Stéphane Demoustier : “Je voulais un film d’été avec sa part de noirceur”
C'est en pleine canicule bruxelloise qu'on rencontre Stéphane Demoustier, cinéaste français à la renommée soignée (deux César cette année pour L'Inconnu de la Grande Arche), avant de s'envoler pour le festival ...
C'est en pleine canicule bruxelloise qu'on rencontre Stéphane Demoustier, cinéaste français à la renommée soignée (deux César cette année pour L'Inconnu de la Grande Arche), avant de s'envoler pour le festival Nouvelles Vagues à Biarritz, où le film est sélectionné. Un comble pour un film intitulé La Chaleur. "Je n'ai pas fait exprès…" semble s'excuser le cinéaste, par ailleurs frère de l'actrice Anaïs Demoustier, qui débutait dans le cinéma en produisant et réalisant des documentaires sur l'architecture pour le Ministère de la culture. Il en a gardé un goût des édifices (L'Inconnu de la Grande Arche raconte l'histoire de l'architecte danois qui a conçu l'arche de la Défense aux portes de Paris), une manière de fixer des "plans justes", citant volontiers le héros du néoréalisme italien Roberto Rossellini qui disait "un beau c'est un plan juste". De justesse, il est sans cesse question dans La Chaleur, sixième long-métrage calibré dans le périmètre d'un camping des Landes où un adolescent commet l'irréparable, douze ans après Terre battue produit par les frères Dardenne, l'histoire d'un adolescent qui tentait d'endormir son adversaire au tennis avec des somnifères. Stéphane Demoustier décrit pour nous les arches de son cinéma.
La Chaleur confronte un adolescent à la découverte de la responsabilité morale… peut-on dire que c'est une quête récurrente dans votre cinéma ?
Je voulais adapter au cinéma le roman de Victor Jestin La Chaleur depuis quelques années déjà mais les droits m'avaient échappé. À l'époque j'avais un petit peu travaillé dessus. Ils sont revenus au moment où j'ai terminé L'Inconnu de la Grande Arche et ça m'intéressait toujours de travailler la question morale liée à l'adolescence. C'est l'âge où l'on sort de l'innocence totale de l'enfance. Les adolescents se confrontent à une réalité beaucoup plus heurtée, celle du monde qui les entoure. C'est aussi l'âge des premières fois où l'on vit tout de manière plus forte, avec des mouvements d'humeur manifestes. J'ai aussi grandi avec les premiers films des frères Dardenne (La Promesse, Le Fils, L'Enfant NdlR), qui sont véritablement frappés par la grâce et qui posent tous des questions morales, avec des héros coupables. Quand on parle des Dardenne on dit souvent que ce sont des films sociaux, mais pour moi ce sont avant tout des films moraux. Ce qui me touche dans la question morale c'est de questionner l'humanité de ceux qui se trompent.
La Chaleur reprend les codes du film d'été. Quels étaient pour vous les principaux enjeux du genre ?
Après L'Inconnu de la Grande Arche j'avais envie d'un film contemporain sur des jeunes, avec une chronologie très resserrée. Le film d'été a des contraintes très stimulantes en termes de fabrication. On a commencé le tournage vers le 15 août de l'année dernière pour avoir le camping encore rempli. Ce qui permet d'avoir des figurants dans le champ mais aussi c'est aussi des tentes, des voitures, des camping-cars. La plage l'été c'est du décor à perte de vue. On a fini le tournage fin septembre. Le plus gros enjeu c'était d'avoir une continuité météorologique, puisque le film se passe sur 36 heures et qu'il fait beau tout le temps. Or la météo des Landes est très changeante donc on avait une un dispositif de tournage très souple avec peu de jours de tournage mais sur une période assez longue. Le fait qu'on n'ait aucun acteur connu permettait aussi cette souplesse d'adaptation.
Quels sont vos films d'été de référence ?
Ce que j'aime c'est que le genre permet de donner un repère aux spectateurs, parfois même une trame ou une dramaturgie. Mais ce qui est intéressant ensuite c'est de déplacer les curseurs du genre pour faire émerger d'autres questions. Je voulais faire un film d'été qui ait quand même sa part de noirceur, avec des jeunes qui soient parfois taiseux, en retrait ou en observation. C'est aussi une autre manière de vivre l'adolescence, avec cette impression de ne pas être comme les autres, de ne pas être à l'aise. Plus que Conte d'été (1996) d'Eric Rohmer dont on me parle souvent il y a une scène de foule sur une plage du Rayon vert (1986) qui m'a inspiré. La plage l'été reste un des rares lieux où les corps s'exhibent à ce point-là dans nos sociétés paradoxalement très pudiques. Ce sont des marées humaines et je trouve ça beau de les représenter au cinéma, de laisser une trace quasi documentaire de la réalité de nos étés.
La Chaleur est aussi un film de camping…
Oui et souvent au cinéma le camping est prisonnier de représentations exclusivement populaires. Or les classes moyennes aussi vont au camping. Il y avait là quelque chose à déjouer en termes de représentation sociale. Après les décors naturels apportent aussi leur part d'écriture au film. Lorsque j'ai découvert cet énorme blockhaus qui faisait partie du mur de l'Atlantique à 500 mètres du camping, j'ai tout de suite voulu l'intégrer car ça ancre aussi le film aussi dans l'Histoire. Ce blockhaus, c'est la Grande Arche du film.
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