une vie qui n’est pas une alerte calendar géante, c’est l’antidote aux vacances programmées en avance, on passe de la ville à la plage d’un coup de tête, on a une serviette dans le coffre, la journée entière n’est que spontanéité” ajoute Louise Chen, adepte des “coolcations”, ou vacances fraîches scandinaves.

Image may contain Carolyn BessetteKennedy City Road Street Urban Car Sedan Transportation Vehicle and Clothing

Photo: Getty Images

Kennedy Summer : old money, nouveaux étés

Le point de départ du Kennedy Summer est sans aucun doute le succès d'American Love Story, consacrée à Carolyn Bessette-Kennedy et John F. Kennedy Jr. Avec elle renaît tout une iconographie : le compound des Kennedy à Hyannis Port, les maisons de Cape Cod, Martha's Vineyard, les voiliers, les pelouses face à la mer, les parties de tennis. Entre le minimalisme de Carolyn – dite CBK– et le preppy de l’avocat, l’allure se compose de shorts blancs, de robes fourreau, de lunettes en écaille et de Nantucket Reds, ces pantalons en toile rose délavée, emblématiques de la côte Est. Ici, rien ne paraît neuf, tout semble hérité.

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Courtesy de Saint Laurent

Summer-in-the-city : la ville est à moi

Né de la Staycation, le Summer-in-the-City n'est plus le lot de ceux qui ne partent pas : c’est un véritable flex. En août, la ville semble avoir été privatisée pour nous. Les rues se vident et prennent des airs de décor de cinéma. On connaît les meilleurs cafés climatisés, les jardins cachés, les rooftops confidentiels. Matcha glacé à la main, on déambule entre les terrasses. La garde-robe ? Un power casual estival : bermuda tailleur, chemise en popeline, lunettes noires (même à l'intérieur) et un grand cabas qui cultive le mystère. Une serviette pour la piscine ? De quoi s'échapper à une heure d'ici ? Promis, ça reste entre nous.

NEW YORK NEW YORK  JUNE 16 Rosalia is seen in SoHo on June 16 2026 in New York City.

Photo: Getty Images

Summer Opera : Too much? Jamais!

Operacore, d’accord, mais version belle saison. Ici, on s’inspire des festivals d'opéra, de Vérone à Salzbourg, en passant par Glyndebourne, où l'on pique-nique en smoking sur la pelouse avant la représentation. Ici, cette théâtralité devient soudain accessible à tous et à toute heure. Comme Rosalía dans Berghain, qui injecte l'opéra dans la culture club, à nous de remettre un peu de lyrisme dans le quotidien : capes, longs gants, rubans, velours et perles. Le véritable exercice consiste à jouer le rôle jusqu'au bout : acheter son pain comme si l'on sortait d'un palazzo italien, devenir une tragédienne sans tragédie.

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Beach Goth : le noir est une couleur d’été

Beach Goth revendique le droit à une mélancolie, même en pleine canicule. Et cela commence par le vestiaire, car l'été n’est pas synonyme de pastel : dentelle noire, voiles transparents, lunettes fumées, bagues en argent superposées, et maillot toujours de jais. SPF 100, Ethel Cain dans les écouteurs, Shirley Jackson sur la serviette. On évite les heures les plus ensoleillées ; et si l'on doit vraiment sortir, on déploie une immense ombrelle et une gravité de circonstance. Le seul rendez-vous qui compte est le coucher du soleil : Beach Goth ne fait jamais confiance à un ciel trop bleu.