Sortie ciné. L’Invitation d’Olivia Wilde : une comédie de salon jouissive avec quatre acteurs irrésistibles
Les dîners sont un régal pour le cinéma. C’est l’endroit idéal pour se mettre à table, confronter les personnages, échanger à couteaux tirés, et même, au pire, être pris pour un dindon de la farce - voyez le pa...
Les dîners sont un régal pour le cinéma. C’est l’endroit idéal pour se mettre à table, confronter les personnages, échanger à couteaux tirés, et même, au pire, être pris pour un dindon de la farce - voyez le pauvre François Pignon/Jacques Villeret, pigeonné chez Francis Veber, auteur de la pièce et réalisateur du film culte Le Dîner de cons. Mais c’est une autre cuisine.
Passons à Hollywood et un remake. L’Américaine Olivia Wilde avait un menu tout prêt avec la pièce de choix espagnole Los vecinos de arriba (Les Voisins du dessus), révisée par les plumes des scénaristes Rashida Jones et Will McCormack. Tout le sel en est son motif olé olé : un couple dysfonctionnel invite à dîner un couple fusionnel, leurs voisins, à la sexualité bruyante et bavarde, immédiatement déballée comme ingrédient de la soirée. S’ensuivent échanges sur l‘échangisme et mise en pratique immédiate, sans attendre le dessert. Sauf que rien ne se passe comme prévu, et que l’intrigue se déploie sur le mode empêché, tout en retenue prude et prudente. Rien de sulfureux, à peine du trouble : le registre est d’abord celui du fantasme, un érotisme de vocabulaire, une pure projection mentale du libre-échange des corps. Où on débat d’ébats hors-champ.
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Mécanique du couple et désirs refoulés
Que l’on ne s’imagine pas un film pour adultes avec scènes de sexe explicite, celui-ci est tout public. Ceci n’est pas une comédie de chambre mais de salon, et ce qui est mis en pièces, c’est la mécanique du couple, ses dérèglements, son déballage de désirs refoulés et de frustrations. On est plus proche de l’acmé dramatique que de la félicité sexuelle. Et ce serait bien triste de reproches et de désillusions, si ce n‘était pas si cruellement drôle, écrit par des fines lames à l’humour féroce.
Autour de la table, quatre acteurs d’une grande intelligence jouent le jeu de la vérité sentimentale, du chaos conjugal et de la mise à nu intime, avec un naturel jamais forcé. Cette aisance doit pourtant à du travail et de la préparation, imposés par Olivia Wilde à elle-même et ses partenaires, Seth Rogen, Edward Norton et Penélope Cruz. « J’avais trois exigences non négociables au départ : répétitions intensives, tournage séquentiel dans l‘ordre des scènes, prise de vues sur pellicule », explique l’actrice-réalisatrice, inspirée dans sa mise en scène par Sidney Lumet et Mike Nichols, pour transformer l’espace immobile en terrain de jeu mobile, où les déplacements, les angles et la caméra insufflent du mouvement.
Plus qu’une comédie de mœurs contemporaine, Olivia Wilde assume son côté « à l’ancienne », cite Billy Wilder, Mike Nichols ou même Agnès Varda et Eric Rohmer pour modèles. « Il ne s’agissait pas tant de s’inscrire dans la lignée des comédies modernes, mais plutôt d’adresser une lettre d’amour nostalgique à quelques grands réalisateurs. »
L’Invitation d’Olivia Wilde, en salles dès ce mercredi 16 septembre. Durée : 1 h 47.