Spatial européen : la bataille du nouveau patron d’Arianespace pour imposer la « préférence européenne » et sauver nos fusées
David Cavaillolès a pris la tête d'Arianespace en 2025 et veut imposer la préférence européenne pour les lanceurs afin de relever le défi industriel et stratégique face à SpaceX et préserver l'indépendance spatiale de l'Europe.
Lorsqu’il prend les commandes d’Arianespace en janvier 2025, à 36 ans, David Cavaillolès hérite de l’un des fauteuils les plus exposés de l’industrie européenne. Chargé de commercialiser les lanceurs du continent, il lui faut composer avec une gouvernance très politique – le programme est financé par des États aux intérêts souvent divergents –, et assurer la montée en cadence d’Ariane 6 pour espérer rattraper le retard pris sur les lanceurs réutilisables de SpaceX. Le tout en garantissant une fiabilité absolue à ses clients. Pour certains, une gageure.
Heureusement, malgré son jeune âge, le diplômé de Polytechnique et de l’Ensae a déjà de nombreuses cordes à son arc. Il a d’abord fait ses classes dans les cabinets ministériels, comme conseiller sur les questions spatiales et de défense, où il apprend les rapports de force État-industriels. Vient le détour par le privé, chez Capgemini Invent, où il découvre une autre grammaire : celle des clients, des coûts et du résultat. Le PDG d’Arianespace en tire une conviction : la souveraineté spatiale ne se décrète pas, elle s’arrache par la compétitivité. « Nous avons les ingénieurs les plus doués au monde », aime-t-il rappeler.
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Le carnet de commandes a été bien rempli par son prédécesseur
Encore faut-il transformer cette excellence en industrie rentable. Le vol inaugural d’Ariane 6, en juillet 2024, a levé une hypothèque. Reste à changer d’échelle. Face à SpaceX, qui a imposé avec Falcon 9 une cadence inédite à prix cassés, l’Europe ne peut plus se contenter de savoir fabriquer une excellente fusée. David Cavaillolès dispose d’un précieux point d’appui : le carnet de commandes de son prédécesseur, Stéphane Israël. Amazon a réservé dix‑huit lancements d’Ariane 6 pour sa constellation Amazon Leo. « Il a fait un travail formidable en sécurisant Ariane 6 avec ce contrat », reconnaît-il.
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À lui d’exécuter, avec une obsession : régularité, fiabilité, baisse des coûts. Le polytechnicien défend le modèle européen et réclame un « principe de préférence » pour les lanceurs du continent – à l’instar des Américains –, à commencer par Iris², la future constellation sécurisée de l’Union. Car derrière cette bataille commerciale se joue la question bien plus lourde de la souveraineté. Télécommunications, observation de la Terre, navigation, défense… sans lanceur autonome, l’Europe basculerait dans une dangereuse dépendance face aux puissances étrangères.